01 mai 2016

Comme une nouvelle terre

Oskar-Kokoschka_Die-Windsbraut,-1914

Oskar Kokoschka 1914 - Die-Windsbraut


Les jours se couchent
les mots se consument
petites bêtes le long des doigts
aiguilles d'or et d'esprit
cousent espérance d'étincelles

C'est écrit comme des filaments
entre la tempête au creux des paumes
file la mer presque morte
les corps nus embrassant la terre
est-ce l'amour ce mouvement d'air ?

C'est la croix de l'église plantée
la présence de Dieu contre la nuit
sa parole prend forme se déchire
ma main qui s'ouvre et se ferme

Sous la fenêtre c'est l'orage
on lui coupe la parole
on ferme les volets
à l'image d'une maison bien rangée
et nos corps, nos corps suspendus
pourquoi se déforment-t-ils ?

On lève la tête
comme se relève la jambe
presque bleus nos yeux brillent
quelque chose a changé
quand on a perdu le cerceau
la poussière tout autour a changé
l'empreinte de nos pas, animale

J'ai l'air d'être comme tu es passé
on parle d'enfer sous les orties
comme une nouvelle terre

 

 

 

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14 avril 2016

Echos

 

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Giverny

  

J'ai écrasé un moustique contre le barreau de la chaise
ce bruit qui perturbe l’écriture 
  
Le long de l’archet
l’araignée tisse sa toile 
court et se rétracte prisonnière de la nappe

Que reste-il des livres écrits ?
que reste-il du silence ?
une tasse de porcelaine livrée aux fourmis
des airs de musique
chauve-souris et noctambules
petites cuillères à dormir debout
dans le sucre glace

Entends-tu les nuages dans le ciel
l'écho des trottoirs
poursuivis par les ombres 
le sel le poivre sont orphelins
d'une table défaite
 
Petite flamme il est minuit
la rose blessée se pose à genoux
les aiguilles à la verticale
ébrèchent un nouveau jour

 

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29 mars 2016

Blues animal

  

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Le haras de Jardy - 28-03-2016

  

 

Ce soir j'ai bu la pluie immense
ça fait du chagrin le long de la joue
ses mille mains
ses mille voix hachurées

J'ai regardé ses doigts se défaire
comme l' horloge absorbe le temps
ruisselante elle respirait plus que moi

Et ce goutte à goutte toujours au-dessus de la tête
pour ne jamais se poser à terre
martèle son refrain tel un adversaire

 

 

 

 

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02 février 2016

Translation

 

Claire-Dorn_Colorfield,-2010

 

La mer se faisait sourde
bout du monde lumineux et fermé
alors que le soleil se lève à l'est
mes paupières roulaient dans leurs propres vagues
le calme d'une solitude bienheureuse
avant que l'homme ne vienne déposer son ombre

Je l'ai vue et reconnue cette intermittence trouble
elle est encore un tableau
sur fond de toile tendue
un mouvement presque agressif
diffus et présent

Je me souviens de sa démarche
du contour de sa silhouette
on ne pénètre pas ainsi un corps
ni une voix
ni l'approche amidonnée

Codifiés les premiers mots
laissent filer la boîte à musique
les vieilles mouettes et leurs poèmes stridents

Je me souviens de son profil
de ses lèvres douces et harmonieuses
une main offrant l'accompagnement
brassant la mienne dans une translation magique
toute une complicité hydraulique

La dame noire toujours présente
on ne l'entendait presque plus
si peu l'aboiement du chien

Ce n'était pas un accident notre rencontre
proche d'un rituel d'espérance

 

 

 

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21 janvier 2016

L'espace temps

 

 

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Derrière les fenêtres encore transparentes
Quand la nuit s'étire le long des vitres
Dans l'attente d'une journée qui se termine
Entre le vide du jour et le soir qui se remplit
Comme si le nous n'appartenait qu'aux heures tardives
Ce n'est pas dormir attendre
Juste suspendu
Un décompte d'horloger en soi

L'ouïe se fait plus fine à l'autre qui n'est pas
Le silence meuble l'espace temps
L'accapare au rythme d'un sablier
Irrémédiablement, il suffit du dernier grain de sable
Pour que s'ouvre la porte
Peut-être des mots, des gestes
Tuant l'absence
Vingt et une heures
L'ennui s'efface
L'heure continue de tourner
La vie est posée là

 

*****

 

La nuit

 

Dans le couloir du ciel à la cime des arbres elle se fait plus pressante arquant inéluctablement sa couleur opaque, son voile devient foulard puis manteau dans sa chute sur les épaules, elle enveloppe sur son passage ce qui est vertical, les plus grands seront touchés les premiers, progressivement elle m’enroulera dans sa peau m’habillant d’un fourreau de deuil, le chien sur la route subira le même sort ainsi que l’insecte rampant, la nuit balaye tout quand elle s’allonge nous faisant disparaître d’un claquement de doigt ensorceleur, la goutte de pluie poreuse devient noire comme par magie, seule la lumière artificielle résistera à sa force. Inutile de se cacher elle voit dans les angles, inutile de se vêtir de rouge, elle superpose les couleurs.

Fenêtres closes s'ouvrent les images librement

 

 

  

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11 janvier 2016

Etre

 

 

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Juste après l'effort
Quand ton bras encercle mon cou
Longtemps tu écoutes mon souffle
Tant de pulsations offertes

Au centre de nos visages ravagés
Au goût de sel
Nos bouches de vie
Avides d'un rythme plus propice
Se parlent en un face à face muet
Plus tard les mots
La salive mouillant les langues
S'ouvrira la parole
Plus tard les corps se détendront
Au rythme du pouls apaisé
Ajoutant les mains aux mots

Entre barques et badauds
Ici est notre victoire
D'être

 

 

 

 

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11 décembre 2015

La lame du poète

 

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Le cri - Auguste Rodin

  

Je ne savais pas qu'être était guerre
Maintenant je le sais
Quatre balles déchirent un corps
Du sang frais on se nourrit
 

Je ne savais pas qu'il fallait tuer ses lèvres
Maintenant je le sais
Dans ce grand miroir cruel et fondu
Un incendie sans flammes
Que la mort engloutit
 

J'ai vu des hommes s'unir sous le porche de la nuit
La peur embellir les cœurs
Sanglante sous la lune
On imagine les meurtres
 

Pourquoi seules les pierres
Poussent drues et glacées
Des mots que nous voulions nous dire
Chacun découvre sa croix

  

 

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23 novembre 2015

Je ne peux oublier mes jours et mes années (13 Novembre 2015)

 

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Une oeuvre de Nathalie Bodet

 

 

Certains évènements ne s'oublient jamais
Les éclats, les images, se dispersent
Infusent au centre
Le sang, surpris de ne plus circuler normalement
Demeure brûlant plus que de raison
De grandes ombres ont imposé leur présence

Il faisait doux ce soir, autour de la table
Les verres reflétaient la fête et les bougies
Sur quelques paroles d'une chanson de circonstance
Deux femmes répandaient leur bonheur
Les yeux tournés vers l'âge tendre
N'osaient déranger l'innocence de l'enfant
Instaurant le huis clos

Le sang de plus en plus épais
Fait de silence
Roulements de la haine
Il ne fallait pas communiquer avec le monde
Ce vendredi 13

Garder le sourire encore un peu

 

 

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02 novembre 2015

A pas... contés

 

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Première feuilles sèches
qui raclent le sol
on est rejoint
par la manipulation de l'heure


Marche lente
le couple se remplit encore un peu
leurs bouches si proches
scellées de silence


Le tocsin
proie de la nuit

s'énivre dans l'horloge


Les oiseaux se taisent
sous l'oblique des ombres
votre corps pendu au mien




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31 octobre 2015

Comme un voilier

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Comme un voilier

Je suis debout au bord de la plage.
Un voilier passe dans la brise du matin, et part vers l'océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'horizon.
Quelqu'un à mon côté dit : « il est parti !»

Parti vers où ?
Parti de mon regard, c'est tout !
Son mât est toujours aussi haut,
sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi, pas en lui.

Et juste au moment où quelqu'un prés de moi
dit : «il est parti !»
il en est d'autres qui le voyant poindre à l'horizon
et venir vers eux s'exclament avec joie :

«Le voilà !» C'est ça la mort !
Il n'y a pas de morts.
Il y a des vivants sur les deux rives.

 



William Blake
(Londres, 28 novembre 1757–12 août 1827) est un peintre et un poète pré-romantique britannique.

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