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Un nouveau regard, les mots qui se détachent
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Un nouveau regard, les mots qui se détachent
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4 novembre 2020

Tempête

  

 

Entre mes mains ces fleurs que je protège
deviennent poussière
lentement s'abat le ciel
ces quelques fleurs n'ont plus de nom
déshabillées d'un mauvais grain

J'aime la mer telle une panthère
quand elle lèche mon visage
alors que mon corps se crispe
me voûte en corps à corps
nous allons traversant l'autre
chaque coup de lame est une déchirure
un abandon sans nom

Impuissants les chapeaux se tortillent
dessous des têtes s'affolent
des corps aux vêtements lourds
par heurts réguliers se défont
en cette heure
tempête tu ouvres ta mâchoire

J'aime la mer plus que de raison
les fleurs se mirent à sourire
mes mains ne rêvaient pas
je le sais je mourrai d'un pas de danse
sans écraser les jeunes pousses
je m'élancerai sans nom

D'une main animale
j'aborderai les remous
le courroux de la panthère
mains condisciples entre griffes acérées
fleurs dormez en paix

 

 

 

 

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14 février 2020

Rêverie

 

Rêve du soir
Poésie n'a plus corps
entre chien et loup
silence des mots
le parfum si présent 

De l’Est point l' horizon rose
coloriant l'amour blessé
il ne savait pas l'aimer
l'aimait avec son désespoir 

Sur la touche de piano repose la paix
la main s’est arrêtée là
suspendue
dans ses propres blessures 

Les yeux brûlés deviennent lumière
la douceur de la bouche
si loin, si proche
si tendre, tente un baiser
imaginaire
dans l'obscurité, le tremblement des lèvres 

Sur un drap froissé
les yeux, les yeux,
si loin, si proches,
il avait pris sa main dans un rêve

Accoudée, si proche
elle écoute Schumann
Rêverie

 

7 janvier 2020

Pourquoi ?

 

 

 

Sur la route le sang circule, on sent le pouls de la vie, on y danse, on double. Les chevaux sous le capot on se projette en avant. Séparés d’un certain nombre de choses l’aiguille dit toujours plus vite, on la méprise comme la température du corps oubliant le frein. Devant on aura tout le temps de respirer, derrière on n’y croit plus, il n’y a plus l’ombre d’une ombre dans le rétroviseur, juste un radar pour la photo souvenir en noir et blanc.

C’est un jour de semaine sur le macadam, longues herbes dans l’attente de  l’automne et éoliennes croissent et les bras ne pèsent rien. Pourquoi la fumée monte-t-elle au ciel ? Pourquoi le vent transporte-t-il les odeurs jusque dans l’habitacle ? Pourquoi les souvenirs font partie du voyage ? On entend des cris alors qu’ils étaient cadenassés à la roue d’un vélo. Devant les paysages parlent, les champs et les bois ouvrent leurs mains et le fleuve longe le corps. Dans le dortoir silencieux je pense obscurément.

D’hier je me suis retirée très tôt juste avant l’aube, avant le vol bruyant des oiseaux se jetant dans le ciel encore à demi éteint, avant que je ne me réveille tout à fait, avant que les mots ne soient vains préférant l’apparition des framboises, des fleurs et des chevaux. Assise, je déroule la France, les coteaux et les bois. Combien de pâquerettes et de coquelicots avant l’enfance sur le grand drap de la route, Combien de virages dans la pénombre pour aller jusqu’à vous. 

Les bulldozers ont saigné la terre, les hommes ont posé un drain noir conduisant vers le faîte des toits que nous voulons contempler, et nous voici  grimpant aux arbres, aux branches tortueuses, nous enfonçant à nouveau propulsés par l’accélération et l’aiguille qui s’affole comme un météore, c’est aussi le sang qui bouillonne entre réverbération et soleil qui se fane.

Étrange voyage lorsque le réservoir se vide, l’énergie du corps perd  sa puissance, les kilomètres parcourus renvoient à la case départ et les images à atteindre fuguent. Pourquoi les chemins mènent toujours à la maison qui n’existe plus. Tout s’annule, les heures, les choses en hauteur ou en profondeur.

 

 

 

13 septembre 2019

La cage

 

Je me tais
me barre la bouche
la colère cercle mes dents
ampute ma parole
chaque jour est un tour de vis 

Une toile d'araignée croît
d’une peau intérieure
chassant de mes lèvres
pacotille et éphémères 

Les chaises pendent
les corps se cambrent
le sexe sous le bras est
dans son fauteuil roulant 

Dans le rétroviseur je ne supporte plus
l'or et la rouille
où surfe le handicap des faux bourgeois
dans la cage
on ne me pêche pas

Géante au dessus de la terre
jusqu’aux Tuileries
je glisse
écartant les jambes
entre deux rives
il me faut boire

 

https://accents-poetiques.com/index.php?/forums/topic/5569-la-cage/&tab=comments#comment-36999

22 septembre 2018

Et palpite le coeur

  

Les pas ne laissent pas de trace
déjà l’air perd ton parfum
jamais nos corps usés ne rattraperont le temps
comme un arrêt de mort
nos bras s’éloignent habillés de la nuit
alors que la pensée recule

Dans l’autre sens les phares éclairent la route
terre aux veines bleues
dans un halo une fissure s’éveille
glisse le long des murs jusqu’à la grille

Aux formes gigantesques
un feu d’artifice éclate sur l’eau douce
ses étoiles éphémères
un peu de feu pour que tout recommence
et palpite le cœur

Les statues de marbre ne bougent pas dans les arbres
ce sont les robes qui se colorent et virevoltent
broderie de soie pourpre
rose de l’été, vierges habillées de soleil
le ciel sème ses arcs en ciel

Paupières closes je partage les heures
la nudité de mes épaules contre le vent
sans hâte j'écris des mots silencieux
sur un clavier sans âme, absente
j'entends l'eau profonde qui danse
dans cette nuit à la dérive

 

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19 octobre 2016

Rien que....

 

Rien que le vent et la terre
c’est Hiroshima
jusqu’à la forêt pétrifiée
aux grands arbres on leur demande de se taire
on s’asphyxie
on court comme l’on va à une manifestation contre le nucléaire
à la sortie du musée quelqu’un distribue des tracts
on prend le papier, on y parle du don d’organes la main sur le cœur
de peur qu’on nous l’ôte, il tape à l’intérieur
du bout des doigts on  le calme
le berce comme l’enfant


Est-ce aujourd’hui
est-ce demain que nos corps s’enrouleront
sans entendre le cri
les chaînes font silence, je cherche
je sais maintenant que les cartes sont distribuées
cartes retournées, il n’y a plus de jeu sur la table
ni de clauses particulières


C’est le monde qui rétrécit 
se contamine
lèvres closes on enchaîne
l’espérance, l'amour sans repos
la maladie est trompeuse
elle se couche
glisse le long du corps
s’arrête insidieuse
broyant quelques os
lentement elle ira
les lumières s’éteindront

 

 

 

 


20 juin 2016

Damien Saez - Le Manifeste - Ni Dieu ni Maître

 

"Dans la musique on est comme dans l'amour : engagé sur le sentier de la vie faible. On va du point A au point B, d'une lumière à une autre. On est entre les deux, trébuchant dans le noir. Vivant d'incertitude et souriant d'hésitation, attentif à ce mouvement en nous de la vie frêle, oublieux du reste"

Christian Bobin

 

Ecoutez cette musique dans le silence, c'est étrange nous quittons ce monde vers la création. Quel voyage !
(mettez plein écran)



Alors que l'ombre brille, alors que la nuit m’habille de sa robe de deuil, l'espace s’orne d’un miroir, je cherche un large pinceau, je tends le bras, quand le bras s’assouplit, quand mon corps se détend, je me prépare au voyage, je peins le ciel avant qu’il ne se décharge, avant que je n’oublie son parfum. Je suis la mer qui retourne les couleurs dans ses rouleaux, le gémissement des vagues qui s'accrochent à la grève, l'odeur de la terre se mêle à mes pas, à mes gestes se mêlent les voix, combien de temps encore ?


 

 

 

2 novembre 2018

On ne se détache pas

 

 

 

C'est
vide
rempli de lumière
roue libre de mémoire
cela palpite
cette tendresse
m'enrobe
de blanc

Elle s'en ira comme le reste
page blanche du ciel
juste quelques bateaux
rejoignant le flou
la mer vit

La journée est devant
on s'enlace
mot pour corps
nous rêvons plus large
encore
dans les premières vagues

Durant des heures
on va
on doute
on surveille les marées
le beige du sable
au pied de la mer
nous sommes seuls

Un grand verre de ciel
l'air descend
le coeur se tait
les yeux encore nos yeux
de plus en plus serrés
il y a peu à dire
seulement voir la lumière

Peau
voluptueuse et fripée
l'air passe
la bulle est étanche
fin du bruit
une nuit d'étain
la traverse

C'est l'infini amour ce carnet
livré au tamis
entre murmures tu me presses
le soleil dort
la mémoire tourne

 

 

22 janvier 2014

« J'aime votre silence, j'aime votre fatigue

  

 

« J'aime votre silence, j'aime votre fatigue éternelle, j'aime votre rire. J'aime tout de vous, et je ne me lasse pas de vous contempler dans cette vie ordinaire qui vous exténue, pour laquelle vous avez les attentions les plus rares. Vous recueillez ce qui n'a pas lieu, vous écoutez ce qui n'est pas dit. Tout est obscur dans votre vie, car tout y est simple. »  Christian Bobin
29 mai 2013

La folle allure

 

  

"Il nous faut mener double vie dans nos vies, double sang dans nos cœurs, la joie avec la peine, le rire avec les ombres, deux chevaux dans le même attelage, chacun tirant de son côté, à folle allure. Ainsi allons-nous, cavaliers sur un chemin de neige, cherchant la bonne foulée, cherchant la pensée juste, et la beauté parfois nous brûle, comme une branche basse giflant notre visage, et la beauté parfois nous mord, comme un loup merveilleux sautant à notre gorge."

 

Christian Bobin

 

 

Cette lecture me permet de vous dire que je m'absente un peu, juste un peu, car elle est ce que je ressens dans des moments de bonheur qui ne s'écrivent pas tout de suite.

 

 

 lutine - 29-05-2013

 

 

 

14 juin 2012

Une envie de pirouette

 

 

Je suis lutin
c’est ainsi que l’on m’appelle
je porte des gants rouges
une écharpe d'hiver du même ton
sur mon vélo blanc je ris
dans mon caleçon bariolé
on dit de moi que je ressemble à un petit lutin

Je n’ai pas de grandes oreilles
je n’ai pas les yeux ronds
je n’aime pas le vert
seulement les arbres qui me bordent
et le ciel qui m’abrite
au fond de mon regard

Je souris toujours mais j’entends les drames
je suis l’image du livre d’enfant dont je ressens la peur
quelquefois roulent sur moi des larmes que je bois
papier buvard je ne suis pas qu'une fille des champs
rousse rouge

Je tremble souvent dans le jardin derrière les potirons
le froid pénètre mon corsage si je ne vous sens pas bien
alors je suis lutine et non catin
quand mes oreilles fines se tendent
et non mon sexe que je réserve

Mes yeux sont ma maison
je vous veux si heureux
jusqu’à la pointe du sein
j’ai peur de votre malheur
alors je suis lutin contrant le blues
revendiquant mon titre

Signant lutine
j’ai les mains qui tremblent
et ne le dis à personne
que voler le bonheur ne me fait pas peur
pour vous l’offrir

 

 

lutine - 14-06-2012

 

 

 

16 avril 2012

C'était presque hier

Je lisais une poésie de Rechab et j'ai eu envie de donner mes impressions juste comme ça sans réfléchir

http://re-ecrit.blogspot.fr/2011/04/je-seraii-mere-bientot.html

 

 

J’ai aimé mon ventre
les petites bulles prémices de ta vie
à la recherche de mon oxygène 
avant que la mer ne forme ses vagues

soulevant ma robe d'été à fleurs  
ton dos contre ma peau
souvent côté cœur
ton sang se nourrissait du mien
cette chair tendre appelée placenta
tu buvais à la paille mes envies de fraises

ton poing frappant mon nombril
gourmand de chocolat

la faim te faisait bondir
je regardais mon ventre Mappemonde
transparent tant la peau se tendait
alors je t’ai vue au travers de mon miroir
soleil de printemps à l’intérieur
le soir ma grotte mystérieuse illuminée
la lune veillait nos rêves de nous toucher
les heures de sommeil étaient communion
calme, calme... ce n'est pas l'heure
du premier baiser, de la première toilette

mes mains comme des étoiles caressaient la mère
les rondeurs du sein
comptaient les mois et les heures
l’enfant que l’on poserait sur mon ventre
ton premier cri fut ma première larme
avant d'autres coulant ton bain de mes joies
nos bécots sur le bout du nez toujours

C'était presque hier ce désir d'enfant
quand on se berçait

 

lutine - 16-04-2012

 

 

5 avril 2012

Interrogation muette

  

 

 

Derrière les feuilles naissantes
les marronniers et les tilleuls
les écureuils, le roux du panache
le plus grand des frissons ne tardera à éclore 
milles pensées assaillent
jusqu'à l'abîme au noir de velours

On plante des tuteurs aux branches fragiles
on enterre les cheveux au creux des troncs
tourbillonnent le fouet, la natte immuable 
les oiseaux filent vers le nord
une algue serpente à l'aplomb du soleil

Depuis les marais où repose le sel c'est la guerre 
bêchent les pieds comme des crocs

Voici mes mains liées
sur ce front rempli de sueur je plongerai
où la fleur pousse au fond d'un miroir ivre
qu'importe les bois aux saveurs barbouillées
la grande scie a nettoyé la langue blanchie de l'hiver

 

lutine 05-04-2012

 

  

 

31 mars 2012

Il n'y a point d'heure

 

 

J'irai entre les herbes faire tourner mon cœur
les ronds dans l'eau embrument le matin
comme la boussole dépend du soleil

Points cardinaux vos flèches me distraient
dans le fil du temps laissez-moi courir
entre les mailles j'ai besoin d'épines
de boursouflures sur un corps trop lisse

Je ne peux me poser au chien qui fume
il me faut quelques renards apprivoiser
avant de m'asseoir à la table
mille cris d'oiseaux encore

Demain est la terre dont je cherche la semence
la rebelle derrière le giron en sueur
il n'y a point d'heure dans les yeux

Sur un banc hier et demain se côtoient
se décousent les voyages perdus
les vêtements défaits à coups de ciseaux
un vide hagard tenaille le prolongement des mains

Peu importe l'ombre et la lumière
la niche du chien
à l'heure où les fantômes se parent de blanc
je suis un coureur de fond au bout de la route


Ma mémoire est là entre les herbes

 

 

lutine - 31 - 03 - 2012

  

 

28 mars 2012

Est-ce que je suis en vie ?

 

 

 

Rien n'est jamais fini
aucune moisson
le viol prolongé
le vol de l'hirondelle

L'instant fœtal posé sur terre
le couteau plus long que le jour
les plaintes murmurent la nuit
ainsi les oies sauvages se remettent en marche

Ce n'est pas la guerre
les eaux bleues 
le long se promène la peur
la pâleur du sein au printemps

Odeurs errantes comme un soleil naissant
la ville hésite à ouvrir ses fenêtres
 les sanglots contre les murs
le jour balance son regard loin

Solitaire la mouche est morte
présence animale entre les herbes
s
ous le crâne elle est scarabée
lorsque le soleil brille

Telle crevasse tirant sa langue
sous la feuille blanche
est-ce que je suis en vie ?

  

 

lutine - 28-03-2012

 
 

23 mars 2012

Rien de plus ( 2)

 

 

 

Rien de plus
la nuit comme un bandeau
où tout se confond

mes yeux ouverts dessous
l'automne distribue l'or de ses paupières

L'odeur de la feuille
ne me demandez pas pourquoi
sous mes pieds
craque le sable de mes dents
les voix résonnent


L'hiver et ses épines mortes
les herbes fraîches au bout pointu
rappellent une autre saison
le soleil ouvre mes pores
pénètre la gueule de la forêt


Rien de plus
L
a sueur sous la peau
un chien tourne autour de moi 

oeil sauvage sous un nuage noir
l'envie de renaître à quelques mots
je ne le vois plus

 
 

  
lutine - 23-03-2012

 

 

21 mars 2012

Rien de plus

 

 

Rien de plus sont les couloirs verts de ma tête
mon seau ce crâne vide
on l'appelle bateau de mer
drôle de marin
j'ai le mal de mère

Laissez-moi aller sur le pont
que je lessive les murs et ses sanglots
brosse le métal et la méduse en moi
le roseau autour de mon corps
qu'à l'eau fraîche j'éclabousse

Je revisite l'intérieur du bien ou du mal
l'oeil explosé au fond de ma bouche
le jour balance sa désolation
ce soir j'ai le blues sous les paupières

Il y a trop de monde dans ma tête
des chaises et des bancs
des micros et des tables
des cons silencieux
des muets et leurs mains bavardes

Arrêtez de crier ma solitude
je me fous des voix
n'aime pas la cigarette
ouvrez les fenêtres mon corps le demande

Ouvrez les portes
je me fous des chiens
du vent qui m'engouffre
des hirondelles dans les yeux
du crâne qui surgit lorsque la tempête secoue

Rien de plus je voudrais être un jardin de fleurs
un cimetière face à la mer
rempli de gens qui me pleurent



lutine - 21-03-2012

 

16 mars 2012

Je suis assise dans l'ombre

 

 

Cette lumière devant
entre les arbres un visage
c'est un bruissement de vie
solitaire

Pesant est ton cœur
aussi la voix qui tremble
alors que ton pas hésite
n'aime pas les circonférences

Et toi qui cherches à tâtons
entre les feuilles et mousse
je ne sais quoi
laisse moi aller sous un pont

La scie n'est pas dans les ténèbres
mais dans ton sang qui coule
j'ai pleuré
un chien blanc sur ma tombe

L'entassement des années
un cristal tinte
et toi qui cherches toujours
quel bateau prendre

Je suis assise dans l'ombre
voeux ma fièvre
j'incarne la nuit
et les loups qui me mangent

 

 

 

lutine - 16-03 -2012

 

 

13 mars 2012

Traîne pas dans le vent

 

 

 

C'est toi qui cours là-bas
pigeon voyageur à ma recherche
je me souviens des murs clos
remets-toi au piano
les sonates t'attendent et mes chimères
j'ai dit que je reviendrai la nuit
sur le rocher lorsque la lune se posera

Je vole dans le ciel
j'ai dit que je me poserai
dans l'ombre où j'ai posé ma voix
j'ai pénétré la mer
les couloirs sous-marins
les viscères de la terre
j'ai dit que rien ne finirait
ce jardin au bout de la rue
nous l'arroserons d'eau de pluie
lorsque les années se poseront dans nos corps

Paumes ouvertes
j'ai couru la nuit jusqu'au port
la lune derrière les arbres
les étoiles au fond des yeux
je descends les échelles
saute les vagues
le vent sous mes jupes
je me souviens de mes fesses assassines
des mâts tout au bord
reine mer tempétueuse
le cri arrimé à l'anneau

Je veux encore sentir la gloire
qui farfouille mon cœur
au pilori porter ma couronne
brinquebalant mes jambes au ponton
mon frère avant de venir à toi
arroser les fleurs et les jonquilles
ils te diront quel bateau prendre
quand la nuit tombera
en langue d'oiseau jusqu'à ta porte

 

 

 

lutine - 13 - 03 - 2012

 

 

 

1 mars 2012

La voix

  

 

 

J'ai pris le train comme courir quand il est midi
empilée dans des vêtements d'Atlantique
j'ai filé mon rêve le long des rails sous les paupières
c'était une nuit de voyage où l'on perd ses repères
au fond du siège c'était une traversée blanche
presque une musique le sifflement de la vitesse
les vibrations un plaisir annonciateur au ralenti
il fallait voir la mer et ses ponts
il fallait aimer les jambes et la couleur
des chaussures
le cadencement
la langue autrement

le mouvement des lèvres tout autour
le menton volontaire
la main que l'on souhaite animale et subtile
comme un chien cherche son maître
la caresse nourrissante
il fallait remplir le corps
planté dans l'air marin
et les valises résonnaient sous les pieds
je pensais des mots élémentaires
je prétextais le froid de mes bras inarticulés
pourchassant le baiser je marchais
droit devant la route était douce face à l'océan

 



lutine - 01-03-2012 

 

 

21 février 2012

Entre l'œil et l'eau

  

 

 

 

La mer se faisait sourde le long de la falaise
endroit lumineux et fermé
c'était le bout du monde 
je reprenais mon souffle
installée entre deux chaises
alors que le soleil se lève à l'est
mes paupières roulaient dans leurs propres vagues
c'était le calme d'une solitude bienheureuse
avant que l'homme ne vienne déposer son ombre.

 
Je l'ai vue et reconnue cette existence trouble
en hauteur, en largeur, elle est encore un tableau
sur fond de toile tendue tout près des parasols fermés
notre espace était ce parking inanimé
c'était un mouvement presque agressif ce vêtement rouge
diffus puis présent.

 
Je me souviens de ta démarche étrange
du contour de ta silhouette pas encore intime
on ne pénètre pas ainsi un corps
ni une voix que la mer transporte
ni l'approche amidonnée
c'est tellement codifié les premiers mots
la façon d'être avant la première photo
on laisse filer la boîte à musique
les vieilles mouettes et leurs poèmes stridents
on laisse tomber la rouille et l'enlisement
tous les circuits du corps
jusqu'au sang neuf qui se dégage

 
Ce sont quelques paroles, presque toujours les mêmes
un sourire de bienvenue
une main se tend offrant la chaise libre
sur des yeux qui s'entrouvrent
toute une complicité hydraulique s'installe
 

Je me souviens de ton profil
du son de ta voix
brassant la mer dans une translation magique
on entendait à peine les roulements intermittents
si peu l'aboiement du chien
et la dame noire toujours présente
vers le soleil levant on ne la voyait presque pas

Les algues trouaient mes yeux
ce n'était pas un accident notre rencontre
entre l'œil et l'eau


  

 

 

lutine - 21-02-2012

 

  

16 février 2012

Particules inexprimables

  

 

 

Des mots se mêlent
s'entrechoquent
et se démêlent
l'écheveau se dénoue
danse
macabre
denses étaient les nœuds
un à un défaits
et la laine se déplie
dans ses fibres mâchées


Défiance
rien
que le silence
hurle à la peau défaite
moins que rien
les lèvres absentes
syllabes malléables
à coups de sabre au poignet
absente la valse des mots
le geste en ricochet


Faille de l’artère
sous la langue affûtée
les mots s’entremêlent
se démêle l’imaginaire
l’écheveau de soi
et la haine tisse le fil de fer
des particules inexprimables
inextricables

 

 

 

lutine

 

 

 

 

3 février 2012

On reste là

 

 

Les mots se meurent
à peine prononcés
cette terre dedans
les mots que l'on veut crier
le silence sort de la bouche
le cri de Munch
c'est être suspendu
le coeur bat
les bras
lignes de fuite
si bien coloriés
rouge profond
à nouveau les mots
l'écho
de verre
l'ascenseur de la pensée est
sur le pont
ma bouche cet ovale
 
 
 
 
lutine - 04-02-2012
30 janvier 2012

lente macération III

 

 

 

Le poète ne meurt

De ses cendres renait

Combien de fois, autant que de douleurs

Chacune est son coup de ciseau



Le poète revient sur les lieux

Hantée

Sa main n'appartient pas

Maîtresse de son cerveau



La mort vient d'arracher encore

Devient des vers

Balafrés à l'approche de la terre

En transition dit-on



Ce besoin d'écrire

L'inutile écrit

Le rabot minimise la poésie

Où s'appuie la rouille des jours



Demain continue de vivre

Allonge un peu les ombres

On reste là

Malgré le corps

 

 




lutine

25 janvier 2012

Lente macération I

   

 

 

C'est l'arbre qui n'a plus de bras

comme si le calque opacifiait

le ciel vide

 

C'est un visage blanc dans l'espace

masse molle démembrée

il n'y a plus d'air

 

Tu sais que l'on peut rêver en couleurs

une boîte à musique

et ses ritournelles

 

Il en tombe de la poudre de rouille

le craquement des os usés

jour à jour le froid sur la peau

 

Pour avancer

on ôte le clou

et on laisse filer la lumière

  

*

  

Ma nuit est mon réverbère

jaune comme la lune

éclairant mon insomnie

 

Mon chemin est mon clavier 

où courent mes doigts 

et mes heures de silence 

 

 Cette nuit est votre sommeil 

le noir est mon clair 

livrant tous les secrets 

 

 Quand la paix règne 

je me bats moi-même 

me griffant le visage et la peau

 

 

 

 

lutin - 24-01-2012

 

 

 

 
 
 
 
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