28 août 2005

Broderie en souvenir

minifairy1

Broderie en souvenir

Bravo pour les draps bravo pour les petits papiers pour les mouchoirs blancs avec les mots posés dessus. Souvenirs d’enfance, je vous vois broder nos initiales une fine aiguille à la main des fils de toutes les couleurs, je vous vois le dés à coudre posé à l’index, visage détendu concentré dans l’écriture des initiales de vos enfants, caressant chaque point d’un amour accompli, lissant le A le J le B de votre progéniture, ouvrage terminé, amidon pulvérisé pour mieux enraciner votre cœur sur votre chef d’œuvre. Souvenirs d’enfance je me vois voulant apprendre votre secret au point de croix, doigts raides d’une gamine préférant nager, tracer des longueurs dans l’eau évitant de zigzaguer sur un chemin de croix, ne sachant que faire de ses dix doigts quand on lui demandait de s’asseoir, épaules crispées dans l’effort de l’inertie clouée dans ce fauteuil à vouloir vous imiter. J’entends vos reproches, je suis trop droite, je ne sais pas me plier sous l’ouvrage, je sais je suis un garçon manqué, je sais je tournerai mal, trop d’aisance dans l’eau, trop d’aisance dans le mouvement, une fille doit croiser les jambes, calée au fond de son fauteuil, une broderie entre les mains, le chas de l’aiguille constamment alimenté d’un coton de couleur, et moi j’ai envie de l’inverse, ma mère, j’ai envie de les bouger ces membres de les faire vivre, et je ne vous parlerai pas d’une autre envie encore plus puissante quand vous parlez du chas de l’aiguille, je pense au féminin et j’ose changer une lettre pour dire chat si ce n’est chatte, mais non ma mère je ne tournerai pas mal je veux simplement vivre et faire vibrer mon corps.
Bravo pour les draps bravo pour les petits papiers pour les mouchoirs blancs avec les mots posés dessus qui volent maintenant en éclat à l’heure d’une maison à vider. Ils étaient si jolis, jamais nous n’avons pu les utiliser. Quel dommage de froisser un si bel ouvrage, nos mouchoirs amidonnés sont restés dans l’armoire trop beaux pour y mettre son nez de gosse enrhumé, nos draps chargés de guirlandes de fleurs trop fragiles pour supporter un lavage. J’ai retrouvé mes œuvres ratées que vous avez conservées en douce avec amour. Ma mémoire en effervescence remonte à la surface nos relations féminines et je pleure n’osant toucher ces mouchoirs, je caresse le B préférant le kleenex au fond de ma poche. De mes doigts raides je les prends délicatement, ne pas effacer vos empreintes, et au fond de mon armoire je vais les loger en souvenir de vous, ne pas vous faire voler en éclat je m’y engage. Je n’oublierai pas vos mots, un jour elle tournera mal, mais je pardonne, je comprends maintenant l’amour que vous aviez pour vos enfants, je comprends l’inquiétude d’une mère. Je brode sur mon clavier ce que vous auriez pu festonner sur un mouchoir de soie .... « je vous aime »


Lutine - 28-07-2005
.

Posté par lutinB à 09:30 - Commentaires [6] - Permalien [#]


Le masque

masque

Le masque

Qui suis-je ?
La femme du matin
Apprêtée, maquillée, parée
Celle que vous croyez
Femme de bonne éducation
Le masque du matin élaboré
Ne pas montrer
Que je vous trompe

Qui suis-je ?
La mère de mon enfant
Femme épanouie, aimante
Griffes dehors
Rejetant l’intrus
Gommant votre passage
D’un coup de plume
Affectée de votre indifférence

Je suis putain
La femme du soir
Celle que vous attendez
Qui tombe le masque
Celle qui se donne
Dépendante, soumise
Le corps en attente
Les sens en éveil

Je suis catin
La femme de la nuit
Femelle épanouie
Sans masque
Celle qui donne
Dans toute sa nudité
Son corps assoiffé
Pour mieux recevoir

Je suis l’animal
Femelle traquée
En chaleur
Derrière son loup
Celle qui attend
Dans son dépouillement
Le mâle assoiffé
Pour mieux se désaltérer

Je suis maîtresse des corps
J’offre mes multiples facettes
Subtil mélange d’amour et de violence
La femme idéale aux multiples visages
Otant le voile aux heures de l’abandon

Je suis le feu qui danse
La vie
Le plaisir
L'indépendance
La dépendance

Lutin - 12/06/2005

.

.

Posté par lutinB à 00:01 - Commentaires [1] - Permalien [#]

27 août 2005

Lettre à A.....

sakountala
«Je tremble toujours de n'avoir écrit qu'un soupir, quand je crois avoir noté une vérité»
Stendhal
.
.
.
Lettre à A….

Mon amour  nous avons fait l’amour
Pour modeler nos batailles intimes
Nous avons utilisé l’étendue de nos peaux
Les draps se souviennent de nos ébats
Et notre différence a brouillé l’encre
La plus noire de ma mémoire
Tu m’as laissée
Un enfant à mon sein
Je me suis évanouie
Mon enfant  mon amour

Mon amour  j’ai tant versé de larmes
Dans mes insomnies
J’ai réglé mes comptes
A bout de bras refusant l’inertie
J’ai sculpté mon corps
Comme Camille face à un marbre
Sans complaisance
J’ai modelé à outrance
A coups de brasse
Cette enveloppe déchirée
J’ai recousu mes lambeaux
Et j’ai la force du roc taillé et poli

Mon amour  je me suis agitée dans ce labyrinthe
Trompant mes regrets
A coups de reins
Les sens en éveil
Vie dissolue
Renaître chaque nuit dans la jouissance
Prouver mon existence
Je suis une autre femme
Une sculpture aboutie
Sans complaisance les hommes me déshabillent
Epanouie
J’affronte leur regard sans crainte
Je suis une sculpture
Sans défaut apparent
Une seule cicatrice celle du cœur
Bien cachée aux insensibles

Mon amour  je suis la femme
Que tu souhaitais
A ton insu tu m’as modelée à ton image
Un instant j’aimerais mes yeux dans tes yeux
Un instant j’aimerais tes yeux posés sur l’enfant
Le temps de sentir notre force

Sans toi cette intensité m’aurait échappé
Mon amour  merci


Lutin – 25/06/2005
.
.

Posté par lutinB à 21:28 - Commentaires [3] - Permalien [#]

25 août 2005

L'oeil du cyclone

cyclone

L’oeil du cyclone

J’ai froid si froid
Tu m’échappes
Le vide autour de moi me remplit
Quand que je ferme les yeux
Tu es là
Cette obsession ne me quitte pas
Mes nuits glaciales sont vides de toi
Je suis si seule
Tous mes amours m’échappent
J’imaginais en acceptant de t’aimer
Toi qui m’aimais déjà
Remplir mon corps une nouvelle fois
Tromper le vent
Plus fort que tous les éléments
Il fait table rase,
m’entraîne dans son souffle

J’ai froid si froid
Toujours vainqueur, il ne me lâche pas
Si mon cœur palpite
Son œil jaloux
Dans un tourbillon me dénude
Me dépossède du bonheur que je tisse
Sa jalousie extrême refuse la main qui me caresse
Ma peau lui appartient
Il se met en furie si mon corps se réchauffe
Il m’a promis froidure et tient parole

J’ai froid si froid
Mon lit est vide de toi
Plus rien ne le maîtrise quand je m’échappe
Pour me punir il élargit le cercle
Me propulse dans l’abîme qui s’ouvre et se referme
Sa possession devient haine
De ses affres il ne me lâche plus
Me glace les os
Loque humaine satisfait il prend ses distances
Son œil veille

Lutine - 22/05/2005

Posté par lutinB à 00:12 - Commentaires [1] - Permalien [#]

24 août 2005

J'aurais dû....

larmes1

J’aurais dû……

Etre mer
Elément de voyage
Glisser sur le sable
Me laisser hâler sur la plage
Briller sous le ciel étoilé
A l’ombre du clair de lune miroiter

Etre eau
Elément de vie
Glisser en toi pour étancher ta soif
Gouttes d’eau au bord de tes lèvres
Aux commissures ruisseler en perles
M’imbiber de tes odeurs pour ne pas oublier

Etre larme
Elément de chagrin
Perler sur ta joue
En sentir le sel
Tes doigts doucement ôtant ma peine
D’une caresse pour mieux m’assécher

Etre pluie
Elément de saison
Tremper ta peau à coups d’averses
Pour mieux t’imprégner de ma passion
Sentir la paume de ta main étendre mon flot
Le long de tes courbes les plus profondes

Etre vague
Elément de colère
Sortir de mes gonds quand le corps dit non
Vague à l’âme le rivage n’a plus de sens
Au plus fort de la tempête me fracasser sur la grève
Cœur disloqué sur un rocher pour mieux couler

Etre sueur
Elément de notre jouissance
Parfumer ta peau de mon sel
Fragrance de nos mélanges
Au moment du bain allier nos mains
de nos effleurements et prolonger l'ineffaçable

Etre encre
Elément de l'écriture
M'incruster sous ta peau avec mes je t'aime
Dessiner mon cœur à tout jamais
Dans ta chair, dans ton sang
Au plus profond de toi et immortaliser l'indélébile
tatouage
.....
.....
Lutin - 07/05/2005
.
.

Posté par lutinB à 00:01 - Commentaires [3] - Permalien [#]


23 août 2005

L'abîme

falaise_6_etretat
L’abîme

Il en tomba combien dans cet abîme
Et je disparaîtrai un jour dans le silence
De ce monde, c’est certain

Il en tomba combien dans cet abîme
Le vert de mes yeux, l’éclat de mes cheveux
S’éteindront au fil du temps

Il en tomba combien dans cet abîme
Dans ma chute se figeront les souvenirs
De ma vie resteront les images

De ce monde, c’est certain
La vie renaîtra
Et tout sera comme si je n’avais pas existé

Dans ce monde, c’est certain
J’aimerais laisser mon empreinte
Le vert de mes yeux, le son de ma voix

Vous qui m’aimez
Ecoutez-moi !
Il faut m’aimer encore du fait que je mourrai

Entendez mes cris du silence !
L’écho de ma chute où l’abîme m’entraîne

Lutin – 03/05/2005

Posté par lutinB à 07:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 août 2005

Toujours plus...

 

 

age_mur
Toujours plus...

Toujours plus bas
Se laisser couler
Tonneau des danaïdes
Boire l’aliénation de soi
Attente inhumaine d’instants de communion
Recherche de l’amour intense
Deux êtres perdus dans un monde à part

Toujours plus loin
Se languir de positions torsadées
Enlacement de deux têtes
Cette main que l’on ne prend pas
Que l’on effleure à peine
Deux êtres perdus dans un monde à part

Se défaire des jours passés
Dépendance des peaux
Fuir les simulacres
Basculement d’un corps
Avide se heurte à celui d’un muet
Deux êtres perdus dans un monde à part

Avaler ses larmes
Accepter l’inéluctable
Un corps silencieux
Détruit comme mante religieuse
Suçant la personnalité
A devenir l’ombre de son ombre

Demain
Jusqu’à la mort
Deux êtres perdus dans un monde à part
Refusant l’oubli Toujours plus…


Lutin – 11/08/2005
.
.

Posté par lutinB à 13:30 - Commentaires [11] - Permalien [#]

21 août 2005

Vibrer... Vivre...

implorante

Vibrer… vivre….


Clouée au sol tel Jésus Christ
Bras en croix
Mon regard vers le ciel
J’attends

Collée au sol telle belle-de-nuit
Reins plaqués
Mes pensées vers vous
J’attends

J’attends
Bras en croix
Ton corps
Ma résurrection

Telle une prostituée
Bras en croix
Servez-vous
Ce corps sans vie
Doit renaître
Il aspire à la vie

Fille de joie
Je me donne
Ton plaisir est le mien
Mon corps est le tien

Camille
Comme j’aime tes nus
Je suis putain
Touche ma violence
Sculpte mon corps

Camille
L’aisance de tes mains
Je suis catin

Bras en croix
de ta patte
Mon corps ressuscité

Vibre et parle
Comme j’aime
Je suis !

Lutin – 11/06/2005
.
.

Posté par lutinB à 00:02 - Commentaires [1] - Permalien [#]

20 août 2005

Attente

Attente

Je repense à hier soir, à la nuit que j’ai passée, j’en décortique tous les instants
Quelle est la part de beauté, de l’ignorance
J’attends tes mains, celles entreprenantes, j’attends
Suspendue à tes lèvres j’attends, être écartelée, envahie, j’attends
L’insupportable manque de tes mains, j’attends en vain

Je rage de ton calme absolu, de ma fougue impérieuse, j’attends
De mes nuits sans sommeil, mains agissantes, corps assoiffé, j’attends
J’attends tes mains, l’écho de mes doigts qui oeuvrent pour ton plaisir

Me voici chienne, je suis prête, tendue infiniment tendue, j’attends ta venue
Tes mains tu les tends loin de moi, ma peau n’est pas lépreuse
Tes doigts fuient, ma peau n’est pas lépreuse je te le jure
J’hallucine ma peau tu la crains mon intimité te rebute, je sens cette répulsion
Je n’attends qu’un retour charnel, peau contre peau à défaut de cœur contre cœur

Pour ton plaisir je me damnerais, boire ton eau comme chienne je le peux
En un ultime geste de la main je t’emporte dans cette petite mort
Mais j’attends un juste retour, la fureur de tes mains là, t’en souviens-tu ?

Je vis dans le mélange de notre passé, de notre présent, de mes regrets
Tu n’as plus de mains, j’en ai pour deux

J’en fais le constat celui qui oublie jouit plus que celui qui se souvient


Lutin - 06/05/2005

.

.

Posté par lutinB à 00:01 - Commentaires [1] - Permalien [#]

19 août 2005

Femme accroupie

la_femme_accroupie2

Femme accroupie

Je suis nue sur une table tournante
Position ordonnée
Corps soumis
Dépossédé
J’aime vos yeux
Humiliation jouissive
Je vous laisse déshabiller le plus profond de mon être
Scruter les angles de ce corps docile
Pénétrer de vos pupilles dilatées l’ondulation de mes courbes

Asservie je pivote sur une table tournante
Toutes faces examinées
Dépouillées
J’aime vos mains
Intrusion enivrante
Je vous laisse habiller ce marbre de mes formes les plus profondes
Sculpter mon indécence exigée
Lacérer ma peau à coup de ciseaux
Envahir de vos doigts déliés les plis de mon intimité

Femme accroupie
Esclave de vos exigences
Cœur aliéné de dépendance
Corps approprié
Je suis un bronze prisonnier
Glacé d’indécence
Sur place publique


Lutin – 08/07/2005

.

.

Posté par lutinB à 21:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]