les secrets de lutin

poésie et textes...Un mot déclenchant une tempête et mes doigts tissent sur le clavier....

05 mai 2008

Ephémère

DSCN1158

Les mots de sable au sang de mes doigts
je les grave
les croyant immortels
tant ils sont sincères dans le balancement de la vague

J'oublie qu'elle va monter
j'oublie qu'elle nettoie naturellement les plages
qu'elle efface la vie humaine pour marquer la terre de la vie marine

Je voudrais être étoile de mer
je voudrais être escargot de mer
je voudrais être tout
sauf humain 

Des paroles jetées en l'air

je suis cerf-volant

au-dessus de la plage en déséquilibre

je pique du nez pour marquer la fin

Je suis sous-marin

dans le ventre de la mer

gronde ma carcasse désarticulée

à sang elle colore le sable de mes mots

Je suis l’ombre sur la plage

à la recherche de la veille

entre les grains de sable

silencieuse je chasse le vent

lutin -05-05-2008 

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14 avril 2008

Ultime

araign_ebourgeois

Il plonge dans sa tête
alors qu’elle perd pied

Elle nage dans son ventre
alors qu’il est dans sa tête

Elle serre les dents pour ne pas l‘avaler
elle ouvre les yeux pour l’oublier

Elle noue ses mains pour ne pas le tuer
elle s’attache les pieds pour ne plus flotter

.

Il pend dans le vide
ses pas à la recherche de la veille

Suspendu  il se heurte à sa folie
et remonte le fil

Gesticulations stériles
de sa démence il en fait un rituel

En nourriture des images en pagaille dans la tête
dans le ventre il ne reste rien

.

Rien que la culpabilité
semée et l’absence nécessaire

Sur la peau la destruction
dans l’oeil le cyclope en mémoire

lutin - 14-04-2008

.

Un transfert : la destruction et la reconstruction du père

louise_bourgeois

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27 février 2008

Le Crachat

Je cherchais ce matin "Le Crachat" de Léo Ferré que je vous livre ci-dessous

Le crachat

by Léo Ferré

Glaireux à souhait avec des fils dans l'amidon
Se demandant s'il tombera du mur ou non
    Le crachat au soleil s'étire

Son œil vitreux de borgne où la haine croupit
Brillant d'un jaune vert pâlot et mal nourri
    Sous la canicule chavire

D'où viens-tu pèlerin gélatineux et froid
De quelle gorge obscure as-tu quitté l'emploi
    Pour te marier à cette pierre

D'un gosier mal vissé ou d'un nez pituiteux
D'un palais distingué d'un poumon besogneux
    Ou d'une langue de vipère

Avant que de finir au plat sur ce granit
Etais-tu préposé au catarrhe au prurit
    Ou bien à résoudre une quinte

Es-tu le doute du rêveur l'orgueil du fat
La solution d'un douloureux échec et mat
    Ou l'exutoire du farniente

Agacé par l'insecte au ventre crevant d'œufs
Décoloré, suintant, le crachat comateux
    Sur le trottoir enfin débonde

Tandis qu'agonisant sous des pieds indistincts
A l'aise enfin chez lui il me dit l'air hautain
    " Je suis la conscience du monde "
 

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24 février 2008

Recto verso

bouche

Bouche décousue
coupée en deux
mots plus bas
plus haut la voix
cisailles ouvertes
voilà
attends un peu
ne ferme pas les yeux
en eau forme la haine
à coups de rasoir
et crache
papier buvard
saturé
c’est le sang dans la voix
injecté dans la salive
langue pointue du serpent pris au piège
c’est du mercure au chrome sur la plaie de l’autre
le venin antidote sous-cutané
cargo de mots puants
projetés dans la tête lacérée
tissu de chair vivante
émietté dans l’assiette
entre deux couteaux
tempête pulvérisée dans un verre d’eau
mensonges
en médicament  de rémission
embryon de mort
glissant dans la salive avalée
un clou au fond de la gorge
dans l’œsophage un marécage
s’enfonçant dans l’estomac
un cri au bout de la langue
l’écho dans le ventre
sans oxygène
cherchant la porte de sortie
vers le bas
la haine sur le visage
le crachat est authentique
on l’apprend dans la rue
on l’offre à la pute bottée de noir
ramassis de fiente humaine
crachats sur la mèche de cheveux
bouche laquée du fiel de l’homme
le nerf sectionné
elle ne sourit plus
lèvres en suspension
une balle
trois balles
plombée d’écume rouge
plus bas la voix
arrêtez la musique
capsule blanche pour quoi faire
sous la langue sèche
et si c’était la fin
embrasse Marie pour moi

lutin – 24-02-2008

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20 février 2008

Sacs de femmes

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Les pieds défilent dans un chassé-croisé sur les trottoirs du bord de Seine, toutes sortes de chaussures ou de bottes à bout pointu ou rond, à talons hauts ou bas se faufilent au rythme de la femme d’affaires pressée. Il est 13 H, l’heure de manger sur le pouce un sandwich. Mes bottes lacées sont sous la table, jambes croisées j’ai posé mes pieds au chaud, je bois un chocolat viennois en vitrine, en mémoire l'homme qui m'a fait découvrir le café de l'Editeur. La mode est sur le macadam, les collants noirs opaques mettent en valeur les jambes qui à grands coups de ciseaux taillent la route. Le long manteau noir ouvert balance ses pans comme des drapeaux en bord de mer. L’écharpe nouée donne la direction du vent. Le blouson de cuir montre la mini jupe qui l’accompagne. Saint Michel est une immense couverture de Vogue dont on a animé les personnages. Je tourne les pages de gauche à droite, mon regard change de trottoir, j’attends que les corps disparaissent remplacés par d’autres. Mimétisme de la gestuelle la rue est un film qui tourne en boucle, il me semble les reconnaître alors que leurs rendez-vous les faisaient marcher tout droit à cinq kilomètres heure.

Elles se ressemblent toutes ces femmes bariolées dans leur différence. Elles ont une chose en commun, le sac à main, tenu en bandoulière il tape la hanche, coincé sous le bras il cache ses secrets dans le manteau, l’anse à la main élégant il se balance, lanières croisées dans le dos, siamois de sa propriétaire il adhère aux mouvements.  Il y a le gros, le petit, le rond, le carré, le difforme mais chaque sac est une pochette surprise si on l’éventre. Je suis là depuis une heure maintenant jouant au jeu, chercher l’intrus, j’attends la femme les bras ballants qui ne viendra pas. Dans cette peau de cuir ciré elles ont englouti leur histoire dont elles ne se séparent que la nuit, peut-être parce qu’elles la retrouvent en rêve. J’imagine une immense pièce de théâtre improvisée, les sacs évidés sur la place publique, chaque objet divulguant la raison de son enfermement, revendiquant sa liberté ou jalousant la poche la plus secrète du sac, celle où se cache l’amour le plus fort.

Il est 18 heures, la porte du café cachée par un lourd rideau de velours rouge s’ouvre souvent, les couples se retrouvent. J’observe cet homme non loin de ma table qui tient la main de sa compagne, sait-t-il s’il fait partie du capharnaüm qui règne dans le sac gonflé posé près de sa propriétaire ? Une femme regarde sa montre, elle ouvre son sac et se met du rouge à lèvres un regard critique dans le miroir. Dans le brouhaha de la salle mon portable se manifeste à mes pieds. Pressée je saisis sous la table mon sac à main, il est petit et lourd, il est en cuir noir, l’anse se met sur l’épaule et je peux ainsi coincer sous le bras mes petits secrets. Trop rempli sa fermeture éclair n’est pas fermée, je dois faire vite pour attraper le téléphone qui a la mauvaise manie de se cacher au fond. Nerveuse je le retourne maladroitement sur la table étalant aux yeux de mon voisinage ma personnalité de gribouilleuse de pensées, les petits papiers jaunis font un monticule disgracieux, les numéros de téléphone sans nom, les papiers officiels s’étalent entre l’aspirine, les carrés de sucre collectés, les stylos, le gloss de chez Guerlain, le centre Pompidou, le musée d’Orsay, Paris en couleurs, la bibliothèque et le dernier film vu au cinéma. Dans ce lieu clos où tous les yeux sont vissés sur moi on sait maintenant que je porte des lunettes pour lire, que mon groupe sanguin est B positif. Ma vie est un roman photos offert aux consommateurs du lieu. La serveuse gentille comprenant mon désarroi se baisse et ramasse quelques photos qui risquaient d’être piétinées. Je l’imagine avec un grand sac en bandoulière frappant la hanche.



Lutin – 20-02-2008

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08 février 2008

Tandem

votive

Douce sensation de l’œil qui s’ouvre
frileuse des mois passés la fente des paupières baille
un goutte à goutte d’eau salée glisse
sur la joue
le monde s’agite dans un soleil blanc naissant
l’herbe grasse habitée d’empreintes fait place à la terre gelée
ils ne sont plus seuls roulés dans l’abandon de l’hiver
des cris tendres en cohorte défilent
une cheftaine appelle la meute
en rond armés de brindilles les enfants s’accroupissent
à même la terre
où le froid se dissout à la chaleur de la peau
et il s’étire assis à califourchon sur la selle sèche de son vélo
d’un regard d’aigle acéré le prêtre veille.

Je roule sous un ciel bleu de montagne les yeux mi-clos
à cette heure un halo éblouissant de biais s’infiltre sous les verres teintés de brun
comme l’aveugle le noir et le blanc accompagne ma route
le cri strident des mouettes rappelle la mer
elles se sont repliées là, royales sous leur plumage blanc
orphelines couronnées le temps d’une saison
l’aérodrome est loin alors qu’un vrombissement d’hélicoptère se fait entendre
j’assiste au décollage
en habit d’apparat les cygnes forment un escadron sur le plan d’eau
sous les yeux médusés des randonneurs

en appui sur leur bâton, hommes emmitouflés, leur maison sur le dos
ils jouent à être bonhommes de neige, épouvantails
dans leurs tricots de laine gris ils jouent à être laids
dans leur jogging fluo les sportifs en herbe cranent
derrière eux ils laissent leur jeunesse
et s’enfoncent  dans la mélancolie de l’âge mur.

Rêveuse en ce lieu magique je promène mon vélo, mains gantées de rouge
croisant des visages sans nom, je veux toucher la terre
et entendre le silence de la roue imprimer son passage
laissant double empreinte
les yeux emportés au-delà
étrange cette sensation d’être accompagnée ainsi
spectatrice un bien-être m’envahit
toi contre moi je veux danser mon plaisir.


lutin – 08-02-2008

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23 janvier 2008

3 D

magritte_2

.

Regarde avec l’œil de ton cœur

Elle a décousu les histoires derrière les murs et s’est voilée pour mieux aimer

Elle nage pour courir et court pour nager à contre courant

Lit pour peindre ses sentiments

Ecoute la musique en boucle pour écrire

Dans les remous elle a perdu la tête

Dépersonnalisée ne peut être avec, ne peut être sans

Femme jusqu’au bout des ongles

Dans un cercle elle a coupé les angles

Au fond d’un tiroir sombre elle empile les souvenirs

Têtes mutilées par l’objectif

Pas un cri ne déchire l’obscurité

Un ballet d’ombres s’agite au-dessus de la couche

La défaisant un peu plus chaque nuit

Regarde avec tes sens comme l’aveugle

La main inaudible ne ment pas

En braille dans les labyrinthes du tissu elle court vers l’essentiel

En dehors de la photo elle est sincérité

A même la peau sa moiteur est la preuve

Elle palpe les yeux au bout des doigts

Laissant sa dédicace à jamais

Lutin – 21-01-2008

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17 janvier 2008

Paranormal

DSCN1685main_coup_e

Corps

désolidarisé

sans

repos

la main

erre

les doigts

dans

l’espace

L’ongle

s’enfonce

dans

le vide

Non

dit

l’ombre

il est

trop

tôt

pour

la fusion

le mal

t'habite

Refait

le chemin

à l’envers

à la recherche

de ta peau

voilà

la clef

offre là

une femme

la pleure

lutin – 17-01-2007

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11 janvier 2008

Spirale

sculpture

.

Il y a les mains terribles qui enserrent

les doigts métalliques sciant un peu plus chaque jour

il y a l’ongle affûté creusant la matière

.

Il y a les nuits ravageuses

déstructurant l’équilibre

les mots touchant la cible

.

Bercez sa tête avec vos bras

une tornade l’a mutilée

vrillant ses cordes vocales

.

Il y a ses yeux désespérés qui ont perdu la vue

sous les décombres par les pores de la peau elle respire

Il y a le mutisme au bord des lèvres

.

Il  y a en creux l’acide des mots

la percussion des sons rongeant l'essentiel

à devenir contour d’elle

.

privée d’aile

.

lutin – 11-01-2008

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03 janvier 2008

Cadeau

rose__

C’est aussi simple que la pluie, aimer

Offre-moi un sourire dans du papier de soie

Le nœud défait, qu’il m’éclabousse le visage.

Offre-moi un écrin pour l’enfermer

Laisse-moi le ruban j’en ferai un bracelet

Loin de toi je penserai à nous

C’est aussi simple que de peindre,  l’amour

Le geste dessine un baiser

Virtuose le poignet se délie

Paupières fermées la nuit reprend forme

Le pinceau se barbouille de rouge

Née une rose dans une main d’homme

C’est aussi simple que l’écriture enfantine, l’amour

Offre-moi une déclaration d’amour

Dans un écrin comme un diamant j’y déposerai tes mots

.

Offre-moi un petit rien de palpable

Pour gommer nos absences

C'est aussi simple que cela combler le manque

.

.

lutin - 03-01-2008

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