16 mars 2011

Hâte immobile

  

 

 

Nos pas seront nos confidents silencieux
le toit du monde suspendu à l’attente
 
Il n’y a plus d’heure
juste l’espérance qui recouvre nos os
ce matin j’ai respiré très fort
alors que dans le silence animal on balayait la terre
dix scies couraient le long d’un bras
laissant les arbres au sol
le ciel vide aux bruits de la ville
et mes doigts dans les poches
où s'enfuient les trésors
pourquoi se sentent-ils morts
dissimulés

Ce n’est pas fini, ce n’est pas coulé
l’envie de vibrer
 
Hier à midi dans les coussins du sol pas encore abîmés
j'ai traversé les cheveux mal lavés
la peau fatiguée
le corps à l'abandon
la triste voix mutilée quand l’air vient à manquer
et le blanc des yeux
j’étais seule, enfin pas tout à fait
c’est le train qui a bougé moi j’ai laissé faire
les portes automatiques dans mon dos
la hâte immobile
de l’ombre qui recule
 

 

 

lutin - 16-03-2011

 

 

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07 mars 2011

La parole n'est pas utile

 

 

C’est le matin dans la cuisine
mille fourmis circulent sous la peau
le marchand de la nuit que met-il dans le sable ?
allez viens prendre ton café
dans les tourbillons de l’heure le tonnerre gronde encore
je me verse un peu d’eau

Sur la table il y a le lait et  la confiture
ainsi dansent les mouvements de tes bras
les titres des journaux
les chaises vides et le bruit que l’on n’entend pas
les murmures du temps se sont effacés
cloués comme un banc qui attend

On ne peut pas arrêter la mer avec ses bras
alors j’ai froid comme si la terre m’aspirait
hier, demain quand je n’écrirai plus
je compte mes chances de courir après les mots
derrière il n’y a que la transpiration
l’effort du muscle, le pas, le saut face à la tranchée géante
il n’y a que le regard qui veille
l’ombre, le cri
et l’oubli
le corps dans les flots jusqu’à la mer
le raz de marée dans la tête et le sang qui se noie

Ne m’offrez pas de fleurs au métro des Invalides
l’orgue au sommet de l’église et les bols de chocolat
c’est la voix qui me manque
jusqu’où l’ardente palpitera-t-elle ?
écoute, écoute-moi, des voix frôlent la vitre
des rires d’enfants filent sous les fenêtres
écoute et ouvre ta porte
je vois des cheveux qui ne sont pas les tiens




lutine - 07-03-2011

 

 

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01 mars 2011

Enfant

 

 

 

Enfant je marchais le long des murs tapissés d'une toile de Jouy comme d'autres ont du marcher sur la lune. Enfant j'ouvrais les portes de mon armoire elle aussi tendue du même décor. J'y entrais par effraction pour aller au devant de la forêt. Mon armoire était sans fond et n'avait pas de limite dans les sous-bois. Les yeux fermés j'étais l'enfant dans l'enfant dans un autre ciel car mon armoire n'avait pas de plafond. J'étais le rêve à côté de la chambre des parents qui elle ne pouvait être que sérieuse. Enfant on n'imagine pas le voyage des grands quand ils s'isolent la nuit. Deux mondes parallèles construisent la nuit alors que tout est silence.



Enfant d’un signe de la main alors que nos doigts se cherchent quand l’ombre se penche et que les portes se ferment je ne suis pas seul,  voilà le vent. Enfant je te laisse les souvenirs à garder sans haine et sans peur. D’un si long regard je sais qu'en plein soleil je deviens somnambule entre nos deux chambres et la terre m'échappe alors que ton corps se tend. Au travers de mes yeux c’est l’incendie que je transmets, ton devenir sans moi comme une veine court sous la peau. Dans mes larmes je construis un fleuve où tu devras nager sans moi, une route où tu devras courir sans moi et nos mains tremblent. Ne pleure pas alors que la musique me berce et caresse tes cheveux il y a cette vitre qui déforme. Les courants marins m’emportent et les contours se brouillent dans la fenêtre ouverte.

 

lutin 28-02-2011

 

 

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27 février 2011

Comme en poésie

 

Comme_en_po_sie

Participez à l'opération poèmes tracts lancée par Comme en poésie. Inscrivez vous au groupe Comme en poésie et vous aurez les informations. Mettre la poésie en tracts à la portée de tous, voilà l'idée.
Rappel le numéro 45 de la revue Comme en poésie sera mis à la poste le 3 mars. Il est encore temps de vous abonner ou vous réabonner.
ou retrouvez "comme en poésie" sur Facebook
 
 

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25 février 2011

Enfant

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Enfant je marchais le long des murs tapissés d'une toile de Jouy comme d'autres ont du marcher sur la lune. Enfant j'ouvrais les portes de mon armoire elle aussi tendue du même décor. J'y entrais par effraction pour aller au devant de la forêt. Mon armoire était sans fond et n'avait pas de limite dans les sous-bois. Les yeux fermés j'étais l'enfant dans l'enfant dans un autre ciel car mon armoire n'avait pas de plafond. J'étais le rêve à côté de la chambre des parents qui elle ne pouvait être que sérieuse. Enfant on n'imagine pas le voyage des grands quand ils s'isolent la nuit. Deux mondes parallèles construisent la nuit alors que tout est silence.

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lutin - 25-02-2011

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17 février 2011

Dora

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Sanctuaire blanc loin du monde
Territoire vierge que je caresse
Le tableau s’appellera ainsi
Avant de perdre l’esprit

Longue cicatrice transparente
Sans visage moi je peins
Comme les enfants inventent leurs rêves
Alors que je suis fâchée avec la mort

Même si je sais que la passerelle n’existe pas
Je vais prier pour elle sans voix
Dans un flot de paroles
Alors qu’elle n’a pas de sexe

Cette figure je l’invente
C’est une confession la destruction du corps
Quand j’écorche le cœur aux joues

C’est ton regard que je tue

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lutin - 07-02-2011

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12 février 2011

Autre chambre

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william_turner_tempete_en_mer

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C’est quoi l’océan, c’est quoi la mer, comment raconter, il en reste une image floue de mots qui se perdent alors qu’elle gifle et se noie à chaque relent de vagues pendant des milliers d’années, nuage d’or au-dessus de ton dos dans l’infini d’une goutte d’eau.

Volupté des nageoires entre l’écume tu es l’œil qui traverse la lame, la lame qui transperce l’œil,  l’œil dans un rayon de lumière, la raie Manta aussi légère qu’une plume lâchant ses bulles d’oxygène entre un banc de poissons fluorescents qui s’efface, dans un souffle de vent tu voles avec des mains d’enfant.

Je pense à ce corps de chair que l’on cisèle et que l’on tue, poisson volant tu remontes comme l’oiseau fuit les flots quand on n’en peut plus de la pluie et du froid. J’entends encore la lutte des eaux et ta propre guerre entre parenthèses et ta glisse dans un raz de marée. Ca monte et ça descend là où tout a commencé, là où tout finira avec la peur de l’inondation dans l’ultime chant harmonique des pierres invisibles.

C’est quoi la vie dans le secret des profondeurs, un aquarium géant dans lequel il est tellement bon de parler au pluriel, sauvages et libres. Je n’ai pas dormi quand j’ai bu ton sommeil lovée contre ton dos, flaque d’eau brûlante retirée dans sa grotte j’ai oublié de respirer léchant les fonds sous-marins à la faveur d’un orage revenu à la vie, mille tortues agitées en armée sous ta peau disparues.

Il faut que je raconte ces jours de soleil et ces jours de vent, ces nuits de vertige au cœur des océans, prairie sous marine de l’autre côté du miroir. Il nous reste à nous reconnaître solidaires dans un univers en apesanteur entre bateau et tempête, tempête et musique, je prendrai le temps de refaire les gestes des jours bleus rendus à la mer.

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lutin - 12-02-2011

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05 février 2011

35mn et quelques poussières

vers_au_dela

une peinture de Nathalie Courcier

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35 mn
semelle dans la terre glaise
cran d’arrêt ou papillon
dans le jardin sept cygnes
autre monde sans armure au dessus de la lame refermée
58 secondes de survie
je t’ai donné le sein ce matin
j'ai pris ta langue
couteau à double lame
manche d’ébène de frêne ou d’olivier
nous nous sommes croisés si peu
voix chaude habillant mes mains
je n’ai plus de doigts
je ne sais plus compter jusqu’à dix
je n’ai plus de pouce à sucer
je ne t’ai pas donné le ventre
je suis l’enfant dans l’écume des visages fossoyeurs
tourne manège
tournent les yeux dans les coins
j’entends le compliment serré au bras gauche
l’hématome encore marqué du son inaudible
mâchoires serrées dans le souffle
sous les applaudissements les viscères en torsion
je suis fœtus
tu as pris mes dents et ma salive
chiffon j’ai plié la poupée en moi
ne me déshabille pas le ventre
de corne ou d’os
quand la lame s’éjectera
je rendrai les armes
ne me déshabille pas le ventre

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lutin

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29 janvier 2011

Cage d'oiseaux (peinture dernière version le 09/02/2011)

  

.DSCN6630

Nous_sans_le_chat

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 Je te regarde et tu me fermes un œil 
l’autre veille sur toi
je me souviens d'un visage
quand il se penche autour de moi

Des yeux de chair immergés 
aussi longs que la main
au-dessus d’un cou de roseau
lame docile et coupante

Dans le silence il n’y a que la pluie 
une femme écoute ses cheveux pousser
sous la peau on l'entend se dissoudre
comme un grelot

C'est un oiseau entre les braises
une bouche muette sous la morsure
dans l’eau émeraude de ses yeux
ne voudrait-il pas s’envoler
s’il n’y avait le sel qui fondait

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(Ce texte est né de ces deux peintures)

 

lutin - 29-01-2011

 

 

 

 

 

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17 janvier 2011

Entre les pierres

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Oeuvre de Magritte

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Qui es-tu fantôme

Dans cette lumière autour de moi ?

Un bouquet de roses sur la table

L’ovale d’un visage

Solitaire le temps de te reconnaître

Ou bien l'éclair du désir

Bonjour l'ombre

Qui toujours erre

Pourquoi me regardes-tu comme cela ?

Simple caresse le long des bras

Comme avant

Un chant monte d'un même ventre

L’air manque

Invisible mer

Tes joues entre mes mains

Souviens-toi

L’eau qui creuse

Au plus loin de soi

Entre les pierres

Tu es venu

La nuit s’installe et regarde

Hématome du silence

Le plaisir frappe encore

Gémissant

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Lutin - 17 – 01 – 2011

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