Le sais-tu

Le sais-tu
Au fond de moi
Le sceau de notre union
Court
Une empreinte
Au fond de moi
Mêle nos vies
Le sais-tu
Si je ne te le dis pas
Nos doigts ont tissé une vie
Mon corps est son nid
.
La mer
Ton univers
Murmure un nouveau monde
Te rappelle à terre
L’appel des sirènes
Au loin t’entraîne
Pour une mère
Sous le sceau du secret
Tu as pris le large
Le sais-tu
A terre
Deux cœurs en fusion
Te laissent au creux de la vague
Ton destin est tissé
Loin du continent
Les traces de notre union
Tu vogueras
Au gré du vent
La mort dans l’âme
Sans port
Pour poser l’ancre
Tu as fui le continent
Maintenant il te refuse
Le sais-tu
Lutin – 19/05/2005
Vibrer... Vivre...
Clouée au sol tel Jésus Christ
Bras en croix
Mon regard vers le ciel
J’attends
Collée au sol telle belle-de-nuit
Reins plaqués
Mes pensées vers vous
J’attends
J’attends
Bras en croix
Ton corps
Ma résurrection
Telle une prostituée
Bras en croix
Servez-vous
Ce corps sans vie
Doit renaître
Il aspire à la vie
Fille de joie
Je me donne
Ton plaisir est le mien
Mon corps est le tien
Camille
Comme j’aime tes nus
Je suis putain
Touche ma violence
Sculpte mon corps
Camille
L’aisance de tes mains
Je suis catin
Bras en croix
de ta patte
Mon corps ressuscité
Vibre et parle
Comme j’aime
Je suis !
Lutin – 11/06/2005
L'abîme

Il en tomba combien dans cet abîme
Et je disparaîtrai un jour dans le silence
De ce monde, c’est certain
Il en tomba combien dans cet abîme
Le vert de mes yeux, l’éclat de mes cheveux
S’éteindront au fil du temps
Il en tomba combien dans cet abîme
Dans ma chute se figeront les souvenirs
De ma vie resteront les images
De ce monde, c’est certain
La vie renaîtra
Et tout sera comme si je n’avais pas existé
Dans ce monde, c’est certain
J’aimerais laisser mon empreinte
Le vert de mes yeux, le son de ma voix
Vous qui m’aimez
Ecoutez-moi !
Il faut m’aimer encore du fait que je mourrai
Entendez mes cris du silence !
L’écho de ma chute où l’abîme m’entraîne
Lutin – 03/05/2005
Révolte

Ardeur
Pensées en effervescence
Laisse couler les mots
Sans retenue
Comme lave en fusion
Déferle sur la ville
Laisse crier tes sens
Que ta voix
Réveille les sans questions
Hurle le poids de ton manque
De tes déchirures
Lâche-toi
Bouge cette inertie
Crève les tympans
Des inertes
Rage
Révolte permanente
Livre-toi
Sans pudeur
A ce monde léthargique
Peu importe leur étonnement
Comme voiture folle
Déferle sur la ville
Regards affolés
La mort en face
Dernier soubresaut
Des yeux expressifs
Des têtes qui se relèvent
Enfin !
Douleur
Compagne perpétuelle
Crache tes maux
Sans pudeur
Laisse couler tes larmes
Tes peurs
Peu importe leurs regards
Comme fleuve déchaîné
Sur la ville
Laisse couler tes eaux
Chargées d’éboulements
Des yeux épouvantés
Enfin réveillés
Perdus
A la recherche de l’âme sœur
Laisse crier tes sens
Hurle à exploser les vitraux
De cette église
Qui est tienne
Lâche-toi
Dans leur dénuement
Qui sait …
Une écoute !
Lutin - 19/06/2005
Le masque de l'hiver
.
Une nouvelle neige tombe
Nourrit celle d’hier assoiffée
La neige est mon fantôme
Ce besoin de soulever le drap
De déshabiller l’éphémère
D'un projet visionnaire
Sous l'orage de craie
Je ne vois pas les graines
Pourtant je lance du pain aux oiseaux
Vers les icebergs que sont les rèves
.
lutin - 14-02-2010
.
.
Toujours plus...
Cauchemar (3)
Le sang tape mes tempes, j’ai mal. 4 heures du matin je fixe le mur, l’abat-jour, deux tableaux en émail de Limoges, une rose rouge desséchée devenue noire, cinq mois déjà, un cœur à vif, et les absents présents dans mon sommeil prennent maintenant possession de mon éveil. Une envie me lever, une photo en noir et blanc, je suis à Limoges dans une poussette, ma robe brodée offre au soleil mes cuisses potelées levées pour mieux toucher mes pieds, le jouet préféré du bébé qui découvre le mouvement. Deux enfants sont accrochés à cette poussette le centre de gravité d’une famille unie, une dame élégante en chapeau veille sa couvée, c’était le temps du bonheur. Des photos de couleurs des filles en compétition, miroir qui est la plus belle, et une mère au regard assombri éclaboussée par la jeunesse de ses enfants arrogants, aller au cimetière. Là encore un interdit, là encore attendre qu’ils reprennent place dans leur cellule du jour. Attendre 9 Heures du matin.
Lutin - 15-11-2005
.
.
.
Entre chien et loup
Lumière entre chien et loup
attente au coucher du soleil
d'un clair de lune
femme en éveil dans la pénombre
je préfère le réverbère
une ombre orangée sur un lit
peau dorée à lécher
paume douce comme une peau d’orange
à toucher
A pas cadencés nos cordes affûtées
ont usé leur force première
dans le vent
comme les paons font la roue
les palabres éliminées laissent place au sens primaire
corps emmêlés
membres écartés
c’est l’heure de s’abreuver au puits
les prédateurs ont fui
lutin - 03-04-2006
Liberté
Etre portée par le vent
elle aimerait tant
il libèrerait sa main.
Elle est comme le voleur mis derrière les barreaux
elle compte les jours
n’a rien fait de mal mais son sort en est jeté
chaque matin elle incruste le mur de sa souffrance
dessine deux cœurs
d’une flèche les perce
recommence l’ouvrage
c’est ainsi qu’elle a compris
l’amour n’est jamais acquis.
Une tête d’encre et de rêves ne peut rester muette
prisonnière de ses pensées
donnez-lui du papier
de sang les mots sur le papier s’écouleront
allégée de ce poids d’autres mots viendront nourrir la feuille.
Elle aimerait aiguiser ses sens au rythme du jazz
coucher sur le grimoire ce que son ventre a avalé de ce monde
rédemption d'une vie dissolue
Portée par le vent
elle aimerait courir jusqu’à l’épuisement des muscles
les sentir douloureux
tomber de fatigue
Ah douleur physique !
Crampes salvatrices !
grâce à elles si présentes elle ne sentirait plus son cœur douloureux.
.
.
lutin - 23-03-2006
Le masque
Le masque
Qui suis-je ?
La femme du matin
Apprêtée, maquillée, parée
Celle que vous croyez
Femme de bonne éducation
Le masque du matin élaboré
Ne pas montrer
Que je vous trompe
Qui suis-je ?
La mère de mon enfant
Femme épanouie, aimante
Griffes dehors
Rejetant l’intrus
Gommant votre passage
D’un coup de plume
Affectée de votre indifférence
Je suis putain
La femme du soir
Celle que vous attendez
Qui tombe le masque
Celle qui se donne
Dépendante, soumise
Le corps en attente
Les sens en éveil
Je suis catin
La femme de la nuit
Femelle épanouie
Sans masque
Celle qui donne
Dans toute sa nudité
Son corps assoiffé
Pour mieux recevoir
Je suis l’animal
Femelle traquée
En chaleur
Derrière son loup
Celle qui attend
Dans son dépouillement
Le mâle assoiffé
Pour mieux se désaltérer
Je suis maîtresse des corps
J’offre mes multiples facettes
Subtil mélange d’amour et de violence
La femme idéale aux multiples visages
Otant le voile aux heures de l’abandon
Je suis le feu qui danse
La vie
Le plaisir
L'indépendance
La dépendance
Lutin - 12/06/2005
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Je me prépare au voyage
.
.
Ces feuilles à demi-mortes près de mes pieds me frôlent comme des mains, c’est une descente du corps jusqu’aux mots que je tords contre la peau alors que grimpent leurs brisures le long de la jambe. Ces couleurs d’or que je serre dans mes bras je les emporte fragiles, elles crépitent encore à mes oreilles, ainsi circule le frottement des pensées jusque dans les veines. Ces odeurs couvertes de poussière insensibles aux prières je les coiffe d’un bonnet de laine, je nous enferme à double tour, elles disent qu’il fait froid et humide alors que l’écharpe du vent m’habille et me noue le cou, me glace les mains. J’attends que ralentisse le battement de mon cœur, c’est ainsi que l’on hiberne.
La nuit on dit le temps s’arrête alors pourquoi se lève le jour, tombent les années autour des arbres et les étoiles de nos yeux. L’été s’en va comme nos mots projetés vers le ciel, nos espoirs dégoulinent dans les jardins, il pleut les dépouilles des vœux non exhaussés, des amours inachevés, des promesses non tenues, le noir des arbres apporte la vision de la mort, elle nous fouillera jusque dans l’écriture prenant la couleur du temps, l’odeur de la cendre, on ne s’adapte pas on se recroqueville dans sa main.
Alors que les vitrines brillent, alors que l’ombre s’entoure de lettres rouges qui clignotent, alors que la nuit m’habille de sa robe de deuil ma chambre s’orne d’un miroir, je cherche un large pinceau, je tends le bras, quand le bras s’assouplit, quand mon corps se détend, je me prépare au voyage, je peins le ciel avant qu’il ne se décharge, avant que je n’oublie son parfum dans cette partie de la toile.
Je meurs de ne pas savoir oublier la trame tendue, digérer le trou béant que je fends, je suis la mer qui retourne les feuilles dans ses rouleaux, le gémissement des vagues qui s'accrochent à la grève, dans la chambre l'odeur de la terre se mêle à mes pas, à mes gestes se mêlent les voix, combien de temps avant que la peinture ne sèche au ciel ?
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lutin - 07-11-2010
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Jalousie

Ces mots qui sortent de nous
Fissures
Cassures
Les brèches d’un cœur
Un barrage cède
Une tempête sans retenue
Lâche un trop plein de maux
Une envie de s’arracher le cœur
De le jeter au loin
L’envie d’aller chercher ton cœur avec mes doigts
Mon désir te cherche
Mais c’est toi qui me trouves
Ces appels au secours
Entailles
Failles
Ouvertures béantes
Un bassin se vide
Rompt ses colères
Un afflux de sang
Noie les espérances saturées
La jalousie écrase mon cœur avec mes doigts
Ton désir est ailleurs
Mais c’est moi que tu trouves
Lutin – 29/06/2005
Lettre à A.....

Stendhal
Mon amour nous avons fait l’amour
Pour modeler nos batailles intimes
Nous avons utilisé l’étendue de nos peaux
Les draps se souviennent de nos ébats
Et notre différence a brouillé l’encre
La plus noire de ma mémoire
Tu m’as laissée
Un enfant à mon sein
Je me suis évanouie
Mon enfant mon amour
Mon amour j’ai tant versé de larmes
Dans mes insomnies
J’ai réglé mes comptes
A bout de bras refusant l’inertie
J’ai sculpté mon corps
Comme Camille face à un marbre
Sans complaisance
J’ai modelé à outrance
A coups de brasse
Cette enveloppe déchirée
J’ai recousu mes lambeaux
Et j’ai la force du roc taillé et poli
Mon amour je me suis agitée dans ce labyrinthe
Trompant mes regrets
A coups de reins
Les sens en éveil
Vie dissolue
Renaître chaque nuit dans la jouissance
Prouver mon existence
Je suis une autre femme
Une sculpture aboutie
Sans complaisance les hommes me déshabillent
Epanouie
J’affronte leur regard sans crainte
Je suis une sculpture
Sans défaut apparent
Une seule cicatrice celle du cœur
Bien cachée aux insensibles
Mon amour je suis la femme
Que tu souhaitais
A ton insu tu m’as modelée à ton image
Un instant j’aimerais mes yeux dans tes yeux
Un instant j’aimerais tes yeux posés sur l’enfant
Le temps de sentir notre force
Sans toi cette intensité m’aurait échappé
Mon amour merci
Lutin – 25/06/2005
Cauchemar (2)
La pression monte, la peur de l’explosion des mots, de la porte qui claque. Fuir dans le sommeil la séparation des corps, un vieux couple vivant leur dernière heure. La nuit n’est pas de tout repos, remonte un brassage de tous les silences, les absents frappent ma tête avant d’entrer et prennent possession de quelques cellules de mon cerveau alors que d’autres sont envahies de nos discours sans fin, sans amour, elles en font un film d’épouvante, un fou séquestre une folle dans son appartement, une nuit durant une torture morale, deux êtres hagards rampant laissent couler sur le carrelage un vomissement de mots, et ces fous les ravalent pour mieux se les resservir. Une camisole, calmer la peur. Mal de tête, palpitations du sang, sortir de l’enfer, ouvrir les yeux. Il fait nuit, deux corps séparés chacun dans sa cellule, dans sa propre chair. Je le sens, je l’entends enfoncer les touches du clavier, la musique dans ses oreilles grésille, mes sens en éveil je pourrais presque lire les mots qu’il couche sur l’écran, une vie ratée, l’avenir seul, la séparation, nous n’aurons pas d’enfant, un ton sarcastique.
Lutin - 14-11-2005
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Cauchemar (4)
Il est 4 heures du matin, il a coupé l’ordinateur, je fais semblant de dormir, il n’est pas dupe, plus d’envie, ne pas parler, ne pas être touchée, ne pas devoir dire non, les mots le danger des mots qui séparent les corps. A force de te chercher je me suis perdue, tu me manques. Il est 9 heures du matin, je me lève, ne pas être touchée, je fuis le lit, une cassure, la cassure du sexe, le silence, un amour désincarné. Donne-moi de la légèreté je ne veux pas en rester là. Il suffit de peu, une main, une main tendue, une bouche sans maux. Il est 11 heures, l’heure de la réconciliation, j’ai mal à la tête, des cellules déshabitées de mes cauchemars.
Lutin - 16-11-2005
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Tu croyais m’oublier

Vous vouliez que je me taise
Murés dans mon silence
Mes mots s’envolent
S’accrochent aux nuages
Et à l’heure de la pluie
Se posent au creux de vos mains
Vous vouliez que je me taise
Noyés au creux de la vague
Mes mots dérivent
Flottent au gré du vent
Et à l’heure de la marée
Embrassent vos mains
Vous vouliez que je me taise
A la chaleur de l’âtre
Mes mots partent en fumée
Imprègnent vos pensées
Et à l’heure de la veillée
Vos yeux se laissent aller
Vous vouliez que je me taise
Mon cœur parle encore
Vous l'entendez battre la chamade
Mots murmurés à l’heure du matin
Mots déchaînés à la tempête de nos nuits
Muré dans votre douleur
Mes silences vous inquiètent
Votre cœur s'emballe
Votre pouls s'affole
Reste l'écho de ma voix
Lutin 18/04/2005
Lambeaux de minuit
Ses doigts comme des racines
ont pénétré les plaies pour en ôter le mal
la paume de la main croyait cautériser les chairs
Elle a soulevé l’écorce
une sève purulente se nourrissant de son propre mal
bouillonnait comme lave en fusion
elle l' a aspirée pour un élan plus grand
Ses doigts comme des aiguilles
ont pénétré la chair pour en fermer la plaie
une bouche au pouvoir miraculeux
croyait réaliser le corps lisse du ressuscité
Elle a la nausée
la chair infectée s’est rebellée
laissant un goût amer
par quartiers elle a épluché le fruit
jusqu’à la contamination
Elle a découpé ses lambeaux de minuit
dissociant le vrai du faux
impartiale au petit matin
une chair hachée menue sanguinolente
lui dit il est temps de sauver ta peau
lutin – 30-04-2006
Prière secrète
.
.
Il y a quelque chose qui se casse
Quelque chose qui bouge
Jusque dans le ciel s’agitent les formes et les couleurs
Les pensées ne savent plus nager
Loin des rives embrassées
Dans l’océan lestées de phrases enroulées
Elles se sont enfoncées
Quelques bulles en signe de la main
Le remous de jupe retardant la disparition
L’eau est un train fantôme
Les vagues un incendie
Il faut aimer le cimetière qui s’enfonce
Les pierres usées
Et les indices laissés danseront
Il faut aimer les sanglots
Comme le prochain orage viendra du ciel
Nourrir les mers et leurs chants
Telle est la prière secrète des voix mêlées
Où le vent souffle
.
Billie
Oxygène
. . .
Devant mon miroir
Ses yeux en transparence
J’écoute ce qu’il m’a dit
D’une oreille distraite
En apparence
D’une mémoire infaillible
Marquée au fer rouge
Un tête-à-tête
Avec moi-même
Me voilà
Face à moi
Mes yeux en effervescence
Sans complaisance
Etre celle qu’il attend
Je ne veux pas me perdre
Lui plaire
Sans m’oublier
Un compromis
Rester vivante
lutin - 02-11-2005
Inconscience
Vous parlez d'inconscience quand la plume prend votre main, je crois que c'est cette magie que nous recherchons dans l'écriture, se relire et découvrir justement son inconscient couché sur une page blanche devenue noire de notre intérieur.
Fermer les yeux pour sentir sa liberté, dans le noir sortir du carcan imposé par notre mode de vie, passer de l'état conscient à l'inconscience et la peau se lisse sous la plume, les muscles se dénouent.
Devenir aveugle quand on sait que ce n'est pas irréversible.
Un doux moment quand s’emballe les mots du cerveau à la pointe de l’épée.
Avez-vous remarqué que les couples ferment les yeux quand ils font l'amour, c'est pour mieux se voir.
La lumière est l'ombre de la pensée quand la mémoire ne suit plus.
Un livre d'or à signer quand la peau trop ridée tire sa révérence
lutin - 08-03-2006
Le pire et le meilleur
Le pire et le meilleur
Un ventre c’est rien du tout on rentre on sort dit-elle, je reste suspendue, elle est dans un train, elle me dit je coupe il y a de la racaille. Il est 21 heures. Je l’imagine cette bande, celle que l’on écrit dans les journaux. Remontent les faits divers du matin rapidement parcourus comme on feuillette une bande dessinée le croissant à la main. Je suis un cerveau secoué d’angoisse relatant ce qu’il ne croyait pas avoir mémorisé, l’horreur de l’humain quand sa bande l’accompagne. Je suis cette jeune femme bloquée sur son siège se récitant les mêmes faits, je suis la souffrance, je deviens elle. Unies, elle dans son train, moi près du téléphone, nous sommes en communion. Jamais nous n’avons entendu nos cœurs battre au même tempo, une cadence qui s’accélère au rythme des secondes. Le même geste, chacune la main sur un numéro d’urgence pour calmer la rougeur de l’attente, la blancheur de la peur.
Un ventre c’est rien du tout on rentre on sort dit-elle, j’invente les séquelles, elle est dans un train, je voudrais être là, vivre le moment, prendre sa place, mon ventre contre le sien. A la fenêtre je regarde le ciel, je prie la lune, éclaire le wagon je t’en prie, donne ta lumière, évite les horreurs, le ciseau qui déchire les entrailles.
Je ne veux pas être lune
elle est le témoin de nos errances
Si j'étais lune j'aimerais avoir des yeux
fermer les paupières quand le monde brûle
d'un clin d’œil regarder l'amour quand il passe
Notre lune est un phare sur la vie
elle ne s'éteint jamais
elle voit tout
le pire et le meilleur
Un ventre c’est tout, il lui appartient, c’est le mien devenu sien. Sa chair est la mienne devenue sienne. Un ventre, peau de velours, on y rentre avec douceur, une main sur la joue glissant le long du corps, lucioles au bout des doigts délicats refusant l’intrusion illégitime.
Si j'étais lune
de ma traction j'inclinerais la balance
parce que l’amour c’est tout.
Lutin – 06-02-2006
A l'ombre du Chêne blanc - 1 -
Ecoute : "le dormeur du val"
Etre enfant remonter le temps, me rouler dans l’herbe folle insouciante des contraintes de ce monde, j’aimerais tant retrouver mon Chêne blanc. Une couverture protège nos peaux des herbes piquantes. A l’ombre de ses feuilles nous faisons des galipettes, les garçons sont en short et nos robes amidonnées laissent entrevoir des culottes de coton blanc.
Nous sommes libres et sans pudeur. Nos yeux rieurs vont plus loin que ce triangle attirant les garçons, nos corps ne sont pas envahis de la sève qui perturbe la relation. Les socquettes blanches écrasent l’herbe des prés, des taches vermillon se détachent du vert.
Mon grand-père me disait la fleur est éphémère si tu la prends elle meurt dans ta main, c’est le coquelicot libertin, il vit sans amour et sans attache, il est le contraire du lierre, l’homme fait partie de sa race, un jour tu comprendras petite. Il te faudra rentrer dans le rang. Sur le bas côté de la route restent les femmes légères, un coquelicot entre les cuisses dans l’attente du pollen que le vent transporte. Petite protège-toi, au fond de toi tu possèdes le bien le plus précieux, un pistil à ouvrir à une plante vivace qui accrochera ton cœur à jamais. Grand-père soit plus clair je ne comprends pas. Patience petite, grandis et souviens-toi.
Ta voix chaque printemps me revient, je suis la femme libertine mais ce n’est pas ma faute le lierre ne s’agrippe pas, je dois avoir un défaut, peut-être un pesticide émanant de ma peau repulse les plus coriaces, il meurt ou va ancrer ses racines sur des tiges plus tendres.
Je suis la fleur éphémère une sorte de libellule qui meurt quand elle donne vie, je fane chaque automne, j’attends la sève du printemps, je reprends vie le temps d’une saison et ce cercle infernal perdure depuis trop longtemps grand-père.
J’aimerais me reposer à l’ombre du Chêne blanc, écarter les cuisses sans pudeur, tête au vent, un coquelicot à la bouche, une tache de sang à la place du cœur, j’aimerais déserter le monde des grands.
lutin - 05-06-2006
Sens
Ecoute, écoute
La musique
Ferme les yeux
Ecoute, écoute
Les notes pénètrent ma peau
Embrasse-moi
Tes lèvres
Ferme les yeux
Je sens, pressens
Les notes de tes doigts sur ma peau
Entends, entends
Mes mots d’amour
Ferme les yeux
Vibrent, frémissent
Les sons glissent à fleur de peau
Ferme les yeux
Un instant de détente
A l’abandon
Laisse parler ta peau
Mes mains à l’écoute de tes sens
Entends, entends
L’harmonie de nos peaux
Ecoute, écoute
Des gouttes d’eau
Perlent aux creux de mes seins
Vois, vois
Des yeux dans l’ombre
Entendent les mots de l’amour
Eteins la lumière
Laisse parler nos sens
Lutin – 19-10-2005
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Transparence (une envie d'aller plus au fond)
Transparence
Aimer l’instrument
corps de femme
harpe dans ses bras
l’homme joue sur les cordes sensibles
écoutez les sons
on dirait des gouttes d’eau
Devenir l’instrument d’un élément autre que l’humain
sans état d’âme jouissance de la matière
noyer son cœur mon amour le remplir d’eau
Corps douloureux se laisse fondre au creux des ans
ligne verticale il te suis ou te précède je ne sais
fendre l’eau un effet d’apesanteur un tunnel dans lequel il glisse
juste le temps de prendre l’air une tête en surface pour mieux rejoindre l’absence
un corps se délie dans l’espace plein de vide
qui peut s’aventurer en ces lieux hostiles
Attendre l’ouragan
vague déferlante
blessures lavées
peau giflée
mousse astringente
dans les rouleaux se laisser aller
Des vers à lire en transparence
organe désaccordé
elle entend l’appel de la mer
glisser sur la vague
en souvenir la main
lutin - 27-02-2006


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