Un nouveau regard, les mots qui se détachent

12 novembre 2017

Au chevet des saisons

 

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Saint Aignan - octobre 2017 

 

C’est une image qui revient sans cesse
cette incroyable précision, la main et le déhanchement
le pied aérien à peine posé au sol
une musique s’est tue sur le chemin sans aube
l’hiver a fermé les ponts
j’aimerais savoir où vont les couleurs de vivre
les vies et les voix
la lumière reflétée dans l’eau
les ombres qui marchent avec nous
où dorment-elles ?

En face de ma fenêtre un arbre a perdu ses feuilles
puis deux, puis trois gesticulent leur nudité
chair affamée de mains tendres
les trottoirs sont habillés de forêts déchirées
il y a cette agonie sur la route
la signature d’une saison qui a perdu son nom
j’aimerais faire un tour de manège le long des murs
me suspendre au cri des oiseaux
comme une eau dormante

Et l’eau que tout emporte
où respire-t-elle ? quand elle nous vole
un tableau  de Géricault
j’aimerais savoir pourquoi elle n’attend pas
l’engourdissement des feuilles
la pâleur des couleurs
le refroidissement de la peau
Pourquoi les fleuves se ressemblent
nourris d’étoiles et de boue ?

 

 

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28 octobre 2017

Miroir ivre

 

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Derrière les feuilles naissantes
les marronniers et les tilleuls
les écureuils, le roux du panache
le plus grand des frissons ne tardera à éclore 
mille pensées assaillent
jusqu'à l'abîme au noir de velours

On plante des tuteurs aux branches fragiles
on enterre les cheveux au creux des troncs
tourbillonne le fouet, natte immuable 
les oiseaux filent vers le nord
une algue serpente à l'aplomb du soleil

Depuis les marais où repose le sel c'est la guerre 
bêchent les pieds comme des crocs

Voici mes mains
sur ce front de sueur je plongerai
où la fleur pousse au fond d'un miroir ivre
qu'importe les bois aux saveurs barbouillées
la grande scie a nettoyé la langue blanchie de l'hiver

 

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09 octobre 2017

Fin du bruit

 

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Les prés salés - La Teste de Buch 2017

 

Ils volent si bas enfermés
trou blanc dans le silence
dédoublés dans le chemin perdu
le soleil dort
la mémoire tourne
poupée de soie au sourire éternel
juste des ombres faites de plumes
sanctuaire métallique trop près du monde
tournent sur elles-mêmes
puis le soir revient coucher les survivants
fêlure fine sous l’aile de l’oiseau
tu voudrais mettre de la musique
on ne sait pourquoi
alors tu coupes les roses fanées
sur un banc du jardin

 

 

 

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30 juin 2017

Lune de miel

 

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Des fleurs comme un tapis d’étoiles
Des hommes s’arrêtent de courir
La silhouette de l’arbre s’habille
Le paysage ouvre les paupières
Il lui pousse des bras de verdure

Cela sent la chlorophylle
L’ortie et la pensée fleurie
Au Diable les chemins qui s’écartent
Se resserrent

Les oiseaux nous regardent humer les fleurs
Suivre le vent dans un immense murmure
Ce sera l'heure des pas comptés
Fouillant les marques laissées

La vitesse fait peur
L'orage et ses dégradés de couleurs aussi
On a voulu fendre l’air
Jusqu’à statufier le mouvement

Le jardin a repris ses parfums
La giroflée remplace le jasmin
Les arômes perdurent traçant le chemin
La nuit transforme les murs
De chaux blanchit le sommeil

Ce sont les ombres du voyage
Nos mains comme des poissons
Le bruit de la mer est en nous
Le ressac des corps
Dans une bouteille nous nous sommes enfermés

 

 

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31 mars 2017

La vie circule

 

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Viens, tu crois ne rien voir et c'est le ciel qui t'inonde
tu es venu tête nue comme un avenir 
tu es venu déposer de l'autre côté 
ta pelote de laine et ses mailles
rumeur d'écume 

Qu'y puis-je mon rêve s'il me semble te voir
liant nos premiers pas
et c'est le ventre qui bouge
la peau se gonfle si peu mais doucement
alors je te dessine un lit
un repas chaud sous la robe blanche
une source où l'ombre persiste 

Viens, ne crains pas les sons qui se voilent
le silence
l'écho énigmatique des ténèbres
le chiffre des jours dont la fleur se défait

Je t'écris de ma table
comme je m'adresse au brouillard
fluide entre mes mains
lorsqu'il me libère
tes lèvres se vêtent d'un sourire
gorgé d'attente

 

 

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23 février 2017

La fille de papier (Guillaume Musso)

 

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Musée Rodin

 

Les muses sont des fantômes, et il leur arrive d'entrer en scène sans y être invitées



Stephen KING

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24 janvier 2017

Le monde à l'envers

 

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Au moment où tes doigts comptent le temps
pourquoi le sol se dérobe ?
dans le reflet de l'eau est le monde
émergent des visages
des bras tendus remplis de fleurs
pourquoi les algues avancent ?
et se détachent l'une après l'autre

Dans ta mémoire qui tourne
est-ce les cheveux qui tombent ?
le bleu du ciel n'est qu'un conte de fée
à la pliure des coudes il coule des fontaines
des pensées sans arrêt

Dans les eaux sombres
baignent les notes de piano
l'étang est un tunnel qui enferme le souffle des mots
la fièvre des égarés
où tu plonges la tête

Les griffes du chat traversent le ciel ruisselant
et c'est la grêle qui remplit tes mains
invitant l'ange de l'étang à poser ses larmes
au moment où tu comptes les couverts
pourquoi ton corps se remplit
pourquoi tu fouilles le monde à l'envers

 

 

 

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10 décembre 2016

Passy

 

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Où vont les vies et les voix
la lumière
les ombres qui marchent avec nous
où dorment-elles ?
une musique morte ouvre le chemin
 

L’eau que tout emporte
dans une incroyable précision 

où respire-t-elle ? quand elle nous vole
un tableau de Géricault
 

J’aimerais savoir pourquoi
alors que palpite le cœur

elles n'attendent pas
l’engourdissement de la sève
la pâleur des jupes de marbre

F
antôme
dans le désordre de ta forêt
déchiré ton cri s'estompe

au travers du vent
mon esprit court
affamé de mains tendres
je te perds de vue

 

 

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15 novembre 2016

J'écris ta mémoire

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J'écris pour rendre présentes les heures,
les jeux inventés, à cette atmosphère des lieux,
une petite fille magique, heureuse de l'instant,
le rayon entêté d'un soleil vient poser sa révérence.

J'écris pour ne pas rendre au silence nos embrassades,
pour incruster dans la chair les fondations heureuses,
les garder vivantes face à l'incertitude
qui pétrifie le monde, me démunit.

J'écris pour mieux t'aimer encore
alors qu'on meurt de silence,
d'une balle perdue,
du large qui se forme
à l'écran blanc du ciel.


J'écris pour tisser le lien encore plus serré,
Invitant ta mémoire à ne rien oublier,
lui donner à boire
les images, les boîtes à musique

d'une parole offerte.

J'écris apaisée aux épaules de l'hiver,
ton corps ravive ma soif
et me donne l'envie
simplement vivre, continuer
la source des sensations à venir.

 

 


 

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11 novembre 2016

Terre de sommeil

 

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Peinture de Michel Devillers


Nous l'avons saisie
Du ciel tombée
La nuit nous a accaparés
A cette heure avancée
Couchés

Inaugurateurs des lieux
Nous nous sommes enfoncés
Tendus et fondus
Dans une nouvelle matière
La lumière tourne

Mémoire de forme
Dans le tournis lent
Epaule contre dos
Double ardeur

D'un grand espace
Empreintes jumelles
Love Love
Sous la livrée de fièvre
En de nouvelles odeurs
Les membres s'accaparent la place

C'est toujours le même homme
Les mêmes gestes enrouleurs
Avec plus d'amplitude
Nous signons encore
Où la lune file
Et déflore


 

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