14 mai 2009

Les assis


Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;


Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !


Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.


Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
L'âme des vieux soleils s'allume emmaillotée
Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.


Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.


- Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.


Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !


Puis ils ont une main invisible qui tue :
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue,
Et vous suez pris dans un atroce entonnoir.


Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
Et, de l'aurore au soir, des grappes d'amygdales
Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever.


Quand l'austère sommeil a baissé leurs visières,
Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en lisière
Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;


Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgule
Les bercent, le long des calices accroupis
Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules
- Et leur membre s'agace à des barbes d'épis.

Arthur RIMBAUD, Poésies 1870-1871

Posté par lutinB à 20:13 - - Commentaires [5] - Permalien [#]


13 mai 2009

Recto-Verso

Une exposition à ne pas manquer si vous passez par la Belgique

http://devillers.viabloga.com/

31234710_p

Bouche décousue
coupée en deux
mots plus bas
plus haut la voix
cisailles ouvertes
voilà
attends un peu
ne ferme pas les yeux
en eau forme la haine
à coups de rasoir
et crache
papier buvard
saturé
c’est le sang dans la voix
injecté dans la salive
langue pointue du serpent pris au piège
c’est du mercure au chrome sur la plaie de l’autre
le venin antidote sous-cutané
cargo de mots puants
projetés dans la tête lacérée
tissu de chair vivante
émietté dans l’assiette
entre deux couteaux
tempête pulvérisée dans un verre d’eau
mensonges
en médicament  de rémission
embryon de mort
glissant dans la salive avalée
un clou au fond de la gorge
dans l’œsophage un marécage
s’enfonçant dans l’estomac
un cri au bout de la langue
l’écho dans le ventre
sans oxygène
cherchant la porte de sortie
vers le bas
la haine sur le visage
le crachat est authentique
on l’apprend dans la rue
on l’offre à la pute bottée de noir
ramassis de fiente humaine
crachats sur la mèche de cheveux
bouche laquée du fiel de l’homme
le nerf sectionné
elle ne sourit plus
lèvres en suspension
une balle
trois balles
plombée d’écume rouge
plus bas la voix
arrêtez la musique
capsule blanche pour quoi faire
sous la langue sèche
et si c’était la fin
embrasse Marie pour moi

lutin

Posté par lutinB à 11:25 - Commentaires [9] - Permalien [#]

12 mai 2009

Hélène Soris

Entrez et laisser vous porter

(félicitations Miss)

illustration_20mai2009

http://www.francopolis.net/salon/Fourmi-Salonmai09.html

Posté par lutinB à 18:33 - Commentaires [1] - Permalien [#]

11 mai 2009

Cascade

DSCN3698

acrylique sur toile

lutin - 11-05-2009

Posté par lutinB à 17:25 - Commentaires [6] - Permalien [#]

09 mai 2009

Le cerisier

Une peinture d'ailleurs / un souvenir d'enfance

                            .

.

                           J'ai grimpé jusqu'à la cime du cerisier, dans un short trop court mes jambes balafrées m'ont emmenée à la dernière cerise écrasée contre ma bouche de petite fille gourmande, en chemin j'ai perdu ma sandalette et me voici les yeux larmoyants assise sur une branche à regarder le sol et le soleil décliner. L'ombre se fait terreuse alors que l’écureuil ami s’excite enroulant sa queue contre le tronc en éclair d’orage. Dans mon regard noirci vous pouvez lire la peur, les pupilles sont des cailloux qui tombent, le blanc est un étang qui déborde. J’ai mal au ventre, il ne faut pas avaler les noyaux, mon grand père me le disait si souvent. Une boule m’empêche de respirer, tout se noue entre la bouche et l’estomac, seul  le ventre comme un robinet ouvert réclame la sortie. Je suis perchée emmaillotée dans une culotte de coton blanc et serre des poings, le feu monte aux joues, cramoisie je crie l’échelle, c’est l’heure de la sieste et je suis seule au monde mes doigts teintés d'encre rouge comme mes lèvres, juste un caillou entre mes mains transporté du sol au plafond pris sur la table. Il n’y a plus de ciel dans l’arbre centenaire, il n’y a plus de soleil, juste le vert des feuilles sur mes épaules pesant une tonne. Quand les parents appelleront à l’heure du goûter, les bols remplis de fraises marinées dans du sucre et du vin, je serai morte.

lutine

Posté par lutinB à 11:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]


28 avril 2009

La mariée dévissée

DSCN3569

de Jean Crotti - Musée d'art moderne

Tu perds l'équilibre au milieu du désert
Les yeux en voyage en dehors des heures

Tu as cassé tes chaînes
Battu à  mort la boussole au soleil couchant

Juste ton nom au bord du tombeau
Personne pour te jeter la première terre
Dans tes pas éphémères à la recherche du temps

Du sable crisse sous tes dents
La fleur mâchée au fond de la bouche
Le jus avalé en sirop d’érable

Que laisses-tu derrière toi ?
Le silence

Que cherches-tu devant toi ?
Un mirage

.

B

Posté par lutinB à 11:40 - Commentaires [8] - Permalien [#]

27 avril 2009

Les époux (croqués)

DSCN3576

D'après "les époux de Giorgio de Chirico"

Posté par lutinB à 23:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Pluie

DSCN3573

Posté par lutinB à 18:04 - Commentaires [3] - Permalien [#]

25 avril 2009

La fabrique des rêves

20_20GIORGIO_20DE_20CHIRICO_20THE_20PRODIGAL_20SON

Le fils prodigue

"La vie ne serait-elle qu'un immense mensonge ? Ne serait-elle que l'ombre d'un rêve fuyant. Ne serait-elle que l'écho des coups mystérieux frappés là-bas contre les rochers de la montagne dont personne parait-il n'a vu le versant opposé."

Manuscrit - archive de la fondation Giorgio De Chirico

Les_Epous__1926__oil_on_canvas__Mus_C3_A9e_des_Beaux_Arts__Grenoble_

Les époux

Exposition au musée d'art moderne de Paris

Posté par lutinB à 19:50 - Commentaires [1] - Permalien [#]

22 avril 2009

lili

DSCN3548

DSCN3549

DSCN3562

Un plafond trop bas
les pattes du chat s'envolent
l'oeil se fait malin

*

Il a suffi d’un regard
Deux éclairs dans ses yeux d’eau
Pour m’abandonner à un rêve lointain

Je suis un chat de gouttière
A la recherche de chimères
Je fuis toute attache

Les toits sont ma liberté
Quand je suis las de bondir
Aux aguets j’attends mon heure

Je guette son regard
Je reviens quand j’ai faim

Repu je surveille la fenêtre
Lorsqu’elle est entrouverte
Je m’enfuis à nouveau

Toujours mes chimères
Toujours cette fausse liberté

Je suis un chat de gouttière
A la recherche de moi-même

Trop griffé par un mâle affamé
J’ai perdu confiance

Ce soir je suis sur le bord de la fenêtre
J’ai trop faim

Aux aguets j'attends mon heure
Mon éternel recommencement

lutin

Les aristochats

Posté par lutinB à 12:52 - Commentaires [4] - Permalien [#]