Lorsque s'éclaire la lune
dans un grand silence
que rien ni regard
au travers d'un brouillard de plomb
ne voit au fond des yeux
l'arbre aux trois visages
solitaire dans ses bras ouverts
tisse une roue de lumière
au milieu de l'eau
sa forme n'est jamais vaine
aux heures interdites
la lente chute de ses membres humides
comme une question arrachée au ciel
te surprend à parler une autre langue
inflexion de voix pour qu'elle devienne musique
ce ne sont que des mots insufflés
l'inscription d'une présence
qui n'a pas de nom
ses paupières clignent
fidèles à la nuit
lutine - 06-01-2013
J'ai pris le train comme courir quand il est midi
empilée dans des vêtements d'Atlantique
j'ai filé mon rêve le long des rails
une nuit de voyage où l'on perd ses repères
une traversée blanche
presque une musique le sifflement de la vitesse
les vibrations un plaisir annonciateur
Il fallait voir la mer et ses ponts
il fallait aimer les jambes et la couleur
les chaussures et le cadencement
la langue autrement
le mouvement des lèvres tout autour
le menton volontaire
la main que l'on souhaite animale et subtile
comme un chien cherche son maître
Il fallait remplir le corps
planté dans l'air marin
je pensais les mots élémentaires
je prétextais le froid de mes bras inarticulés
pourchassant le baiser
je marchais droit devant
la mémoire murmurante
lutine
Une petite lumière filtre nos ombres chinoises
cogne la vitre
ronde et plate
rayonne le long de la fente
tremble et tourne en rond
n’es-tu pas aveuglé quand elle mord la peau
dents serrées dans le silence
et déborde
Une vie tourne derrière et devant toi
minutes vagabondes
il y a l’arbre qui s’élance dans le vide
serre ses feuilles que la mort veut lui ôter
ne m’arrachez pas la langue
elle court sous ma peau
C’est un incendie le ciel
quand je lève la tête
le feu craque sous la dent
tout respire une lente agonie
majestueuse
Il n’y a plus d’orage
les araignées tissent leur toile
petites bêtes en suspension
dentelle
et colliers de perles blanches
J’ai vu se former les fils au bord du banc
mon cerveau assis sur le banc d’à côté
j’ai vu se former la rosée et le givre
sans ombre et sans masque
Nous sommes deux autour de la table
je veux dire le monde où l’on a vécu
gorges tranchées dans le même lit
Une petite lumière clignote
dessine à la craie
les arbres à abattre
l’herbe à raser dans un carré de silence
rai de lumière assassine
Enlace-moi dit l’arbre
étrangle-moi autour de ton cou
la vie nous abandonne
il n’y a pas de pont où se jeter
ressusciter
Paris où coule la Seine est un autre lieu
rempli de voitures où il ne fait pas bon dormir
J’ai tordu les draps source de la lumière
j’ai fermé les yeux source de la fente
j’ai débranché le cerveau
autour de l’espérance
il était trois heures du matin
les ciseaux ont coupé la lumière
lutine
C'était Paris aujourd'hui
le train d'un point A vers un point B
stations aux miroirs gris
griffées de tags ensanglantés
ils ont l'air si fatigué les gens
inexistants sans arbre ni oiseaux
les pierres le long des rails métalliques
Silhouettes de papier mâché
il n'y a que l'aigreur de la pluie aux carreaux
flèches empalées aux couleurs de mouette
certaines plus vivaces touchent terre
rejoignent congénères piétinés
C'est la course
au crochet de la lune
la morosité que la saison dissimule
les journaux coulent l'encre
ne pas lire
non ne pas lire lors du dernier train
sous le pied l'encre effacée
alors qu'on illumine les rues
sombrent les yeux sous la rame
pour toujours écarquillés
Tout dégouline dans l'espérance du sommeil
les cernes lavés d'indifférence
courent vers la solitude
à l'abri de quoi
à l'abri de rien
du moindre bruit de pas
lutine - 09-12-2012
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Ce qui tue ce ne sont pas les couleurs vives
De l’été fait en hâte
C’est l’éphémère
Tout est gris et humide encore
Des nuages froids glissent dessus
Voilà ce qui tue
C’est l’orage, la pluie
La terre lavée offerte au silence
D’abord elle a un parfum puis prend un goût d’eau
L’eau me tue
L’eau sans peine m’évapore
Dans ma bouche j’attends le goût du sel
La moiteur est seconde peau
Palpable et odorante
Elle prend la couleur de la mémoire
J’apprends la paix allongée
Vénère la lumière sous les paupières closes
L’anonymat de la nuit
Je suis voilier confiant mon corps à l’infini
Alors que dimanche étale ses débris sur la table
Il accapare l'attention
De la chair, des os
Un trèfle à quatre feuilles
Ephémère
.
.
Rien ni regard
ni tension
je n'entrerai pas dans tes yeux
jamais tout à fait
juste l'espérance d'aborder un nouveau monde
dans le décompte secret
Est-ce l'esprit ?
tes yeux cachés
Tu es là avec tes propres jambes
et personne ne peut déchiffrer l'énigme
de l'immobile crépuscule
alors que ton sourire invisible m'anéantit
C'est une caresse infinie ta maison de brumes
où notre vie avance
tu m 'en offres les portes
dans le corps que je chéris
Est-ce l'amour ?
cette clarté au-dessus du ciel
remplissant mes mains de silence
de gouttelettes de lumière
que j'attrape au passage
Tu es eau dans la nuit
un visage d'espérance
une odeur de sainteté
le vent, le vent nous porte
comme l'oiseau complice
renoue le fil
lutine - 22-11-2012
photo Désirée Dolron
Je ne vous appellerai pas "B" c'est ainsi que j'existe encore
fleur aquatique au fond d'un lac noir
jusqu'où se tendent mes racines
dans le paysage vert
vous êtes "C" cette clarté devant moi
la Coccinelle qui parcourt mon bras
ce qui reste du cri d'un corps
oui je l'appelle bien "Cri"
votre corps qui bat à mes tempes
ombre furtive de nos phrases perdues
ouvertes parmi les lys
vous êtes "C" celui qui suit ma course dans la nuit
mains jointes comme des lassos emprisonnent
compagnon de nos codes secrets
carrefour de nos visages noyés
demi cercle au sommet du ciel
cachant votre nom à moitié
c'est dimanche à la cime des arbres
la nuit est presque claire
mais toujours le sang vibre
alors que je suis parenthèse à demi
oui c'est naturel d'être la moitié de l'autre
comme un être de Chair
l'ovale d'un visage
lutine - 04-11-2012