10 mars 2010

Semeuse de mots

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  Un vent glacial et puissant pousse le corps jusqu’aux arbres, malgré moi je suis entraînée par un autre moi-même jusqu’à la chambre d’écho, je me sens constamment observée et pourtant seule. C’est dans le silence qu’il y a le plus de bruit en moi pourtant la nature me criait silence. Cet autre marchait derrière moi ou m’entourait la taille, quelquefois me prenait le cou pour me faire taire ou m’écrasait le visage, la main enfoncée contre les mâchoires, mais quand on perd ses racines, on s’adresse aux arbres, aux ondes qu’ils émettent, de leurs branches on en fait des bras dans l’inconscience.

On ne m’attache pas en pleine mutation à dos de vélo, tête baissée, responsable de mes actes j’éventrerai l’autre moi-même ne serait-ce que pour en être coupable, le vieux moi résigné à l’enfermement. Je voulais une vie pleine comme un œuf et me voilà suspendue à regarder la nuit, lorsque je lance les dés il n’y a que silence et cet autre en écharpe autour du cou m’obligeant à porter le deuil.

C’était comme une sorte de nausée les bourrasques dans la gorge comme la langue qui force une porte close, un corps qui se refuse, dents serrées je tentais de me débarrasser de cet autre. Je n’ai jamais eu peur, maintenant plus qu’avant, j’ai peur du temps qui reste, c’est le fantôme du fleuve qui bat les cartes qui me l'a soufflé entre les messages escortés d’un tourbillon de reflets collés sous les cils. Cette eau si souvent caressée, comment peut-elle être meurtrière, je la croyais mon amie en fait elle est comme l’homme qui frappe quand on ne s’y attend pas.

Ce n’est pas le jour pour me pousser dans l’eau, habillée de vent, rien sur la peau si ce n'est que l'autre moi-même, le mamelon dépassant, oscillant entre la provocation et l'excitation réfrénée, je cherche le froid sec et la claque cinglante pour réchauffer mon sang mais les yeux sont plus gros que la soumission, ils ont le sens de la démesure et les lieux en gestation non accomplie me dévorent. La sève des arbres reste sous terre même si la faim me tenaille et ce ne sont que des gouttes de gel qui tombent des branches jusqu’à mes yeux alors que j'attends le miel. Le cri des mouettes envahit la nudité incongrue d’une forêt sans vie envoûtée, la mienne si blanche, entourée de la robe noire des corbeaux. Je me déplace au ras du sol pour fuir l’autre moi-même semant les mots que j’aimerais récolter aux moissons prochaines, il y a toujours demain quand la nuit se couche.

Les chemins sont jalonnés de pièges, suis-je une folle qui dit la vérité ? Les notes de piano ne sont pas un rêve, méprisant la voix des faussaires et le vent complice. Derrière quel arbre me retrouvera-t-on empaillée à contempler le monde et les miens, parfois j’en viendrais aux mains avec moi-même, le vent est nécessaire au transport du pollen.





lutin - 07-03-2010

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09 mars 2010

Fleur de peau

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B - Acrylique sur toile 73 x 65 (sur une pose de Vélasquez)

Sous mon corps la terre s'entrouvrira

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La toilette de Vénus - Vélasquez

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Le semeur - Millet

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Le semeur - Van Gogh

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La sieste - Millet

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La sieste - Van Gogh

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Les premiers pas - Millet

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Les premiers pas - Van Gogh

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03 mars 2010

Faucheurs de mots

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Cest avec nos pieds que lon fauche les mots
Tangue la main et sa mani
ère d’écrire
Epuis
é de tourner à vide
Le corps se met en veille
Au cœur des heures souterraines
Insidieusement quelque chose se d
écompose
Comme les sauterelles que l
on coiffe dun verre
Emprisonn
ées sur le bord de la fenêtre

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lutin - 03-03-2010

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Et si vous suiviez ce lien

http://www.espacepoetique.com/lapoesie/fondumots1.html

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01 mars 2010

L'odeur bleue

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B

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Il y a des odeurs au milieu d’une tempête qu’est la maison alors que le vent soufflait terriblement dans notre dos. On remplit des sacs, on les ficelle. Vouées aux ordures on se défait des heures volées, et si le bleu était une odeur, quelle serait-elle ? Un bleu d’espérance, celle de la chambre, le bruissement des pas dans l’herbe, les yeux laissés dans l’autre que l’on embrasse doucement jusqu'au prochain jour. Et si l’odeur était le téléphone laissant un secret sur la bande passante quand la colère tombe comme la pluie, ou le fracas d’un verre pilé, ou juste le vrombissement du moteur de la voiture se garant sur le parking. Derrière la fenêtre l’ombre fait un signe de paix.

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L’odeur je ne peux pas la partager quand la nuit fouille au corps, elle m’appartient quand je floue le sol de mes bottes marchant sur les cendres de mauvais esprits et m’affaiblit. Nous étions voluptueux enlacés si prés du ciel comme si le vent était un escabeau pour mieux l’atteindre. Dans ce ciel le monde est grand, le voyage a commencé, l’odeur de toutes nos mains, de chiens sous la pluie, de sang colmaté contre la veine brisée, de fer face à la chaise vide après le cliquetis de la clef dans la serrure se propulsant jusqu’au cœur. Comment fera-t-on pour la nommer la lame de fond ?

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C’est difficile l’odeur des livres dont tu parles, les désirs pris en faute dans la fiction d’une lumière artificielle. Il me faudra un peu de temps pour apprivoiser le langage sans mascarade et les images si brutales avec trop de photos autour sans visage, ou faire semblant d’y croire. Une brèche s’est ouverte dans un couloir marécageux, les paupières frémissantes prendront-elles l’habitude ? Avec mes doigts je tourne les pages, c’est vers où le temps perdu, tu avais l’air sincère, c’est quoi cette odeur fluide entre les dents entre les yeux autour de ta langue où tu m’entraînes infiniment. Le vent souffle terriblement ce soir dans ma tête.

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lutin - 01-03-2010

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27 février 2010

Les Onze devant la porte dorée

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B - 27-02-2010

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Nous avons couru côte à côte, deux beaux chevaux à un même char.

J'avais ma foulée qui enfonce, ma foulée de chargeur de bataille.

Les deux souffles partaient à la fois : une seule vapeur dune seule machine.

Quand nous avons accéléré, jai eu tant de plaisir que jai souri.

La vitesse montait en nous comme leau dans un conduit.

Dans les virages inclinés, j’étais un peu appuyé sur lui.

Ralentir avec la même décroissance a une douceur qui vous clôt les yeux.

Ô mort exquise du mouvement, quand le buste tire sur lui comme des rênes,

Quand les bras se rabaissent et pendent comme dans la bonace des voiles repliées 

Pour les Chinois, dun accord dinstruments naissait entre les musiciens une sympathie.

Comme nous disons : amis de collège, ils disaient dun mot : amis-par-la-musique.

Quel mot pour ceux qui ont couru ensemble dans laccord de la foulée ?

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Henri de Montherlant

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26 février 2010

On fouille Madame

On fouille Madame aujourd'hui ! Demandez, c'est plus simple, en cliquant sur "contactez l'auteur", puisqu'il en est ainsi, je remonte mon coup de crayon, la lumière c'est tellement mieux qu'une vie souterraine.

Il parait que quelque part je me suis exprimée, comme si je m'étais dessinée (ce ne sont pas mes mots), une sorte de mixte entre fantasme et réalité.

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lutin/lutine/B

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25 février 2010

Nuit (fleur de peau)

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Nous avons quitté le mouvement
Les portails sacr
és se sont refermé
s
Les lasers lancent leurs flammes
Les armes point
é
es criant la mort
Tuent les mots


Treize balles dans la peau pour un mot de trop
Le corps est droit
Les mains pressant le ventre


Autour d
une nuit si particulière
J
’étais debout sur la tranche d
une vie
C
est un révélateur intense la traché
e devenue pouls
Le tournoiement des pas jusqu
au pavé
qui tremble
Comme un couvercle lib
érant le feu

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lutin

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22 février 2010

L'art ?

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Que faire ? On a tout essayé dans l'art, alors que nous reste-t-il ? Peindre avec nos doigts, nos pieds, c'est déjà fait, avec notre sang, c'est déjà fait, avec de la bave de crapaud, d'escargot, le venin des autres ou leur merde et leur pisse, c'est déjà fait jusqu'à l'intime dans les urinoirs tagués et nauséabonds. Peindre les corps, dans toutes les positions on l'a fait, la tête en bas, les fesses en l'air le sexe épilé, le nez cubique de travers jusqu'à les habiller pour changer les couleurs, mais changer quoi, la hauteur des arbres, la couleur de l'air, la longueur du vent jusqu'à la pluie horizontale le ciel en bas. Peindre avec ses larmes ou sa sueur on l'a fait aussi,  il suffit de regarder les dégoulinures sur les toiles griffées d' ADN.

Alors allons chanter la flamme, mais chanter quoi dans une chorale sous la croix les bras baissés faits de cire, les pales copies de ce qui est beau entre des mains inertes. Bandes d'hypocrites vous n'êtes que des fantômes sans courant jusqu'à la clef du do que l'on remonte avec la main comme l'automate que nous sommes pour entendre des voix qui ne sont pas les leurs in profindus. Arrêtez de crever les tympans, voleurs de notes sans miracle, on n’entend rien autour du mur à genoux. Pile il n'y a plus de pile ou de face au fond des poches vides, quant à l'orgue si bien lustré il ne sera qu'un simili organe comme le vêtement atrophié que nous portons recopié moult fois jusqu’à venir de Chine par le chemin de l’écriture dont les mots ont été mâchés et remâchés au nom de l’art qui s’effiloche dans un livre de 900 pages sans vision posé sur un fauteuil Voltaire aussi faux que le reste.

L’art n’existe plus nous lui rendons visite au cimetière, nous le prions, réclamant le lance pierre qui fracassera notre crâne pour qu’un nouvel art, un nouvel an, sorte de nous sur un lit d'hôpital, l’art ne se transfuse pas à coups d’aiguille dans le bras, il est écrit dans le rhésus B+ sortant de l'orbite. Il nous reste à nous lier les mains, les pieds et la langue sur un bûcher funéraire. Il n'y a plus rien à inventer depuis que nous avons passé le mur du son, depuis que nous faisons l'amour avec une capote en avalant des antibiotiques des lingettes bactéricides entre les mains,  et le Panthéon s'écroule de génies empaillés depuis trop longtemps mangés par la vermine.

Si vous arrêtiez de chier dans mes bottes je ne peindrais pas de la merde avec mes tubes de peinture disait un illustre inconnu téléguidé jusqu’au Père la Chaise renaissant à la vie. N'appelle pas, ne répond pas, la nuit au musée tous les chats sont gris dans leurs chaussures orthopédiques quand le téléphone intérieur sonne, et si être sourd et daltonien était l'avenir des cons les yeux bandés à défaut de

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lutine - 21-02-2010

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21 février 2010

Soulages

(histoire d'enfoncer le clou auprès de la Vendetta)  "Les cons ça ose tout...
... et c'est même à ça qu'on les reconnait - Audiard"

Une interview de Pierre Soulages

http://www.lefigaro.fr/culture/2009/10/02/03004-20091002ARTFIG00401-pierre-soulages-l-artiste-est-une-ame-primitive-.php

Le refus de l'ornement ou déjà le noir ?

À 5 ans, j'aimais déjà le noir, je préférais tremper mon pinceau dans l'encrier plutôt que dans les couleurs. Une cousine plus âgée, morte à 102 ans, a raconté à Pierre Encrevé, auteur de mon catalogue raisonné, que je dessinais un jour, noir sur blanc, « de la neige ». Mon explication avait fait rire toute la famille, ce qui m'a sans doute humilié puisque ce n'était pas une provocation. J'ai dû essayer de rendre le papier plus blanc par le contraste. Rien de sophistiqué comme dans les paysages de neige de Monet ou de Sisley. Je me sentais directement concerné par des choses plus élémentaires. Du noir à côté d'une couleur sombre : elle cesse d'être sombre. J'ai commencé à réfléchir à la peinture assez tôt, sans le savoir. J'aimais peindre. Quand je suis retourné à Conques, j'ai compris qu'il y avait une chose importante dans la vie : l'art. Je trouvais que les adultes perdaient leur vie à la gagner, que leurs comportements étaient étranges : ils ne pensaient qu'au dimanche et le dimanche venu, ne savaient pas quoi en faire. Je ne serai pas de ces gens-là.

Quels sont vos principes d'artiste ?

J'ai compris très tôt que l'artiste était celui qui était attentif à ce qu'il ne sait pas, à l'inverse des artisans qui savent quoi et comment faire. Mes racines, je les trouve avant le Quattrocento et sa peinture « illusionniste ». Même si j'admire Giotto et les chefs-d'œuvre nés dans son sillage, ce qui m'intéresse est ailleurs. Je citerai saint Jean de la Croix : « Pour toute la beauté, jamais je ne me perdrai. Sauf pour un je-ne-sais-quoi qui s'atteint ou qui se rencontre. » Il y a de l'effort, du hasard et une rencontre. L'artiste ne sait pas toujours ce qui va se faire, c'est indépendant de sa volonté et, souvent, le plus intéressant de son œuvre.

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