01 septembre 2005

Le fil

Le fil

Une vie sur le fil du rasoir
Et moi qui perds le fil

J’ai pris ma plume et je suis ici
A brosser ta vie
A livrer la mienne

Sans fracture la trame de ta vie
A résisté à toutes les embûches
Esprit simple d’une éducation rigide

Discipline qui résiste
Comme on lisse ses draps
Chaque matin sans question
Le visage jamais chiffonné

Les déchirures sont miennes
J’étouffe et j’étire l’étoffe
Textile fragile je m’écoute écrire

Angoisse qui comprime le cœur
Comme on froisse un tissu
A trop tirer la trame
Je ne suis que déchirement

Une vie sur le fil du rasoir
Et moi qui dénoue le fil
Une corde autour du cou m’étouffe

Lutin - 25/05/2005
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31 août 2005

Derniers instants

 

 



Ecrire à peine
Vivre dans un déséquilibre excentrique
Suspendue aux battements de ton cœur
Tête hors de l'eau
Des gouttes d'eau s'écoulent
Elles ont un goût de sel
C'est la mer


Etre tendue extrêmement tendue
Toute ta chair marécageuse se retire
Et mon corps qui veut vomir


Ton regard creuse mes yeux
J’attends un dernier signe
et ton silence

 
Que finissent ces derniers instants
Ce n'est rien
Sur mes joues
Des gouttes d'eau s'écoulent
C’est la mer

Non je ne pleure pas



Lutin – 28/05/2005

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30 août 2005

Solitude

jesuisbelle

Solitude


Ai-je besoin de ta proximité pour écrire
Coupée de toi
Coupée de vous
Orpheline
Ne pouvant même pas vous voir de loin
Sans savoir quels mots vous entendez
Vous êtes le manque que je possède
Chaque fois que j’écris vous êtes la proximité
Vers laquelle je chemine
Je suis un vide trop plein
Les mots s’alignent fatigués
Prennent force dans leur solitude
Surgissent comme des serpents et coulent
Tel le flot d’un fleuve qui déborde
Solitude j’attends
Des bras comme mille tentacules
Etre nouée de toutes parts
Chevillée
Menottée
Enlacée
Ecrasée
Pénétrée
Possédée
Combler ce manque qui m’étouffe
Superposer ma peau d’une autre peau
Comme on enfile un pull
Me laisser recouvrir
Absorber ta chaleur de vie
Telle une sangsue
Boire ton sang jusqu’à la lie
Et réchauffer ce cœur glacé de solitude
A portée de main encore un peu
Soit ma peau sur ma peau
Mes yeux ont besoin de se perdre dans ton regard
Oublier que je suis orpheline
A proximité je te veux
Et viendra le temps de la mue
Un changement de peau
Un pull en trop j’ôterai

Lutin – 03/06/2005

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29 août 2005

Jalousie

jalousie1
Jalousie


Ces mots qui sortent de nous

Fissures

Cassures

Les brèches d’un cœur

Un barrage cède

Une tempête sans retenue

Lâche un trop plein de maux

Une envie de s’arracher le cœur

De le jeter au loin

L’envie d’aller chercher ton cœur avec mes doigts

Mon désir te cherche

Mais c’est toi qui me trouves

Ces appels au secours

Entailles

Failles

Ouvertures béantes

Un bassin se vide

Rompt ses colères

Un afflux de sang

Noie les espérances saturées

La jalousie écrase mon cœur avec mes doigts

Ton désir est ailleurs

Mais c’est moi que tu trouves


Lutin – 29/06/2005
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28 août 2005

Broderie en souvenir

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Broderie en souvenir

Bravo pour les draps bravo pour les petits papiers pour les mouchoirs blancs avec les mots posés dessus. Souvenirs d’enfance, je vous vois broder nos initiales une fine aiguille à la main des fils de toutes les couleurs, je vous vois le dés à coudre posé à l’index, visage détendu concentré dans l’écriture des initiales de vos enfants, caressant chaque point d’un amour accompli, lissant le A le J le B de votre progéniture, ouvrage terminé, amidon pulvérisé pour mieux enraciner votre cœur sur votre chef d’œuvre. Souvenirs d’enfance je me vois voulant apprendre votre secret au point de croix, doigts raides d’une gamine préférant nager, tracer des longueurs dans l’eau évitant de zigzaguer sur un chemin de croix, ne sachant que faire de ses dix doigts quand on lui demandait de s’asseoir, épaules crispées dans l’effort de l’inertie clouée dans ce fauteuil à vouloir vous imiter. J’entends vos reproches, je suis trop droite, je ne sais pas me plier sous l’ouvrage, je sais je suis un garçon manqué, je sais je tournerai mal, trop d’aisance dans l’eau, trop d’aisance dans le mouvement, une fille doit croiser les jambes, calée au fond de son fauteuil, une broderie entre les mains, le chas de l’aiguille constamment alimenté d’un coton de couleur, et moi j’ai envie de l’inverse, ma mère, j’ai envie de les bouger ces membres de les faire vivre, et je ne vous parlerai pas d’une autre envie encore plus puissante quand vous parlez du chas de l’aiguille, je pense au féminin et j’ose changer une lettre pour dire chat si ce n’est chatte, mais non ma mère je ne tournerai pas mal je veux simplement vivre et faire vibrer mon corps.
Bravo pour les draps bravo pour les petits papiers pour les mouchoirs blancs avec les mots posés dessus qui volent maintenant en éclat à l’heure d’une maison à vider. Ils étaient si jolis, jamais nous n’avons pu les utiliser. Quel dommage de froisser un si bel ouvrage, nos mouchoirs amidonnés sont restés dans l’armoire trop beaux pour y mettre son nez de gosse enrhumé, nos draps chargés de guirlandes de fleurs trop fragiles pour supporter un lavage. J’ai retrouvé mes œuvres ratées que vous avez conservées en douce avec amour. Ma mémoire en effervescence remonte à la surface nos relations féminines et je pleure n’osant toucher ces mouchoirs, je caresse le B préférant le kleenex au fond de ma poche. De mes doigts raides je les prends délicatement, ne pas effacer vos empreintes, et au fond de mon armoire je vais les loger en souvenir de vous, ne pas vous faire voler en éclat je m’y engage. Je n’oublierai pas vos mots, un jour elle tournera mal, mais je pardonne, je comprends maintenant l’amour que vous aviez pour vos enfants, je comprends l’inquiétude d’une mère. Je brode sur mon clavier ce que vous auriez pu festonner sur un mouchoir de soie .... « je vous aime »


Lutine - 28-07-2005
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Le masque

masque

Le masque

Qui suis-je ?
La femme du matin
Apprêtée, maquillée, parée
Celle que vous croyez
Femme de bonne éducation
Le masque du matin élaboré
Ne pas montrer
Que je vous trompe

Qui suis-je ?
La mère de mon enfant
Femme épanouie, aimante
Griffes dehors
Rejetant l’intrus
Gommant votre passage
D’un coup de plume
Affectée de votre indifférence

Je suis putain
La femme du soir
Celle que vous attendez
Qui tombe le masque
Celle qui se donne
Dépendante, soumise
Le corps en attente
Les sens en éveil

Je suis catin
La femme de la nuit
Femelle épanouie
Sans masque
Celle qui donne
Dans toute sa nudité
Son corps assoiffé
Pour mieux recevoir

Je suis l’animal
Femelle traquée
En chaleur
Derrière son loup
Celle qui attend
Dans son dépouillement
Le mâle assoiffé
Pour mieux se désaltérer

Je suis maîtresse des corps
J’offre mes multiples facettes
Subtil mélange d’amour et de violence
La femme idéale aux multiples visages
Otant le voile aux heures de l’abandon

Je suis le feu qui danse
La vie
Le plaisir
L'indépendance
La dépendance

Lutin - 12/06/2005

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27 août 2005

Lettre à A.....

sakountala
«Je tremble toujours de n'avoir écrit qu'un soupir, quand je crois avoir noté une vérité»
Stendhal
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Lettre à A….

Mon amour  nous avons fait l’amour
Pour modeler nos batailles intimes
Nous avons utilisé l’étendue de nos peaux
Les draps se souviennent de nos ébats
Et notre différence a brouillé l’encre
La plus noire de ma mémoire
Tu m’as laissée
Un enfant à mon sein
Je me suis évanouie
Mon enfant  mon amour

Mon amour  j’ai tant versé de larmes
Dans mes insomnies
J’ai réglé mes comptes
A bout de bras refusant l’inertie
J’ai sculpté mon corps
Comme Camille face à un marbre
Sans complaisance
J’ai modelé à outrance
A coups de brasse
Cette enveloppe déchirée
J’ai recousu mes lambeaux
Et j’ai la force du roc taillé et poli

Mon amour  je me suis agitée dans ce labyrinthe
Trompant mes regrets
A coups de reins
Les sens en éveil
Vie dissolue
Renaître chaque nuit dans la jouissance
Prouver mon existence
Je suis une autre femme
Une sculpture aboutie
Sans complaisance les hommes me déshabillent
Epanouie
J’affronte leur regard sans crainte
Je suis une sculpture
Sans défaut apparent
Une seule cicatrice celle du cœur
Bien cachée aux insensibles

Mon amour  je suis la femme
Que tu souhaitais
A ton insu tu m’as modelée à ton image
Un instant j’aimerais mes yeux dans tes yeux
Un instant j’aimerais tes yeux posés sur l’enfant
Le temps de sentir notre force

Sans toi cette intensité m’aurait échappé
Mon amour  merci


Lutin – 25/06/2005
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25 août 2005

L'oeil du cyclone

cyclone

L’oeil du cyclone

J’ai froid si froid
Tu m’échappes
Le vide autour de moi me remplit
Quand que je ferme les yeux
Tu es là
Cette obsession ne me quitte pas
Mes nuits glaciales sont vides de toi
Je suis si seule
Tous mes amours m’échappent
J’imaginais en acceptant de t’aimer
Toi qui m’aimais déjà
Remplir mon corps une nouvelle fois
Tromper le vent
Plus fort que tous les éléments
Il fait table rase,
m’entraîne dans son souffle

J’ai froid si froid
Toujours vainqueur, il ne me lâche pas
Si mon cœur palpite
Son œil jaloux
Dans un tourbillon me dénude
Me dépossède du bonheur que je tisse
Sa jalousie extrême refuse la main qui me caresse
Ma peau lui appartient
Il se met en furie si mon corps se réchauffe
Il m’a promis froidure et tient parole

J’ai froid si froid
Mon lit est vide de toi
Plus rien ne le maîtrise quand je m’échappe
Pour me punir il élargit le cercle
Me propulse dans l’abîme qui s’ouvre et se referme
Sa possession devient haine
De ses affres il ne me lâche plus
Me glace les os
Loque humaine satisfait il prend ses distances
Son œil veille

Lutine - 22/05/2005

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24 août 2005

J'aurais dû....

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J’aurais dû……

Etre mer
Elément de voyage
Glisser sur le sable
Me laisser hâler sur la plage
Briller sous le ciel étoilé
A l’ombre du clair de lune miroiter

Etre eau
Elément de vie
Glisser en toi pour étancher ta soif
Gouttes d’eau au bord de tes lèvres
Aux commissures ruisseler en perles
M’imbiber de tes odeurs pour ne pas oublier

Etre larme
Elément de chagrin
Perler sur ta joue
En sentir le sel
Tes doigts doucement ôtant ma peine
D’une caresse pour mieux m’assécher

Etre pluie
Elément de saison
Tremper ta peau à coups d’averses
Pour mieux t’imprégner de ma passion
Sentir la paume de ta main étendre mon flot
Le long de tes courbes les plus profondes

Etre vague
Elément de colère
Sortir de mes gonds quand le corps dit non
Vague à l’âme le rivage n’a plus de sens
Au plus fort de la tempête me fracasser sur la grève
Cœur disloqué sur un rocher pour mieux couler

Etre sueur
Elément de notre jouissance
Parfumer ta peau de mon sel
Fragrance de nos mélanges
Au moment du bain allier nos mains
de nos effleurements et prolonger l'ineffaçable

Etre encre
Elément de l'écriture
M'incruster sous ta peau avec mes je t'aime
Dessiner mon cœur à tout jamais
Dans ta chair, dans ton sang
Au plus profond de toi et immortaliser l'indélébile
tatouage
.....
.....
Lutin - 07/05/2005
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23 août 2005

L'abîme

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L’abîme

Il en tomba combien dans cet abîme
Et je disparaîtrai un jour dans le silence
De ce monde, c’est certain

Il en tomba combien dans cet abîme
Le vert de mes yeux, l’éclat de mes cheveux
S’éteindront au fil du temps

Il en tomba combien dans cet abîme
Dans ma chute se figeront les souvenirs
De ma vie resteront les images

De ce monde, c’est certain
La vie renaîtra
Et tout sera comme si je n’avais pas existé

Dans ce monde, c’est certain
J’aimerais laisser mon empreinte
Le vert de mes yeux, le son de ma voix

Vous qui m’aimez
Ecoutez-moi !
Il faut m’aimer encore du fait que je mourrai

Entendez mes cris du silence !
L’écho de ma chute où l’abîme m’entraîne

Lutin – 03/05/2005

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