25 février 2011

Enfant

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Enfant je marchais le long des murs tapissés d'une toile de Jouy comme d'autres ont du marcher sur la lune. Enfant j'ouvrais les portes de mon armoire elle aussi tendue du même décor. J'y entrais par effraction pour aller au devant de la forêt. Mon armoire était sans fond et n'avait pas de limite dans les sous-bois. Les yeux fermés j'étais l'enfant dans l'enfant dans un autre ciel car mon armoire n'avait pas de plafond. J'étais le rêve à côté de la chambre des parents qui elle ne pouvait être que sérieuse. Enfant on n'imagine pas le voyage des grands quand ils s'isolent la nuit. Deux mondes parallèles construisent la nuit alors que tout est silence.

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lutin - 25-02-2011

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17 février 2011

Dora

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Sanctuaire blanc loin du monde
Territoire vierge que je caresse
Le tableau s’appellera ainsi
Avant de perdre l’esprit

Longue cicatrice transparente
Sans visage moi je peins
Comme les enfants inventent leurs rêves
Alors que je suis fâchée avec la mort

Même si je sais que la passerelle n’existe pas
Je vais prier pour elle sans voix
Dans un flot de paroles
Alors qu’elle n’a pas de sexe

Cette figure je l’invente
C’est une confession la destruction du corps
Quand j’écorche le cœur aux joues

C’est ton regard que je tue

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lutin - 07-02-2011

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12 février 2011

Autre chambre

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C’est quoi l’océan, c’est quoi la mer, comment raconter, il en reste une image floue de mots qui se perdent alors qu’elle gifle et se noie à chaque relent de vagues pendant des milliers d’années, nuage d’or au-dessus de ton dos dans l’infini d’une goutte d’eau.

Volupté des nageoires entre l’écume tu es l’œil qui traverse la lame, la lame qui transperce l’œil,  l’œil dans un rayon de lumière, la raie Manta aussi légère qu’une plume lâchant ses bulles d’oxygène entre un banc de poissons fluorescents qui s’efface, dans un souffle de vent tu voles avec des mains d’enfant.

Je pense à ce corps de chair que l’on cisèle et que l’on tue, poisson volant tu remontes comme l’oiseau fuit les flots quand on n’en peut plus de la pluie et du froid. J’entends encore la lutte des eaux et ta propre guerre entre parenthèses et ta glisse dans un raz de marée. Ca monte et ça descend là où tout a commencé, là où tout finira avec la peur de l’inondation dans l’ultime chant harmonique des pierres invisibles.

C’est quoi la vie dans le secret des profondeurs, un aquarium géant dans lequel il est tellement bon de parler au pluriel, sauvages et libres. Je n’ai pas dormi quand j’ai bu ton sommeil lovée contre ton dos, flaque d’eau brûlante retirée dans sa grotte j’ai oublié de respirer léchant les fonds sous-marins à la faveur d’un orage revenu à la vie, mille tortues agitées en armée sous ta peau disparues.

Il faut que je raconte ces jours de soleil et ces jours de vent, ces nuits de vertige au cœur des océans, prairie sous marine de l’autre côté du miroir. Il nous reste à nous reconnaître solidaires dans un univers en apesanteur entre bateau et tempête, tempête et musique, je prendrai le temps de refaire les gestes des jours bleus rendus à la mer.

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lutin - 12-02-2011

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05 février 2011

35mn et quelques poussières

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une peinture de Nathalie Courcier

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35 mn
semelle dans la terre glaise
cran d’arrêt ou papillon
dans le jardin sept cygnes
autre monde sans armure au dessus de la lame refermée
58 secondes de survie
je t’ai donné le sein ce matin
j'ai pris ta langue
couteau à double lame
manche d’ébène de frêne ou d’olivier
nous nous sommes croisés si peu
voix chaude habillant mes mains
je n’ai plus de doigts
je ne sais plus compter jusqu’à dix
je n’ai plus de pouce à sucer
je ne t’ai pas donné le ventre
je suis l’enfant dans l’écume des visages fossoyeurs
tourne manège
tournent les yeux dans les coins
j’entends le compliment serré au bras gauche
l’hématome encore marqué du son inaudible
mâchoires serrées dans le souffle
sous les applaudissements les viscères en torsion
je suis fœtus
tu as pris mes dents et ma salive
chiffon j’ai plié la poupée en moi
ne me déshabille pas le ventre
de corne ou d’os
quand la lame s’éjectera
je rendrai les armes
ne me déshabille pas le ventre

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lutin

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29 janvier 2011

Cage d'oiseaux (peinture dernière version le 09/02/2011)

  

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 Je te regarde et tu me fermes un œil 
l’autre veille sur toi
je me souviens d'un visage
quand il se penche autour de moi

Des yeux de chair immergés 
aussi longs que la main
au-dessus d’un cou de roseau
lame docile et coupante

Dans le silence il n’y a que la pluie 
une femme écoute ses cheveux pousser
sous la peau on l'entend se dissoudre
comme un grelot

C'est un oiseau entre les braises
une bouche muette sous la morsure
dans l’eau émeraude de ses yeux
ne voudrait-il pas s’envoler
s’il n’y avait le sel qui fondait

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(Ce texte est né de ces deux peintures)

 

lutin - 29-01-2011

 

 

 

 

 

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17 janvier 2011

Entre les pierres

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Oeuvre de Magritte

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Qui es-tu fantôme

Dans cette lumière autour de moi ?

Un bouquet de roses sur la table

L’ovale d’un visage

Solitaire le temps de te reconnaître

Ou bien l'éclair du désir

Bonjour l'ombre

Qui toujours erre

Pourquoi me regardes-tu comme cela ?

Simple caresse le long des bras

Comme avant

Un chant monte d'un même ventre

L’air manque

Invisible mer

Tes joues entre mes mains

Souviens-toi

L’eau qui creuse

Au plus loin de soi

Entre les pierres

Tu es venu

La nuit s’installe et regarde

Hématome du silence

Le plaisir frappe encore

Gémissant

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Lutin - 17 – 01 – 2011

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12 janvier 2011

Parole muette

 

 

 

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Les amants de Magritte

(Ces visages cachés pourraient être inspirés par le fait que le corps de la mère de Magritte, qui s'est suicidée dans les eaux de la Sambre alors qu'il était adolescent, fut retrouvé le visage couvert d'un tel tissu)

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Il y a des jours où il faut se taire

C’est violent

Cette brûlure sous la langue

Intensément profonde

Plus le dérisoire entoure

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Aujourd’hui est une enveloppe de chair

Perméable plus que d’habitude

Le silence l’habite

Un matin la tête se lèvera

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A trop baisser les yeux

Demain la pluie pénètrera

Couteau à double tranchant

 

Jusqu'à me clore la bouche

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Et moi qui m’efface éphémère

Soleil fantôme

Si proche encore

Parole muette qui n'a pas de nom

 

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lutin - 12-01-2011

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06 janvier 2011

Hématome de l'écriture

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delacroix

Etude pour la mort de Sardanapale - Delacroix

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Je n’ai pas le temps d’attendre les heures
la lumière et les aiguilles tournent
à ne pas vivre l’hématome de l’écriture s’est installé à mon bras
la tête divague et mon corps se couche
proche de l’oubli
le ciel au fond d’un rêve

je me replie


Ils n’ont rien vu dans l’eau des flaques qui s’évapore
alors qu’ils sont du même monde quand l’ambition s’éteint
comment peut-on laisser mourir quelqu’un sans réconfort
j'ai la fièvre et c’est toi qui délires mon cœur ramené jusqu’à moi
revenu de si loin vers nulle part
je te rejoins


Dans le risque on se sent libre
pour aller dans quelle direction
désert immense la terre tourne pour faire bouger le soleil
et je tremble
les heures lèchent la terre
le long du corps, que ne suis-je roseau   
fragments précieux plus doux que la soie
elles sont le silence au fond de mes poches
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lutin - 06-01-2010

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03 janvier 2011

Flamme par Elséar

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Flamme__Els_ar

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Flamme__Els_ar

Quand la peinture est reprise en sculpture, c'est un délice à regarder

Merci Elséar de ce démarrage plus que prometteur

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29 décembre 2010

La flamme

DSCN6324

acrylique sur toile 55 x 65

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Elle sort de sa peau
à jamais fermée
les yeux vers d’autres cieux

Elle contemple ce ventre énorme
qu’est le ciel
mangeur d'étoiles

Là-haut on emprisonne les morts
là-haut on emprisonne l’amour
les amants et les fleurs

Là-haut on ne respire plus
alors d’où vient le vent
le chant et Mozart
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lutin

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