09 mai 2009

Le cerisier

Une peinture d'ailleurs / un souvenir d'enfance

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                           J'ai grimpé jusqu'à la cime du cerisier, dans un short trop court mes jambes balafrées m'ont emmenée à la dernière cerise écrasée contre ma bouche de petite fille gourmande, en chemin j'ai perdu ma sandalette et me voici les yeux larmoyants assise sur une branche à regarder le sol et le soleil décliner. L'ombre se fait terreuse alors que l’écureuil ami s’excite enroulant sa queue contre le tronc en éclair d’orage. Dans mon regard noirci vous pouvez lire la peur, les pupilles sont des cailloux qui tombent, le blanc est un étang qui déborde. J’ai mal au ventre, il ne faut pas avaler les noyaux, mon grand père me le disait si souvent. Une boule m’empêche de respirer, tout se noue entre la bouche et l’estomac, seul  le ventre comme un robinet ouvert réclame la sortie. Je suis perchée emmaillotée dans une culotte de coton blanc et serre des poings, le feu monte aux joues, cramoisie je crie l’échelle, c’est l’heure de la sieste et je suis seule au monde mes doigts teintés d'encre rouge comme mes lèvres, juste un caillou entre mes mains transporté du sol au plafond pris sur la table. Il n’y a plus de ciel dans l’arbre centenaire, il n’y a plus de soleil, juste le vert des feuilles sur mes épaules pesant une tonne. Quand les parents appelleront à l’heure du goûter, les bols remplis de fraises marinées dans du sucre et du vin, je serai morte.

lutine

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28 avril 2009

La mariée dévissée

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de Jean Crotti - Musée d'art moderne

Tu perds l'équilibre au milieu du désert
Les yeux en voyage en dehors des heures

Tu as cassé tes chaînes
Battu à  mort la boussole au soleil couchant

Juste ton nom au bord du tombeau
Personne pour te jeter la première terre
Dans tes pas éphémères à la recherche du temps

Du sable crisse sous tes dents
La fleur mâchée au fond de la bouche
Le jus avalé en sirop d’érable

Que laisses-tu derrière toi ?
Le silence

Que cherches-tu devant toi ?
Un mirage

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B

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27 avril 2009

Les époux (croqués)

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D'après "les époux de Giorgio de Chirico"

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Pluie

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25 avril 2009

La fabrique des rêves

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Le fils prodigue

"La vie ne serait-elle qu'un immense mensonge ? Ne serait-elle que l'ombre d'un rêve fuyant. Ne serait-elle que l'écho des coups mystérieux frappés là-bas contre les rochers de la montagne dont personne parait-il n'a vu le versant opposé."

Manuscrit - archive de la fondation Giorgio De Chirico

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Les époux

Exposition au musée d'art moderne de Paris

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22 avril 2009

lili

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Un plafond trop bas
les pattes du chat s'envolent
l'oeil se fait malin

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Il a suffi d’un regard
Deux éclairs dans ses yeux d’eau
Pour m’abandonner à un rêve lointain

Je suis un chat de gouttière
A la recherche de chimères
Je fuis toute attache

Les toits sont ma liberté
Quand je suis las de bondir
Aux aguets j’attends mon heure

Je guette son regard
Je reviens quand j’ai faim

Repu je surveille la fenêtre
Lorsqu’elle est entrouverte
Je m’enfuis à nouveau

Toujours mes chimères
Toujours cette fausse liberté

Je suis un chat de gouttière
A la recherche de moi-même

Trop griffé par un mâle affamé
J’ai perdu confiance

Ce soir je suis sur le bord de la fenêtre
J’ai trop faim

Aux aguets j'attends mon heure
Mon éternel recommencement

lutin

Les aristochats

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21 avril 2009

"Dans ma maison sous terre" Chloé Delaume

 

 

 

 

Inspiration de ces mots "De ces secrets qui dévastent et ruinent l'identité"

et aussi de l'oeuvre de Anselm Kiefer

 

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Il faut casser les murs
en dehors de la peau
bouger de l’épaule au pied
sur un trapèze j’ai peur des jeux de l'enfer
de me déshabiller je me moque si l’on ne me touche pas

Il fait froid nu sous l'écorce
tout est noir le bleu au ventre
je n’écrirai plus
la couleur de la peau et ses palpitations

Les chaises sont vides
les assiettes attendent les mains
les verres sont des miroirs émaillés
au fond des bateaux rouillés
dorment nos aimés

J’entends le silence peser sur mon dos
la mer pleine dégueule ses vagues sur le pont
cela n’avait rien de sexuel
la profondeur des yeux
les corps en plein visage sur un champ de bataille

Sous le coude la musique céleste s’écroule
les bras s’agitent dans une noyade autour du cou
bouche ouverte la langue avale les mots
gémit au fond des draps
il est là l’amour lentement tu d’une folie passagère
d’un sang pollué sur une couche de glaise

 

 

 

 

 

 

lutin - 19-04-2009

 

 

 

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10 avril 2009

De Viviane

Ce poème est en commentaire dans "Ces pages seront mon écorce empalée" de la part de Viviane et il mérite d'être en haut de la page.

http://www.vlamarlere.com/

Je ne veux pas finir dans un carton poubelle
dans des livres piqués par des champignons blues
je ne veux pas du flouze
aux caresses polices
juste partir d’ici en faisant bras donneur
du sang du sang du sang
jusqu’au bord de la langue

Et s’il faut en crever alors crevons joyeux

Une autre au fond de moi sait déjà les ballets
de rancœur putrescibles mais qui font mal au vivre
le temps des deuils grisons
de la bile qui chauffe
une autre au fond de moi me dit
libre libre libre
deux feuilles de papier suffisent pour voler
de tes ailes de feu
par dessus les fossés

Une autre au fond de moi sait déjà le tranchant
des brêches où l’on s’engouffre en perdant de l’écorce
du sang putain d'abord
et tant pis pour les meurtres
il faut aller danser
où l’air frappe cadence et l’incendie s’amorce


Elles se cachent bien
les ombres pas recommandables
juste derrière les dents
celles qui surgissent au plus mauvais moment
pour quereller la lumière

elles ne consultent pas tes désirs
les whispers whispers
alors
ouvre la prison des abeilles

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05 avril 2009

Ces pages seront mon écorce empalée

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Zoom sur une sculpture de Anselm Kiefer exposée au Louvre

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Il y a des couleurs à voir même si elles se confondent avec le ciel
tout est gris quand les yeux refusent la lumière
il y a le bain de soi jusqu’au sol entre insomnies
le ventre gonflé comme un monticule sauvage de coquelicots
sous terre des papiers pliés
de nos histoires peintes dans le silence
le genoux écorché mais sans pleurs

Les branches ont perdu leur couleur dans les cris de la scie
leurs tiges reflètent des visages empilés
pages rouillées d' un masque de fer effeuillé
gravé d’années d’écritures
et l’on se blottit entre deux oreillers
enchaînés au pouvoir des mots
au milieu le cœur poussiéreux
sang contre peau buvant le bâillement des pages

Je vous laisse les pépites d’or comme porte bonheur dans un chant de glaise
jetées comme les cendres à la mort
je voudrais toucher le feu de chacune d’elle
jusqu’à la plaie aller à l’ancre de la naissance
une harpe sculptée entre les seins
son chant grimpant jusqu’à l’inflexion de la rage
ces pages seront mon écorce empalée



lutine - 05-04-2009

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02 avril 2009

Le chant de Mona

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Zoom sur la peinture de Yan Pei Ming actuellement au Louvre

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Il y a une fêlure
se font et se défont les milles histoires
vêtues de noir devenu blanc
dans la distance entre chair et cœur
muraille sous la voix érodée
prisonnière de son chant
fait de sirènes

Squelette de nuits vaporeuses
démembré d’usure
dans des larmes de cendre
je voudrais nouer le cri des singes
comme une boule de haine
un matin je reviendrai habillée de peau
sans pitié abattre toutes les pierres

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lutin - 02-04-2009

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