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Un nouveau regard, les mots qui se détachent
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Un nouveau regard, les mots qui se détachent
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19 mai 2009

Juste au bord

.

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C’est un grand terrain vague

Brèches invisibles

Les murs saignent de la violence de la table

On ne chasse pas les images à coups d’éponge

Nous portons notre dernier habit

La mort est envie jusqu’aux chuchotements des rêves

Et le fleuve continuera de couler

Dans le gouffre que nous sommes



On ne cache pas les résonnances du silence

Du fil inversé à la pliure de la main

C’est un inventaire dans une ligne suturée

Où les contours sont perméables
   
 



lutine - 18-05-2009

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18 mai 2009

les enfants de Don Quichotte

.

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"On est capable d’envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l’espace, d’identifier un criminel à partir d’un cheveu ou d’une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d’informations. ON EST CAPABLE DE LAISSER MOURIR DES GENS DANS LA RUE."

.

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On est capable d’ériger des gratte-ciel de six cents mètre de haut, de construire des hôtels sous-marins et des îles artificielles en forme de palmiers, on est capable d’inventer des matériaux de construction « intelligents » qui absorbent les polluants atmosphériques organiques et inorganiques, on est capable de créer des aspirateurs autonomes et des lampes qui s’allument toutes seules quand on rentre chez soi. ON EST CAPABLE DE LAISSER DES GENS VIVRE AU BORD DU PERIPHERIQUE.

.

.

.

No et moi de Delphine de Vigan

.

.

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Colère
Laisse couler les mots
Sans retenue
Comme lave en fusion
Déferle sur la ville

.

Crie !

.

Que ta voix
Réveille les sans questions
Hurle le poids de tes déchirures
Bouge cette inertie
Crève les tympans
Des aveugles

.

Rage
Livre-toi
Sans pudeur
A ce monde léthargique

.
Comme voiture folle
Déferle sur la ville

Regards affolés
La mort en face
Dernier soubresaut
Des yeux expressifs
Des têtes qui se relèvent

.

Enfin !

.

En fleuve déchaîné
Sur la ville
Laisse couler tes eaux
Chargées d’éboulements

Des yeux épouvantés

.

Enfin réveillés !

.

Au travers de ta peau

Hurle à exploser les vitraux
De cette église
Qui est tienne

Dans leur dénuement
Qui sait …

.

lutin

14 mai 2009

Les assis


Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;


Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !


Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.


Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
L'âme des vieux soleils s'allume emmaillotée
Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.


Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.


- Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.


Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !


Puis ils ont une main invisible qui tue :
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue,
Et vous suez pris dans un atroce entonnoir.


Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
Et, de l'aurore au soir, des grappes d'amygdales
Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever.


Quand l'austère sommeil a baissé leurs visières,
Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en lisière
Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;


Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgule
Les bercent, le long des calices accroupis
Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules
- Et leur membre s'agace à des barbes d'épis.

Arthur RIMBAUD, Poésies 1870-1871

9 mai 2009

Le cerisier

Une peinture d'ailleurs / un souvenir d'enfance

                            .

.

                           J'ai grimpé jusqu'à la cime du cerisier, dans un short trop court mes jambes balafrées m'ont emmenée à la dernière cerise écrasée contre ma bouche de petite fille gourmande, en chemin j'ai perdu ma sandalette et me voici les yeux larmoyants assise sur une branche à regarder le sol et le soleil décliner. L'ombre se fait terreuse alors que l’écureuil ami s’excite enroulant sa queue contre le tronc en éclair d’orage. Dans mon regard noirci vous pouvez lire la peur, les pupilles sont des cailloux qui tombent, le blanc est un étang qui déborde. J’ai mal au ventre, il ne faut pas avaler les noyaux, mon grand père me le disait si souvent. Une boule m’empêche de respirer, tout se noue entre la bouche et l’estomac, seul  le ventre comme un robinet ouvert réclame la sortie. Je suis perchée emmaillotée dans une culotte de coton blanc et serre des poings, le feu monte aux joues, cramoisie je crie l’échelle, c’est l’heure de la sieste et je suis seule au monde mes doigts teintés d'encre rouge comme mes lèvres, juste un caillou entre mes mains transporté du sol au plafond pris sur la table. Il n’y a plus de ciel dans l’arbre centenaire, il n’y a plus de soleil, juste le vert des feuilles sur mes épaules pesant une tonne. Quand les parents appelleront à l’heure du goûter, les bols remplis de fraises marinées dans du sucre et du vin, je serai morte.

lutine

22 mars 2009

Tripe humaine

.

.

La nuit je ne suis plus là
je pars en voyage
dans une atmosphère cérébrale fantomatique
la vitesse l’emporte souvent
la spéculation aussi
sur un fond de colline rocailleuse
la musique en parallèle
c’est entre deux gares dans un confort aléatoire
que je grave et peins des personnages insensés
à l’épreuve de l’horreur
le burin martèle les rails
la rouille sur la peau persécutée
dépose ses pigments
le chiffon à la main bat la toile
les particules comme une pluie s’échappent
reste l’ombre du déporté
à peindre au risque de la vie
des électrochocs invoquant  la furie du monde
happent les aiguillages chargés de bruit
la déglutition est difficile dans les secousses
et les tripes se nouent
le ventre accouche sur le quai d’une gare
dans l’énergie sourde d’un autre défi
visage qu’on dévisage
par peur de mourir sans laisser de trace



lutine - 22-03-2009

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20 mars 2009

Funérailles dans le dos

.

.

Il n’y a que le soleil sur les ombres

il n’y a que des poupées de chiffon noircies

les cheveux monochromes arrachés

quand une nouvelle saison se lève

notre corps est un livre

on en tourne la page

on déchire la souffrance de quelques lignes

les morts ne volent pas

les morts ne salissent pas

on déplie son corps encastré dans le vide

à l’angle des raies de lumière

on relève la tête

lançant un long regard vers l’homme

respirant avec lui

on enfourne ses doigts dans la bouche

hors d’haleine on en extirpe les mots

les morts ne parlent pas

rien qu’un verre d’eau pour laver le linge

de l’eau sucrée-salée à chaque souffle

rien qu’une épaule pour expulser le froid

une main sur le ventre reconnue

on lui lave les pieds

on lui lave le sexe

dans l’intervalle des gouttes d’eau

la toilette faite on le caresse

l’escalade des doigts pousse les heures

il n’y a que les corps vivants

les armes au poing

qui se souviennent

un terrain sur lequel s’ébattre

et s’abattent nos souffles à genoux

les funérailles dans le dos

.

lutin - 20-03-2009

27 février 2009

Les confidences d'une toile

.

et mon inspiration

.

Tu tournes le dos au milieu du désert
Les yeux en voyage au milieu d’un nuage

Tu as cassé tes chaînes
Battu à  mort la boussole au soleil couchant

Seule ta peau au bord du tombeau
Personne pour te jeter la pierre
Dans tes pas éphémères à la recherche du vent

Du sable crisse sous tes dents
La fleur au coin de la bouche
Le jus avalé en sirop d’érable

Que laisses-tu derrière toi ?
Le silence

Que cherches-tu devant toi ?
Un mirage

.

lutine - 27-02-2009

.

22 février 2009

"Quelque chose de cette mère où s'entrouvre ton ventre"

.

.

J’ai peur de me taire
j’ai peur de perdre la voix, amie qui me tient la main
il faut que je me taise
j’avale le mot dans l’oubli de moi
les secrets seront écrits plus tard

Je vous aime dans l’atmosphère poussiéreuse
les secrets dans les recoins me collent au sol
ma mort n’y changera rien
ma mémoire a le cafard vidée d’espérance

Blafard est le teint
sur les murs sont écrites vos confidences
sur le canapé aussi des gestes incrustés
jusqu’à la salive dans le tissu, marqué du sexe aussi

L’avenir a perdu son chemin
un désert monochrome peuplé d’absence
voute les épaules dans l’air paralysé

Rien ne circule, les trains électriques se sont arrêtés
la musique aussi, le chat miaule
la mémoire en couleurs torture le ventre
le jouet est cassé
la toupie fait du sur place
le long d’un mur si haut se cogne le jour

Une part de vie dans les paquets en partance
en vrac le passé à même le sol froisse le tissu
comme la peau
des nœuds dans la tête, des lacets accrochés à la fenêtre
les pieds en suspension, la tête ailleurs
le chat se roule dans l’odeur fantôme

Je vous laisse les clefs
ma mémoire a le cafard
mon corps est un désert
une gare la nuit peuplée de vous
je choisis l’insécurité qui me colle déjà aux os


lutine - 22-02-2009

18 février 2009

le vent - la vague

.

.

Lente la vague de la pensée
au bord de l'écriture
à l'aplomb de la falaise

Le vent se nourrit des mots - gonfle la vague
lit un livre ouvert - feuilles volantes
curieux - tourne les pages
sous l'eau noie les premières joies

Monte la vague - chargée de mots
des mots de larmes
des mots d'enfants

En dessin de nuages emportés par le vent - les rêves
sous la brûlure du soleil reviennent
en cortège de cendre

Gonfle la vague
en chemin une éolienne brasse le vent
parle la vague

Des mots engloutis dans la tempête - vague
pour eux qui s'aiment
chasse les algues - les feuilles mortes

lutin - 18-02-2009

29 janvier 2009

Agnès Schnell

Mosane ou presque

42 chants pour l'Ardenne

Agnès Schnell - Inédits

Un jour nouveau

un de plus…

Une déchirure au loin

des chemins s'ouvrent

plus vastes    plus lumineux.

Nos pas dans d'autres pas

d'autres marches

plus heurtées.

 

La forêt puissante

nous possède

nous aspire

en sa paix humide

la forêt nous éloigne

de nos énigmes

nous relie à d'autres secrets

plus profonds.

 

La vie

chemins pétrifiés

ou osseux

toujours autres

les sources    une pause

à peine

dans l'infini du temps.

 

Lente maturation

dans l'obscur   dans le tiède

voix éphémères

souffles feutrés

mille haleines nous lient

à l'invisible.

la suite ici http://www.mondalire.com/votre_espace/Agn%E8s_Schnell.htm

29 janvier 2009

Toupie dans le désert

.

.

Ce n’est pas de la barbe à papa
ce n’est pas de la réglisse
c’est du goudron dans le Sahara
aux heures chaudes
un homme est enroulé dans une masse pâteuse
on y voit la tête
on y voit le bras tendu
il tire vers l’extérieur
déformant sa prison élastique
les pieds sanglés dans un pneu crevé
sorti de sa roue

la route ailleurs

il y a le sable brûlant
blanchi de lumière
c’est le contraste de la matière
un mur souple et ferme

entre corps et terre
des yeux noircis
dans une tête cagoulée

sa deuxième peau

géôlière

c’est la vitesse de l’affolement

vrille bloquant le ventre
le ressort de la montre s’épaissit
d’autres sont passés
on en voit la trace
voyageurs pressés
ils n’ont pas pris les ciseaux
pour couper le fil
en d’autres lieux plus cléments

une fête foraine peut-être
ils ont fui

c’est un homme cyclone
une toupie dans un désert

.

.

.

lutin - 21-01-2009

inspiration d'une peinture abstraite d'ailleurs

18 janvier 2009

Rien que le sel

.

.

Oiseau j’ai nourri ta main de mon sel

m’enroulant dans le paysage de tes doigts
en son creux - les grains sur mes ailes
de l’intérieur j’ai arrêté le sens - dans une cage
spirale d’or autour du cou -  je me pends
grande strie sanguinolente

A  ton cou je suis l’anneau

écrivant sur ton dos
la patte cerclée de l’oiseau - migrateur
quand le vent un peu plus me porte
vers l’épuisement
à l’intérieur - notre démesure

J’ai couché les bourrasques

comme la vague contre le sable
quand la peau se tord – eau contre vent
ce sont les balbutiements de la renaissance
notre premier geste maladroit
autour de nous - rien que le sel

De nous - doigts liés

notre écriture sur le dos

.

.

lutine

9 janvier 2009

Oxygène en bouteille

.

.

J'ai un verre à la main
la bouteille dans la poche
je ne sais pas boire sans un verre à pied
même si mon pied frôle le caniveau
et que le talon casse en angle droit
comme ma voix dans les ritournelles de mes désillusions

Je veux boire chic le petit doigt en l'air
je ne serai pas pocharde aux yeux cernés

le corps comme un arbre sec
les lèvres au goulot
je ferai illusion dans mes chansons articulées

au son d’un accordéon sous-marin
il ne faut pas avaler les mots
il faut du liquide chaud chatouillant les cordes vocales
le rond de la bouche formant des sons audibles

Je serai princesse de la nuit
Messieurs vous me baiserez la main sans l'espoir de soulever mes jupes
vos chansons à la cantonade ne sont pas miennes
je n'aime pas la vulgarité
je suis bon genre et me couche seule
sur le lit je tangue et m'accroche aux souvenirs d'un amour d'eau
les yeux fermés
seules les vagues puissantes de l'investigation du ventre remontent à la gorge
créant une paralysie du pharynx

C'est le chlore qui nettoie la peau
au matin d'une gueule de bois
ce n'est pas clore sa bouche
mais en chlorer les cellules humaines
comme l'éther sous le nez anesthésie la pensée
c'est le coton imbibé sous la langue
sniffé par le nez endormant la douleur
quand ça fait mal on se fouette au sang
on ouvre et l'on verse

.
Ce n'est pas éclore à l'air libre
c'est donner de l'oxygène en bouteille
des bulles blanchies montent à la surface
la peau est désinfectée
d'un mal trop profond
en cratère sous la peau
au fond d'une piscine
d'eau chlorée
c'est aussi la naissance de bulles
éclatant en surface

.

.

lutin

.

.

09-01-2009

7 janvier 2009

Maison déshabillée

.

.

Derrière le papier peint
il y a une autre respiration
un passé écrasé dans le creux de la main
poing à jamais amnésique
si on n’en soulève pas le coin


Il y a la lumière diffuse dans l’œil
la voix faïencée qui tombe du plafond
dans l’ombre du tapis
les mots que l’on croyait morts
s’infiltrent sous la porte


Les draps blancs jetés comme des fantômes
pour ne pas perdre l’envoûtement
grimacent dans le désordre de la pièce
et les mots rampent en poussière de plâtre


Derrière la couleur des murs
il y a la blancheur des corps qui se mangent
dans la nudité, à même le sol
et les sons résonnent en cristal
au vent des sentiments


Dans une maison déshabillée
il y a une église
une amplitude dans le son de la voix
un ciel haut où se retrouver
une maison nue, c’est le monde à l’envers
fenêtres ouvertes



lutine

30 décembre 2008

Mille morceaux et quelques poussières

.

.

La terre s’est noyée
le cri même si on ne l’entend pas se prolonge
comme la distance se rapproche ou s’éloigne
l’écho rappelant le chemin
autour d’un cercle en attente de sa courbe

C’est une route entre deux forêts noires
longue et tendue - derrière rien
c’est une mobylette réveillant le silence
cintrant la route dans sa roue - devant rien

C’est un objet en suspension
le visage en vrille entre deux arbres
les freins ralentissant le temps
la route est son aimant
papillon de nuit attendant un halo de lumière
mâchoires serrées

Elle voudrait brûler l'absence
le moteur asphyxiant l’air de ses accélérations
les phares blancs s’enfoncent dans la pente
quelle angoisse le ciel qui se penche
le sang qui  glace les veines
le silence et le noir

Il fait encore nuit
le corps déboulonné dans le sable
il y a la tempête dans la tête dévissée
loin du cœur elle gît
une tornade l’a emportée tordant la bouche
en noeud marin - autour du cou
le long de la gorge - coulant
elle a l’air ravagé
autrefois les seins rebondis
elle sentait bon

Les oiseaux tourbillonnent - ailes déployées
carnassiers piquent du bec
un festin à l’heure de la fin
une bouillie de mots éjectés
entre les dents à manger

Macabre direz-vous
vos pensées si fortes prennent voix
sur vos visages froissés
à multiples facettes
la vermine tisse ses formes
la lance de vos yeux  - crève-cœur
ainsi gisent les opprimés
veines éclatées
ventre à terre

Il faut écrire sans détour
avant la gifle fatale
une tige de fer se tord
elle a perdu les formes voluptueuses du gant qui l'emmurait
dénudée au sol elle se rouille
le sel rampant sur la matière
la peau à ses côtés en milles morceaux

Il y a la vague saline – la terre s’est noyée
têtue elle piétinera
progressivement digèrera
atmosphère étrange - électrique
un semblant de couleur monte au ciel
une ombre peut-être

Tu n’es plus moi – tu es l’autre
l’androgyne dans un pantalon d’homme

Je suis toi dans moi
35 mn
semelle dans la terre glaise
il était temps face aux couteaux
cran d’arrêt ou papillon
acier 420 ou 440 chirurgical dans la gencive
dans le jardin marqué au fer rouge sept cygnes
à  l’unisson un décollage en accueil
un autre monde sans armure au dessus de la lame refermée

Tu es moi dans toi

58 secondes de survie -  le sang pulse les chagrins
je t’ai donné le sein ce matin
je t’ai donné la langue
couteau à double lame
manche d’ébène de frêne ou d’olivier
tranchant le fil sous l’aiguiseur assassin

Nous nous sommes croisés si peu
une voix chaude habillant mes mains ensanglantées
je n’ai plus de doigts
je ne sais plus compter jusqu’à dix
je n’ai plus de pouce à sucer
je ne t’ai pas donné le ventre
je suis l’enfant apeuré dans l’écume des visages fossoyeurs

Tourne manège
tournent les yeux dans les coins
j’entends le compliment serré au bras gauche tout contre cœur
l’hématome encore marqué du son presque audible
mâchoires serrées dans le souffle vers moi
sous les applaudissements les viscères en torsion
la chienne pissant son territoire de l’autre côté

Je suis fœtus
je t’ai donné mes dents et ma salive
de chiffon j’ai plié la poupée en moi
ne me déshabille pas le ventre
de corne ou d’os quelques couteaux encore
des veines à entailler au fil des jours
des révolutions dans les couloirs du métro sur la ligne Ménilmontant
à cran d’arrêt la lame s’éjectera

.

Mille morceaux et quelques poussières
en toi ou moi
androgyne



lutine - 30-12-2008



13 décembre 2008

Jeanne - des mots jetés

.

Il y a ce lit

cette couette

à combler

un hiver en plein vent

un iceberg dans le ventre

sans fin fouille au cœur


Rester droit

dormir à la  verticale

fil à plomb insomniaque

cœur percé au sabre

sous l'armure

tenir debout


Un fou-rire dans un hall de gare

l'écho de soi entre les rails

dans la solitude

les bras en croix

fondre dans le métal


Jeanne je pense à toi

au creux de l'âtre

à mes engelures

dans cette aire glaciaire

je porte l'armure d'acier

sous la morsure elle a plié


Nue je me soumets

à la mort du passé

du présent inutile

l’avenir dans les braises

dans les cendres le devenir

Jeanne ta douleur est mienne


Jeanne je me battrai

dans les draps

face à l'ennemi

je vaincrai


lutine

9 décembre 2008

Cendres

Ouvrir les yeux refusant le prolongement de la lumière aveuglante

Les ombres s’allongent de l’œil au sol

De la terre à la main surgit l’éclaboussure de l’évidence

Un monstre était là tapi sous la paupière

.

La main vers l’extérieur conduit l’œil clos

Les doigts mêlés aux barreaux du regard

Le soupirail noirci de la cécité craque

Dans les yeux décousus vient danser la mort

.

Rouille accumulée au fond de l’orbite

La poutre dans l’ossature de la machine cède

Au creux du ventre la main se brise

L'holocauste était là dans toutes ces mémoires empilées

.

.

.

.

lutine

7 décembre 2008

A la Basquiat

C'est un bateau
une coque métallique
coupée en deux
dans le fracas du plexus solaire

j'ai rampé
jusqu' en dessous du ventre
ainsi se vide l'eau sale
des égouts à la mer


C'est une corde prise dans le vent
une forme à deux bouches
l'anneau du cou
l'étau de la taille
la flèche les mixant aux éléments

au fond d'un trou
la pointe acérée

sans voilure
tirant vers le bas
la chape de plomb

de la terre à la mer

C'est un métal rouillé
griffé à la chair
au coeur chargé d'amour
à mourir
à donner à la mer
le chagrin en pâture
les larmes en prime
le sel des yeux aux poissons
 

C'est le gris des cargos
la sirène hurlant la mort
à la fenêtre de la vie

un toit sur la tête
les yeux nulle part

de part en part percés
regardant le tableau
de la mère
à la mer
pris entre deux sentiments

loin du parapet

écoutant la corne de l'épave

engloutie

C’est la muse dans la tête
une tache rouge
sur le sein gauche
entaillé de la flèche
il pleut des coulures

de peinture

des graffitis
à  la Basquiat
 

lutine  

7 décembre 2008

Marathon 2

.

.

Lentement le tapis roulant monte leur tête

et les corps

jusqu'à l'apparition des pieds

présentes sur un sol plat les jambes défilent

.

A chacun son théâtre

certaines mains se hissent

d'autres fuient des idées en tête

.

Au tapis roulant suivant les pieds disparaissent

les corps aussi

leur tête rentrant sous terre

comme si rien n'avait existé

.

C'est un couloir fantôme

on y monte

on en descend

dans le ventre de la terre

les jambes tournent en rond

jusqu'à demain

.

.

lutine - 07-12-2008

5 décembre 2008

Magie noire

Je cherche la flamme
la ronde dans le brasier
la phobie du feu en nous

Est-ce qu'on s'aimera mieux
notre âme dans la magie noire
ventre liquéfié

Quand on fait l'amour tout se déchaîne
l'ombre du serpent dans la tête
une odeur de mort plane

Dis plus bas est-ce qu'on s'aimera mieux
dans les cendres est-ce qu'on se reconnaîtra
pépites de sang séché entre les doigts

Est-ce que tu crois à l'oubli
est-ce que tu peux nager loin
épaule contre rien
notre jardin là haut il y fait froid

Membres déshabillés de la main
un coussin sur le ventre
au fond un fleuve qui déborde
à l'intérieur c'est la chaleur de l'enfer

Des silex se frottent
bras mutilés derrière la nuque
en cavale il faut craquer l'allumette
on peut vivre poussières

Sur des brindilles de bois séché il faut se coucher
se consumer
dans le feu s'unir
et ne plus vivre demain

lutine

2 décembre 2008

Recto-Verso

Bouche décousue
coupée en deux
mots plus bas
plus haut la voix
cisailles ouvertes
voilà
attends un peu
ne ferme pas les yeux
en eau forme la haine
à coups de rasoir
et crache
papier buvard
saturé
c’est le sang dans la voix
injecté dans la salive
langue pointue du serpent pris au piège
c’est du mercure au chrome sur la plaie de l’autre
le venin antidote sous-cutané
cargo de mots puants
projetés dans la tête lacérée
tissu de chair vivante
émietté dans l’assiette
entre deux couteaux
tempête pulvérisée dans un verre d’eau
mensonges
en médicament  de rémission
embryon de mort
glissant dans la salive avalée
un clou au fond de la gorge
dans l’œsophage un marécage
s’enfonçant dans l’estomac
un cri au bout de la langue
l’écho dans le ventre
sans oxygène
cherchant la porte de sortie
vers le bas
la haine sur le visage
le crachat est authentique
on l’apprend dans la rue
on l’offre à la pute
ramassis de fiente humaine
crachats sur la mèche de cheveux
bouche laquée du fiel de l’homme
le nerf sectionné
elle ne sourit plus
lèvres en suspension
une balle
trois balles
plombée d’écume rouge
plus bas la voix
arrêtez la musique
capsule blanche pour quoi faire
sous la langue sèche
et si c’était la fin
embrasse Marie pour moi

lutine

15 juillet 2008

Prout

j'ai laissé les lumières d'un ciel se défaire
les pluies d'un arc-en-ciel s'effondrer,
j'ai érigé barrières, murs, semblances, espoirs,
je joue dans la partition un pas en avant,
des millions en arrière
je laisse l'espace fouetter les airs, me descendre
à mesure

des oiseaux nichent aux creux des arbres, tout en haut
des amis se tiennent par la main, chemin faisant,
des regards s'illuminent aussi, quelques fois

je suis dans l'espace moucheté, des ombres,
qui ne veut, s'approcher, trop près, abîmer le tableau

Proustien, s'il en est !

...

J'ai laissé un banc derrière moi,
l'amour plane partout autour de moi,
ma pire perte : perdre ceux que j'aime,
mon pire défaut : effacer les liens amis
ne pas trop s'attacher, toujours une montagne
dans le dos

de trop de loyauté , de trop d'amour,
aime-t'on jamais trop ?

(aimer mal, oui, mais aimer)

où la blessure ?
les rires escarpés ?
sur la vie-scie, bouée dégonflée

un banc de poisson
mon verre, un vert particulier.
Une vague-remugle :

"Proust et son questionnaire aux orties" ,

je garde la "madeleine" *


où j'aimerais habiter ? dans ce pays sans nom,
où l'homme vous observe, aveugle, comprenant....
l'habit porté,


* " Elle est née en 1923, de son nom de jeune fille Bobillier, patronyme très courant dans la région. Son père s'appelait Abel Bobillier. Elle s'est mariée avec André Proust, né en 1920 et originaire de
Frazé (Eure-et-Loir). Elle l'a connu alors qu'il était militaire et fuyait les Allemands durant la Seconde Guerre Mondiale. Ce dernier décède à l'âge de 51 ans des suites d'une maladie rénale. Aucun enfant ne naîtra de cette union. Elle a au moins une sœur, « La Paulette ». Un de ses voisins est « Le Ricet. » C'est à ce dernier qu'on doit, selon Madeleine, l'adage suivant :

« Quand on voit c'qu'on voit et qu'on sait c'qu'on sait,

on a bien raison d'penser c'qu'on pense et puis

d'ne rien dire ! » " *

* http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Madeleine_Proust

Allez la lire, elle écrit comme une mitraillette qu'il faut constamment alimenter tant elle arrose son lecteur, il en sort à chaque fois des textes de qualité, mais où trouve-t-elle l'énergie ?

http://eoline.over-blog.com/

Miss je vous admire

lutin

24 juin 2008

Volontaire

Ce n'est pas de moi, c'est une réponse d'ailleurs, coïncidence, le même titre

Emotions censurées, j'en ai plein le container
J'm'accroche aux cendriers et j'm'arrange pas les maxilaires
Sélection rythmique, sélection d'combat, effets secondaires
C'est elles, séquelles, c'est tout c'qui me reste de caractère

Tête brûlée, j'ai plus qu'à m'ouvrir le canadair
N'essayez pas d'm'éteindre, ou j'm'incendie, volontaire
Volontaire!
A l'analyse, il sortirait que j'suis pas d'équerre
Vol de nuit sur l'antarctique, j'attends la prochaine guerre

Jamais d'escales, jamais d'contacts avec l'ordinaire
Perdus la boussole, le compas : erreur volontaire
Volontaire!

Frôler des pylônes, des canyons
Et frôler l'éphémère

Si tu touches, si tu t'crashes,
tu rentres dans le légendaire

Réalité, réalités, punition exemplaire
Si c'est pour jouer les fugitifs, moi j'suis volontaire
Volontaire!

Merci "d"

27 février 2008

Le Crachat

Je cherchais ce matin "Le Crachat" de Léo Ferré que je vous livre ci-dessous

Le crachat

by Léo Ferré

Glaireux à souhait avec des fils dans l'amidon
Se demandant s'il tombera du mur ou non
    Le crachat au soleil s'étire

Son œil vitreux de borgne où la haine croupit
Brillant d'un jaune vert pâlot et mal nourri
    Sous la canicule chavire

D'où viens-tu pèlerin gélatineux et froid
De quelle gorge obscure as-tu quitté l'emploi
    Pour te marier à cette pierre

D'un gosier mal vissé ou d'un nez pituiteux
D'un palais distingué d'un poumon besogneux
    Ou d'une langue de vipère

Avant que de finir au plat sur ce granit
Etais-tu préposé au catarrhe au prurit
    Ou bien à résoudre une quinte

Es-tu le doute du rêveur l'orgueil du fat
La solution d'un douloureux échec et mat
    Ou l'exutoire du farniente

Agacé par l'insecte au ventre crevant d'œufs
Décoloré, suintant, le crachat comateux
    Sur le trottoir enfin débonde

Tandis qu'agonisant sous des pieds indistincts
A l'aise enfin chez lui il me dit l'air hautain
    " Je suis la conscience du monde "
 

13 octobre 2005

Une cicatrice en moi

Au coucher du soleil, j'ai souvent fait le chemin vers cette boule de feu à fleur d'eau, espérant la toucher avant qu'elle ne plonge dans l'eau. J'en suis toujours revenue bredouille, en me disant je recommencerai demain. Une envie de conjurer le sort me brûler les mains, perdre mon identité, mon empreinte digitale pour devenir quelqu’un d’autre. Une ligne d’horizon intouchable qui s’éloigne quand on croit l’atteindre.

Au lever du soleil, j’ai souvent tendu les mains dans l’attente de l’autre, celui qui obscurcit mes nuits. Attente vaine, les mains dans les poches je m’en suis allée, des larmes au bout des doigts en me disant je recommencerai demain. Une envie de renaissance, couper les fils, quitter le sillon tracé de la marionnette, fuir l’ensorceleur aux doigts crochus, un ciel électrisé gronde sa colère, de l’index conjurer le sort, l’envoyer en enfer.

Au cœur de ma nuit, j’ai souvent gardé les yeux grand ouverts à compter les jours inutiles, à poser ma main sur ma peau, l’endroit endormi par trop d’attente à vouloir réveiller pour demain, le mot odieux à ne plus entendre.

Aujourd’hui la vague m’emporte, fait le vide du passé et du futur, reste le temps présent. Au cœur de nos nuits je suis une boule de feu, tu en fais le tour, me plonges dans un état second. Au lever du soleil, tu caresses la rosée au coin de mes yeux, tes lèvres pleines de promesses me disent à demain, n’aie plus peur de demain.

Demain, j’ai peur, une cicatrice en moi.

Lutin - 12-10-2005

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