26 septembre 2008

la nuit

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Elle marche face à nous bousculant les heures  un peu plus chaque jour. Dans le couloir du ciel à la cime des arbres elle se fait plus pressante arquant inéluctablement sa couleur opaque, elle ombre la racine qui se cache sous la feuille d’automne, son voile flottant entre ciel et terre devient foulard puis manteau dans sa chute sur les épaules, elle enveloppe comme un drap sur son passage ce qui est vertical, les plus grands seront touchés les premiers, petit bout de femme il me reste un peu de temps avant de sentir son piège se refermer sur moi, progressivement  elle m’enroulera dans sa peau m’habillant d’un fourreau de deuil, le chien sur la route subira le même sort ainsi que l’insecte rampant, la nuit balaye tout quand elle s’allonge nous faisant disparaître d’un claquement de doigt ensorceleur, la goutte de pluie poreuse devient noire comme par magie, seule la lumière artificielle résistera à sa force. Inutile de se cacher elle voit dans les angles, inutile de se vêtir de noir, elle superpose les couleurs.

Je suis tout petit entre chien et loup dit l’homme dans sa course à travers l’ombre et la lumière, il est 20 heures j’ai perdu mes jambes en chemin dit-il, je reviendrai les chercher demain, les mots ont une autre résonnance, dans l’allée un corps flottant vole vers la sortie par habitude. Au-delà de la ligne droite il y a des points qui s’agitent, d’autres spectres éphémères prisonniers des heures qui s’égrainent, puis un puits de lumière perce l'obscurité, silhouette fantôme de la  ville agitée des retardataires au volant de leur voiture.

La nuit devient cocon quand c’est l’heure de dormir, ralentissant la voix elle rend le corps plus docile, vers l'autre elle porte les mots enrobés d’un papier de soie comme le bonbon acidulé parfumé à la fraise dégageant un parfum d’amour allant du palais au ventre. Elle est  la couleur de l’élégance où les corps se baignent nus entre les draps parés de la lumière jaune des réverbères de la rue, sa maison sans porte ni fenêtre est l’amie des yeux qui se cherchent dans le noir. On s’en relève le matin repus quand elle a pris son envol dégageant les corps de sa ligne horizontale.



lutin - 29-09-2008

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22 septembre 2008

Tunnel

tunneleffect

Tous les espoirs
ce soir éteints
font pleurer les sourires
fragile fil de soie
à l’intérieur se noie
on n’est pas seul dans la peau
s’ouvre le ventre
rempli d’absences
se meurt aux portes de la nuit
le trait du visage
éparpillé dans les mots
déroulant l’infini
tendre folie
de crainte et de joie

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lutin - 22-09-2008

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Jeu de dames

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Elle traverse le miroir
les doigts en éventail
des ongles de sang
le bras tendu attend
le noir ou le blanc

Un damier où l'ombre est prisonnière
en diagonale le pas s’enfonce
dans des cases de fer
des larmes mouillent une robe noire
un pion dans la boue
depuis si longtemps macère
la volonté d’en sortir pour aller à dame

A la lisière du noir et du blanc
des ongles acérés
la main blanche du futur
à califourchon sur des taches de couleur
les cuisses enserrent le bien et le mal
la volonté d’en sortir pour aller à dame

Elle tend le bras dans le miroir
une main dans une case de marbre
le bras tendu attend
une mante religieuse boit le sang
distille une autre couleur
un cercle blanc au cœur de la peau

Une rose de fer
pétales noirs abandonnés sur le damier
en diagonale un rond blanc
corolle nue cherche à naître
aller à dame pour deux corps superposés

lutin

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17 septembre 2008

Au nom de....

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Ce matin 8 H on démonte sous mes fenêtres un énorme sapin splendide de 27 ans d'âge, des voisins assassins ont demandé la guillotine au nom de la lumière. Magnifique paravent naturel nous voici sur la rue face aux éclaboussures des voitures. Ce matin je hais le monde.

Au nom de la lumière on a tué la maison aux araignées.

Au nom de la lumière nos tourterelles sont SDF, ce soir elles dormiront sur le toit en plein vent.

Au nom de la propreté on y plantera des clous pour qu'elles n'y posent pas leurs pattes jusqu'à ce que mort s'en suive.

Et la pie voleuse où va-t-elle se cacher ?

Au nom de l'injustice je voudrais conduire les commanditaires à l'échafaud.

Au salon Saez dit "nous courons tous ensemble vers la fin qui nous lie... que des troupeaux vers l'abattoir.... je t'en prie fini moi... "

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Ce matin je hais le monde

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04 septembre 2008

A lire sur Editions Léo Scheer

http://www.leoscheer.com/spip.php?page=manuscrit-lutin-jai-oublie-le-sens

Pour tourner les pages, il vous suffit de cliquer dans les angles des pages

J_ai_oubli__le_sens

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03 septembre 2008

Qu'importe

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Sur l’épaule de l’autre
Posé par habitude
Le vide a fait son nid
La tête passe dans un trou béant

Epaule habillée de bleu
Le tissu est un rempart
Des défenses d’animal sur l’être
Laissant l’autre brûlant

Quand j’étais enfant
Au ventre de ma mère
Des mains serraient mon cou
C’est tuant la différence

Dans le fleuve
On essaie de marcher sur l’eau
A la mer où que l’on aille
Qu’importe j’emmène



lutin - 03-09-2008

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20 août 2008

Exorcisme

Mensonge

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..........Il y a les mots que l'on ne dit pas mais qui surgissent comme l'évidence, des silences qui hurlent, une vague d'encre jetée au visage défigurant l’amour quand nous étions nous-mêmes, un ras de marée couvait sous une mer d'huile qui cachait l'inévitable ramenant sur la plage des cadavres cachés au fond des placards et des vivants à moitié fantômes envahisseurs dans leur semi présence. Dans la tête un clocher sonne les heures, en écho une voix d’ici-bas dans le sac promenée en bateau.

Ce soir j’ai marché tard à la lisière de l’eau la tête dans le miroir, les pieds râpant le ciment, quelqu’un siffle très fort, tout est calme aux alentours. Il y a le masque méconnaissable frisant la démence, l’eau claire reflétant les pensées infusées accrochées aux algues, drôle de tête se disent les poissons moqueurs au-dessous soufflant quelques bulles, l'air est pesant au-dessus, quelqu’un crie à l’intérieur, vous êtes dans mon monde sans oxygène.

Sans repère embrassant le vide j’ai senti le froid du vent soulever le cheveu décollant la racine libérant le mâle, trébuchant j’ai vu plier mon corps ramassant la poussière, j’ai vu mes mains fouiller les poubelles, mes propres bras enserrant ma tête pour en faire un toit, les doigts écrasant les paupières pour fermer les volets, les ongles crevant l’œil pour ne plus jamais voir, même pas le brouillard.

Il faut crier et pourquoi ne pas chanter, ou danser révolté dans le fumier, ça brûle follement quand on bascule le tympan éclaté, c’est la peur qui rentre dans le corps, l’esprit qui sort, un dédoublement de soi et pourquoi je pense à ce film d’horreur, l’exorciste, une tête à 180° fait le tour du passé crevé sur le pavé.

Les démons en forme de mensonges jaillissent dans le noir visant la tête, j’ai peur des mensonges, des balles perdues, je rampe sous les portes craquant l’allumette pour ne pas me cogner, je fais silence en moi pour ne pas déranger les voisins,  je ne suis là pour personne derrière les rideaux, je dors la porte ouverte, les flashs sont cruels sous les fenêtres, coquelicot cueilli dans la campagne, écrasé dans la main, je suis tombée empoisonnée.

J'aime les anges qui marchent avec moi emportant comme un drapeau noir la dernière étreinte et le désir gonflant le bas ventre sous l’étoffe. Allongée comme l’animal attaché à son arbre, l’entaille au poignet, mes mains comme deux nœuds de vipère frappent en l’air au centre de la terre la regardant sous ses jupes. Je vais mordre la rage dans la mâchoire, le mouchoir entre les dents, je vais pousser mon premier cri primal, je ne suis pas folle, on a volé mon sang, les mains malhabiles cherchent encore dans un panier de linge sale un ultime coït pour lui tordre le cou.





lutin – 20–08-2008

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17 août 2008

Cendres

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http://devillers.viabloga.com/

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Ouvrir les yeux refusant le prolongement de la lumière aveuglante

Les ombres s’allongent de l’œil au sol

De la terre à la main surgit l’éclaboussure de l’évidence

Un monstre était là tapi sous la paupière

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La main vers l’extérieur conduit l’œil clos

Les doigts mêlés aux barreaux du regard

Le soupirail noirci de la cécité craque

Dans les yeux décousus vient danser la mort

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Rouille accumulée au fond de l’orbite

La poutre dans l’ossature de la machine cède

Au creux du ventre la main se brise

L'holocauste était là dans toutes ces mémoires empilées

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lutin - 17-08-2008

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16 août 2008

Eau déflorée

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On a étendu l’eau comme un drap à rayures sur le lit, on la regarde comme la chambre virginale en attendant  l’union

On la défroisse, on prend sa température, comme l’enfant au bord de l’eau on la surveille protégeant l’abîme géant

Pudiquement on y met les mains portant les doigts aux lèvres, on bénit son sein avec quelques mots de tendresse

On la berce pour calmer sa soif d’exister, on la prépare à devenir épouse dans la lumière

On la rassure tissant un pacte entre silence et sang bouillonnant, des yeux on plonge dans ses entrailles pour la dompter

C’est épuisant la fébrilité nouant le ventre, on la borde pour la nuit, dans l’attente de l’engagement seule sous le drap on se retourne dans des rêves agités.

Il y a des nuits qui vous relèvent épuisée

On est debout les doigts croisés dans le dos nattant des prières à genoux dans la tête

On tremble, c’est l’heure de la défloraison, il y a l’appréhension du premier contact, sans mot comme une flèche on la pénètre

C’est fini la caresse, on vit une fusion plus profonde, violemment on la bague, on la boit.

C’est terrible cet instant, dans la seconde qui suit on sait si le corps prend forme dans la jouissance ou l’enfer

lutin - 16-08-2008


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15 août 2008

J'ai perdu pied

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J’ai bu le sang dans l’avidité du geste
Je n’ai pas compris la guerre
Etirée entre eau et air
Je construisais la femme victorieuse

J’ai bu le sang à fendre l’eau
Tu ordonnais, j’obéissais
Des mots de feu glissés sous la peau
Tu m’as écorchée vive
Dans la douleur j’ai ralenti le geste

Ton sang bouillonnant était le mien
Dans l’eau froide il me réchauffait
A l'horizontal mon corps luttait
Fier de te satisfaire dans ton cri
Il nous unissait entre terre et eau

J’ai cru remporter des médailles
A pendre à ton cou
Colosse les yeux baissés
Tu as hurlé une fois de trop
J’ai perdu pied

lutin - 15 - 08 -2008


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