03 mars 2012

l i b r e

 

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J'avais envie d'air
de musique 
dans le silence de la rue
me vider de ce monde dévorateur
mes jambes voulaient s'en aller
défaites de moi
je les avais suivies jusqu'au bord de l'eau
sous mes pieds les cordes tendues s'assouplissaient
symétriques


Juste en dessous une rangée d'oiseaux
dans leurs vêtements blancs
un vibrato sourd et lent prenait possession de l'espace
étroit de ma tête
ce fut le ciel qui s'entrouvrait
beau et chaud sur mon dos
derrière mon regard j'étais libre
libre et tremblante d'entendre les chevaux


La guitare à mes yeux devint femme
air voluptueux d'un temps marié
le long d'un voile d'or une ombre
peu pressée de s'effacer
prenant mon cou entre ses mains
se nouait au métal
caressé

 

 

 

 

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01 mars 2012

La voix

  

 

 

J'ai pris le train comme courir quand il est midi
empilée dans des vêtements d'Atlantique
j'ai filé mon rêve le long des rails sous les paupières
c'était une nuit de voyage où l'on perd ses repères
au fond du siège c'était une traversée blanche
presque une musique le sifflement de la vitesse
les vibrations un plaisir annonciateur au ralenti
il fallait voir la mer et ses ponts
il fallait aimer les jambes et la couleur
des chaussures
le cadencement
la langue autrement

le mouvement des lèvres tout autour
le menton volontaire
la main que l'on souhaite animale et subtile
comme un chien cherche son maître
la caresse nourrissante
il fallait remplir le corps
planté dans l'air marin
et les valises résonnaient sous les pieds
je pensais des mots élémentaires
je prétextais le froid de mes bras inarticulés
pourchassant le baiser je marchais
droit devant la route était douce face à l'océan

 



lutine - 01-03-2012 

 

 

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21 février 2012

Entre l'œil et l'eau

  

 

 

 

La mer se faisait sourde le long de la falaise
endroit lumineux et fermé
c'était le bout du monde 
je reprenais mon souffle
installée entre deux chaises
alors que le soleil se lève à l'est
mes paupières roulaient dans leurs propres vagues
c'était le calme d'une solitude bienheureuse
avant que l'homme ne vienne déposer son ombre.

 
Je l'ai vue et reconnue cette existence trouble
en hauteur, en largeur, elle est encore un tableau
sur fond de toile tendue tout près des parasols fermés
notre espace était ce parking inanimé
c'était un mouvement presque agressif ce vêtement rouge
diffus puis présent.

 
Je me souviens de ta démarche étrange
du contour de ta silhouette pas encore intime
on ne pénètre pas ainsi un corps
ni une voix que la mer transporte
ni l'approche amidonnée
c'est tellement codifié les premiers mots
la façon d'être avant la première photo
on laisse filer la boîte à musique
les vieilles mouettes et leurs poèmes stridents
on laisse tomber la rouille et l'enlisement
tous les circuits du corps
jusqu'au sang neuf qui se dégage

 
Ce sont quelques paroles, presque toujours les mêmes
un sourire de bienvenue
une main se tend offrant la chaise libre
sur des yeux qui s'entrouvrent
toute une complicité hydraulique s'installe
 

Je me souviens de ton profil
du son de ta voix
brassant la mer dans une translation magique
on entendait à peine les roulements intermittents
si peu l'aboiement du chien
et la dame noire toujours présente
vers le soleil levant on ne la voyait presque pas

Les algues trouaient mes yeux
ce n'était pas un accident notre rencontre
entre l'œil et l'eau


  

 

 

lutine - 21-02-2012

 

  

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16 février 2012

Particules inexprimables

  

 

 

Des mots se mêlent
s'entrechoquent
et se démêlent
l'écheveau se dénoue
danse
macabre
denses étaient les nœuds
un à un défaits
et la laine se déplie
dans ses fibres mâchées


Défiance
rien
que le silence
hurle à la peau défaite
moins que rien
les lèvres absentes
syllabes malléables
à coups de sabre au poignet
absente la valse des mots
le geste en ricochet


Faille de l’artère
sous la langue affûtée
les mots s’entremêlent
se démêle l’imaginaire
l’écheveau de soi
et la haine tisse le fil de fer
des particules inexprimables
inextricables

 

 

 

lutine

 

 

 

 

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10 février 2012

Louise

 

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Je me tais

me barre la bouche

la colère entoure mes dents

ampute la parole

chaque jour est son tour de vis 

 

Une toile d'araignée croît

à plusieurs reprises j'ai chassé

de mes lèvres

pacotille et éphémères 

 

Louise remonte la tombe

les chaises se pendent

les corps se cambrent

le sexe sous le bras est

dans son fauteuil roulant 

 

Dans le rétroviseur je ne supporte

l'or et la rouille

surfe l'handicap des faux bourgeois

dans la cage

on ne me pêche pas

 

Je glisse

jusqu'aux Tuileries

écartant les jambes

entre deux rives

il me faut boire

 

 

 

lutine - 10-02-2012
 
 
 
 
 
 
 

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07 février 2012

Kaléidoscope

 

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Poser c’est aussi écrire

 

Sur le trottoir au goût macadam un geste à la craie
comme peindre

C’est le réverbère à hauteur du balcon
fatigué de trop de nuits

 

Un bras balancier du noir à l’orange
il n’y a plus d’heure

Sur un piano les doigts longs colorés et absents
par intermittence

En toile de fond l’harmonie des couleurs
étalées comme l'eau sous le phare

 

Un équilibre achevé
en point de fuite juste quelques traits blancs

 

Déjà déformées la musique et ses variations

 

Il pleut sur la peau
à laver la bouche et les lèvres

J’ai l’impression d’être un fleuve en crue
emportant une branche
et sa main

 

Sans cesser de regarder l’arbre
à travers un mur de verre
un visage muet ruisselant
dans un tableau m’appelait à l’aide

 

 

lutine

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03 février 2012

On reste là

 

 

Les mots se meurent
à peine prononcés
cette terre dedans
les mots que l'on veut crier
le silence sort de la bouche
le cri de Munch
c'est être suspendu
le coeur bat
les bras
lignes de fuite
si bien coloriés
rouge profond
à nouveau les mots
l'écho
de verre
l'ascenseur de la pensée est
sur le pont
ma bouche cet ovale
 
 
 
 
lutine - 04-02-2012

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Froid bleu

 

 

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 Repli foetal

alors que la clef est tombée dans l'eau

ce n'était pas une maladresse

cet instant là

lorsque tu as crocheté ton coeur à l'arbre

.

Ce n'était que lassitude

l'envie de partir

courbé dans l'hiver

 

Et ta main a chassé les étoiles

comme l'on repousse le vent de sable

la clef s'en est allée tout au fond de ta mémoire

éteignant la lumière

 

 

 

lutin - 03 - 02 - 2012

 


 

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01 février 2012

Pierrot de la lune

 

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Pierrot de la lune

suspendu à la fenêtre
je me nomme paix
au fil de la terre
l'on m'espère
immense visage

éclairant le ciel
les bras se tendent

la nuit descend
et je demeure
accroché aux rideaux
j'ai le nom que l'on me donne
poésie, pépite de l'esprit
ou croissant
le besoin d'une épaule

je pose les heures
les ombres et les corps
je connais l'insomnie
le tic tac de l'horloge
se lève le jour à l'est
et mes paupières se ferment
dans le froid de l'air

j'ai peur du lever de soleil
de l'ennui du rire
de l'enfant perdu
derrière ses yeux
c'est le vide
et tremble
mon nom

 

 

 

 

lutine - 01-02-2012

 

 

 

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31 janvier 2012

lente macération - I - II - III

 

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C'est l'arbre qui n'a plus de bras
comme si le calque opacifiait
le ciel vide


C'est un visage blanc dans l'espace
masse molle démembrée
il n'y a plus d'air


Tu sais que l'on peut rêver en couleurs
une boîte à musique
et ses ritournelles


Il en tombe de la poudre de rouille
le craquement des os usés 
le froid sur la peau


Pour avancer
on ôte le clou
et on laisse filer la lumière



*



Ma nuit est mon réverbère
jaune comme la lune
éclairant mon insomnie


Mon chemin est mon clavier
où courent mes doigts
et mes heures de silence


Cette nuit est votre sommeil
le noir est mon clair
livrant tous les secrets


Quand la paix règne
je me bats
me griffant le visage et la peau



*



Je n'oublie rien
c'est pour cela que j'écris
mes chants de la nuit
la terre morte de mes jours


L'écriture est mon long voyage
sur le tarmac
on se rejoint
pénible et lent


J'écris à défaut de vivre
si près de
il suffit de laisser infuser
ce n'est pas dormir


Un verre s'offre
un écrit se démultiplie
se replie selon
comme un poème de papier sur la table


Il est ma main
qui déraille
et je laisse filer
le reste du corps


*


Le poète ne meurt
De ses cendres renait
Combien de fois, autant que de douleurs
Chacune est son coup de ciseau


Le poète revient sur les lieux
Hantée
Sa main n'appartient pas
Maîtresse de son cerveau


La mort vient d'arracher encore
Devient des vers
Balafrés à l'approche de la terre
En transition dit-on


Ce besoin d'écrire
L'inutile écrit
Le rabot minimise la poésie
Où s'appuie la rouille des jours


Demain continue de vivre
Allonge un peu les ombres
On reste là
Malgré le corps






lutine

 

 

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