Verticalité
Puis vint cette autre fille
Aux lèvres closes
Sans arbres ni oiseaux
Emportée le long des trottoirs
Fil rouge sensible au soleil couchant
Sur la pointe de ses pieds
Les pas ne résonnaient pas
Elle apprenait le monde
Oublié, au bas de soie
Sur ses talons aiguilles
Elle marchait comme le chat
Silhouette de papier
A longues enjambées
Cambrure mise à nu
Ce soir, dans la lumière infinitésimale
Proche d'une main sortie de la foule
Ouverte en bouquet d'espérance
Audacieuse elle leva les yeux
Comme une succession de promesses
lutine - 09-06-2013
Entre l'oeil et ta main
La mer se faisait sourde
endroit lumineux et fermé
bout du monde
je reprenais mon souffle
alors que le soleil se lève à l'est
mes paupières roulaient dans leurs propres vagues
dans le calme d'une solitude bienheureuse
avant que l'homme ne vienne déposer son ombre.
Je l'ai vue et reconnue cette existence trouble
en hauteur, en largeur, elle est encore un tableau
sur fond de toile tendue
cette lumière indéfinissable
un mouvement presque agressif
diffus puis présent.
Je me souviens de ta démarche étrange
du contour de ta silhouette pas encore intime
on ne pénètre pas ainsi un corps
ni une voix que le vent transporte
ni l'approche amidonnée
codifiés les premiers mots
laissent filer la boîte à musique
les vieilles mouettes et leurs poèmes stridents
tombent la rouille et l'enlisement
jusqu'au sang neuf qui se dégage
Ce sont quelques paroles
des lèvres douces et harmonieuses
une main offrant l'accompagnement
sur des yeux qui s'entrouvrent
toute une complicité hydraulique s'installe
Je me souviens de ton profil
de l'odeur de ta peau
brassant la mienne dans une translation magique
à peine les roulements intermittents
si peu l'aboiement du chien
et la dame noire toujours présente
vers le soleil levant on ne la voyait presque pas
Les algues trouaient mes yeux
ce n'était pas un accident notre rencontre
proche d'un rituel d'espérance
lutine
La folle allure
"Il nous faut mener double vie dans nos vies, double sang dans nos cœurs, la joie avec la peine, le rire avec les ombres, deux chevaux dans le même attelage, chacun tirant de son côté, à folle allure. Ainsi allons-nous, cavaliers sur un chemin de neige, cherchant la bonne foulée, cherchant la pensée juste, et la beauté parfois nous brûle, comme une branche basse giflant notre visage, et la beauté parfois nous mord, comme un loup merveilleux sautant à notre gorge."
Christian Bobin
Cette lecture me permet de vous dire que je m'absente un peu, juste un peu, car elle est ce que je ressens dans des moments de bonheur qui ne s'écrivent pas tout de suite.
lutine - 29-05-2013
Tempête sous un crâne
Dans ma tête il y a des nuits
Des sommeils qui tuent le silence
Dans ma tête il y a de la pluie aux carreaux
Du vent sous les paupières
Jusqu’à la vague qui noie les heures
Dans ma tête il y a des avions
Des oiseaux dedans
Des voyages qui passent
Des déserts enlisés au fond des draps
Dans ma tête il y a la mer
Une prison entre elle et moi
Un fourreau qui protège du froid
Un bas de soie galbant l’insomnie
Dans ma tête il y a des trains
Le noir des tunnels
Le hurlement du métal contre la peau
Des plaines sorties de mes bras
Des précipices à hauteur d’homme
Dans ma tête il y a un cercle qui m’isole
La foudre dans l’immobilité d’un cierge éteint
Prisonnier de l'air
Elle vient chaque nuit noircir les murs
Dans ma tête je suis ailleurs
A la merci des vents contraires
Je suis un océan
Fluide dans mon propre poing
Dans ma tête il y a des mouches
Collées sur la bouche
Pris au piège
Dans mon ventre le corps s’agite
Dans ma tête il y a l'assassin de la nuit
Des mains qui se portent sur le visage
Sa salive brille et nourrit les heures
lutine
La nuit de l'homme
Juste te dire...
ne change pas l'odeur de ta peau
La première fois était une île confuse
forêt de paroles tout près d'un banc
un passage, des yeux qui déshabillent
puis l'absence dévêtue portée dans la foule
Sa trace comme une tâche d'encre
Mon amour le monde tourne
ce petit cercle bleu autour de moi
sitôt éclaté
saigne ses lumières
Un point rouge s'ouvre et se ferme
De lutte inégale se crée l'atmosphère
cet orchestre à secrets
aux mets succulents
Juste te dire...
ne change pas ce mot de ta bouche
le silence qui le recouvre
en dehors des heures offertes
Je me suis relevée face au miroir
pupille coiffée de tes yeux
lutine - 13-05-2013
Graine de liberté
Cet enfant immense
suspendu aux feuilles de la pensée
sans nom et sans parole
juste son odeur de poudre de riz
tout en silence
ne gonfle pas mon ventre
Esquisse de coton
ton visage séparé en deux
qui es-tu ?
à l'usage des mains qui se tendent
criant l'espérance
et ma voix jusqu'à toi
Impalpable, je suis là à te chercher
yeux fermés, fenêtres éteintes
dans mon tout dernier rôle
hier mon corps a changé de place
sur papier de soie
la bouche ouverte en offrande
Ma main ramenée en gouttes de lait
se fait blessure heureuse
ne finit pas de compter
les mois et les jours
du temps qui se dévide
infinie solitude chargée d'attente
lutine - 26-04-2013
Vivre sans appui
B - acrylique sur toile - 60 x 65
L'esprit plus loin
la cime des arbres
Se tend la peau
haillon de la nuit
Dora
Sanctuaire blanc loin du monde
Territoire vierge je caresse
Le tableau s’appellera ainsi
Avant de perdre l’esprit
Longue cicatrice transparente
Sans visage moi je peins
Comme les enfants inventent leurs rêves
Alors que je suis fâchée avec la mort
Même si la passerelle n’existe pas
Je vais prier pour elle sans voix
Dans un flot de paroles
Elle n’a pas de sexe
Cette figure je l’invente
C’est une confession la destruction du corps
Quand j’écorche le cœur aux joues
C’est ton regard que je tue
J'ai l'air d'être
C'est écrit comme des filaments entre
la tempête au creux des paumes
file la mer presque morte
les corps nus embrassent la terre
est-ce l'amour ce mouvement d'air ?
j'ai l'air d'être comme tu es passé.
Fil rouge
Le front collé au ciel
l'astre comme une source
ombre - lumière
noir et blanc
paupières toujours baissées
aveuglées, détournées
sous les pupilles le même fil rouge
frôle les rails de l'invisible
si près du sol
descend les marches
la main sur le feu de la route
compte les gestes automatiques
J'attends le murmure des vents
la brume sur le lac
celle de septembre à dix heures
puis l'or du soir qui étincelle
ivre de soleil
c'est ainsi que je regarde le manège
des ombres qui s'allongent
l'absence sur son lit de feuilles
lèvres closes, légèrement spongieuses
plaie promise à l'oubli
ce grand miroir qui ne change pas
immuable et secret
enfile ses vieux habits de cendre
lutine
De peur que les fantômes ne la rattrapent
Elle aimait ces marches de pierre ornées de haies soigneusement taillées, elle aimait les paysages gris et noir aux décors verticaux, l'absence de soleil, la brume qui descendait jusqu'à la route effaçant la géométrie de l'espace, elle l'accompagnait de la main, s'y appuyant quelquefois, elle suivait le muret, l'ardoise des toits, les voitures en contrebas. Ses yeux guettaient le vent et ses détours jusqu'au clocher perdu. De terrasse en terrasse elle se déplaçait comme l'oiseau au sol émiettant quelques cailloux du pied, fuyant le promeneur. Elle aimait se suspendre au froid de l'hiver, griffer les murs pour en sortir la lumière blême de la rue, les nuages bourdonnant à l'intérieur de sa tête. Elle était une chanson dans quelques bulles d'air, toujours rêveuse elle se laissait porter de peur que les fantômes ne la rattrapent. Elle aimait la transparence des flaques d'eau ne se lassant pas de regarder les façades à l'aplomb du ciel tout en écrivant le monde derrière sa porte. C'était juste après la grande maison entre les statues, là où la pierre forme un creux dans lequel se blottir, qu'elle attendait le printemps, une légère auréole bleue serrait ses chevilles.
lutine - 05-03-2013
Au pied du ciel
Silence sous les paupières
les bras et les mains sont des bateaux
les trains roulent et boivent la mer
mots pour corps tout déraille
une boîte à musique entre les fentes
file la voix
Quand on lève les yeux
c'est le délitement de la traîne
cet air étouffant de lumière
lèvres terriblement closes
les doigts occupés de mille choses
papillons c'est la mort ici
toutes ces silhouettes de papier
lutine
Auréole étrange
Alors une voix s'éleva, la lune nourrit tant d'ombres détachées du ciel. Quelqu'un viendra autrement que dans l'impuissance, les yeux grands ouverts, et nous marcherons en dehors de la sphère. Serait-ce l'enfant aux deux jambes, dans la gravité de la terre. Il avait choisi le jaune pâle si calme du coma, entracte de l'aube, le soleil séparé en deux. J'ai posé ma main, là où repose l'esprit qui éclaire le monde suspendu au fil de la vie, elle a ressenti les vibrations où nous sommes deux, le mouvement du temps avec dans l'âme l'envie de reprendre le train pendant que les éclairs habitaient ton visage.
lutine - 18-02-2013
Trois petits délires
B - sur papier kraft - fusain - sépia - sanguine - craie blanche
Les heures suspendues
Elle peut tout imaginer
l'horizon plus gris que la lumière du jour
grises les voitures en contrebas
grise l’éclaboussure des flaques d’eau
Les insectes aux ailes mouillées
prisonniers de la fente
elle peut les entendre crisser
alors qu'un papillon se brûle sous l'abat-jour
En se penchant un peu elle ne voit pas
elle dit que rien n’est visible
mais entend les détails de la rue
tantôt lisse à la manière d’un tronc élagué
tantôt déchirée
Cette ombre occupe mon dos
je suis l’obstacle
toujours devant
toujours immobile
elle voulait me quitter
me devancer dans le sommeil
La douleur devint lancinante
quand elle prit ma place
lutine
La vie circule - suivi d'une lecture de C.
Viens, tu crois ne rien voir
c'est le ciel qui t'inonde
tu es venu tête nue comme un avenir rebondit
un corps et ses gestes puérils
tu es venu déposer de l'autre côté du rideau
ta pelote de laine et ses mailles
rumeur d'écume.
Qu'y puis-je s'il me semble te voir
liant les branches de nos premiers pas
et c'est le ventre qui bouge
la peau se gonfle si peu mais doucement
alors je te dessine un lit
sous la robe blanche
une source où l'ombre persiste.
Viens, ne crains pas les sons qui se voilent
le silence
l'écho énigmatique des ténèbres
le chiffre des jours dont la fleur se défait.
Je t'écris de ma table
comme je m'adresserais au brouillard
fluide entre mes mains
lorsqu'il me libère
tes lèvres se vêtent d'un sourire
gorgé d'attente
lutine
un écho de c. ici
http://leforumbleu.net/message.php?id=211245&page=0&fredblog=0
La vie circule
Viens, tu crois ne rien voir et c'est le ciel qui t'inonde. Tu es venu tête nue comme un avenir rebondit des pieds aux épaules, un corps et ses gestes puérils, tu es venu déposer de l'autre côté du rideau ta pelote de laine et ses mailles, rumeur d'écume.
Qu'y puis-je mon rêve s'il me semble te voir liant les branches de nos premiers pas et c'est le ventre qui bouge, la peau se gonfle si peu mais doucement, alors je te dessine un lit, un repas chaud sous la robe blanche, une source où l'ombre persiste.
Viens, ne crains pas les sons qui se voilent, le silence, l'écho énigmatique des ténèbres, le chiffre des jours dont la fleur se défait. Je t'écris de ma table comme je m'adresserais au brouillard fluide entre mes mains, lorsqu'il me libère tes lèvres se vêtent d'un sourire gorgé d'attente.
lutine - 29-01-2013























