05 mai 2008
Ephémère
Les mots de sable au sang de mes doigts
je les grave
les croyant immortels
tant ils sont sincères dans le balancement de la vague
J'oublie qu'elle va monter
j'oublie qu'elle nettoie naturellement les plages
qu'elle efface la vie humaine pour marquer la terre de la vie marine
Je voudrais être étoile de mer
je voudrais être escargot de mer
je voudrais être tout
sauf humain
Des paroles jetées en l'air
je suis cerf-volant
au-dessus de la plage en déséquilibre
je pique du nez pour marquer la fin
Je suis sous-marin
dans le ventre de la mer
gronde ma carcasse désarticulée
à sang elle colore le sable de mes mots
Je suis l’ombre sur la plage
à la recherche de la veille
entre les grains de sable
silencieuse je chasse le vent
lutin -05-05-2008
14 avril 2008
Ultime
Il plonge dans sa tête
alors qu’elle perd pied
Elle nage dans son ventre
alors qu’il est dans sa tête
Elle serre les dents pour ne pas l‘avaler
elle ouvre les yeux pour l’oublier
Elle noue ses mains pour ne pas le tuer
elle s’attache les pieds pour ne plus flotter
.
Il pend dans le vide
ses pas à la recherche de la veille
Suspendu il se heurte à sa folie
et remonte le fil
Gesticulations stériles
de sa démence il en fait un rituel
En nourriture des images en pagaille dans la tête
dans le ventre il ne reste rien
.
Rien que la culpabilité
semée et l’absence nécessaire
Sur la peau la destruction
dans l’oeil le cyclope en mémoire
lutin - 14-04-2008
.
Un transfert : la destruction et la reconstruction du père
27 février 2008
Le Crachat
Je cherchais ce matin "Le Crachat" de Léo Ferré que je vous livre ci-dessous
Le crachat
by Léo Ferré
Glaireux à souhait avec des fils dans l'amidon Se demandant s'il tombera du mur ou non Le crachat au soleil s'étire Son œil vitreux de borgne où la haine croupit Brillant d'un jaune vert pâlot et mal nourri Sous la canicule chavire D'où viens-tu pèlerin gélatineux et froid De quelle gorge obscure as-tu quitté l'emploi Pour te marier à cette pierre D'un gosier mal vissé ou d'un nez pituiteux D'un palais distingué d'un poumon besogneux Ou d'une langue de vipère Avant que de finir au plat sur ce granit Etais-tu préposé au catarrhe au prurit Ou bien à résoudre une quinte Es-tu le doute du rêveur l'orgueil du fat La solution d'un douloureux échec et mat Ou l'exutoire du farniente Agacé par l'insecte au ventre crevant d'œufs Décoloré, suintant, le crachat comateux Sur le trottoir enfin débonde Tandis qu'agonisant sous des pieds indistincts A l'aise enfin chez lui il me dit l'air hautain " Je suis la conscience du monde "
24 février 2008
Recto verso
Bouche décousue
coupée en deux
mots plus bas
plus haut la voix
cisailles ouvertes
voilà
attends un peu
ne ferme pas les yeux
en eau forme la haine
à coups de rasoir
et crache
papier buvard
saturé
c’est le sang dans la voix
injecté dans la salive
langue pointue du serpent pris au piège
c’est du mercure au chrome sur la plaie de l’autre
le venin antidote sous-cutané
cargo de mots puants
projetés dans la tête lacérée
tissu de chair vivante
émietté dans l’assiette
entre deux couteaux
tempête pulvérisée dans un verre d’eau
mensonges
en médicament de rémission
embryon de mort
glissant dans la salive avalée
un clou au fond de la gorge
dans l’œsophage un marécage
s’enfonçant dans l’estomac
un cri au bout de la langue
l’écho dans le ventre
sans oxygène
cherchant la porte de sortie
vers le bas
la haine sur le visage
le crachat est authentique
on l’apprend dans la rue
on l’offre à la pute bottée de noir
ramassis de fiente humaine
crachats sur la mèche de cheveux
bouche laquée du fiel de l’homme
le nerf sectionné
elle ne sourit plus
lèvres en suspension
une balle
trois balles
plombée d’écume rouge
plus bas la voix
arrêtez la musique
capsule blanche pour quoi faire
sous la langue sèche
et si c’était la fin
embrasse Marie pour moi
lutin – 24-02-2008
20 février 2008
Sacs de femmes
Les pieds défilent dans un chassé-croisé sur les trottoirs du bord de Seine, toutes sortes de chaussures ou de bottes à bout pointu ou rond, à talons hauts ou bas se faufilent au rythme de la femme d’affaires pressée. Il est 13 H, l’heure de manger sur le pouce un sandwich. Mes bottes lacées sont sous la table, jambes croisées j’ai posé mes pieds au chaud, je bois un chocolat viennois en vitrine, en mémoire l'homme qui m'a fait découvrir le café de l'Editeur. La mode est sur le macadam, les collants noirs opaques mettent en valeur les jambes qui à grands coups de ciseaux taillent la route. Le long manteau noir ouvert balance ses pans comme des drapeaux en bord de mer. L’écharpe nouée donne la direction du vent. Le blouson de cuir montre la mini jupe qui l’accompagne. Saint Michel est une immense couverture de Vogue dont on a animé les personnages. Je tourne les pages de gauche à droite, mon regard change de trottoir, j’attends que les corps disparaissent remplacés par d’autres. Mimétisme de la gestuelle la rue est un film qui tourne en boucle, il me semble les reconnaître alors que leurs rendez-vous les faisaient marcher tout droit à cinq kilomètres heure.
Elles se ressemblent toutes ces femmes bariolées dans leur différence. Elles ont une chose en commun, le sac à main, tenu en bandoulière il tape la hanche, coincé sous le bras il cache ses secrets dans le manteau, l’anse à la main élégant il se balance, lanières croisées dans le dos, siamois de sa propriétaire il adhère aux mouvements. Il y a le gros, le petit, le rond, le carré, le difforme mais chaque sac est une pochette surprise si on l’éventre. Je suis là depuis une heure maintenant jouant au jeu, chercher l’intrus, j’attends la femme les bras ballants qui ne viendra pas. Dans cette peau de cuir ciré elles ont englouti leur histoire dont elles ne se séparent que la nuit, peut-être parce qu’elles la retrouvent en rêve. J’imagine une immense pièce de théâtre improvisée, les sacs évidés sur la place publique, chaque objet divulguant la raison de son enfermement, revendiquant sa liberté ou jalousant la poche la plus secrète du sac, celle où se cache l’amour le plus fort.
Il est 18 heures, la porte du café cachée par un lourd rideau de velours rouge s’ouvre souvent, les couples se retrouvent. J’observe cet homme non loin de ma table qui tient la main de sa compagne, sait-t-il s’il fait partie du capharnaüm qui règne dans le sac gonflé posé près de sa propriétaire ? Une femme regarde sa montre, elle ouvre son sac et se met du rouge à lèvres un regard critique dans le miroir. Dans le brouhaha de la salle mon portable se manifeste à mes pieds. Pressée je saisis sous la table mon sac à main, il est petit et lourd, il est en cuir noir, l’anse se met sur l’épaule et je peux ainsi coincer sous le bras mes petits secrets. Trop rempli sa fermeture éclair n’est pas fermée, je dois faire vite pour attraper le téléphone qui a la mauvaise manie de se cacher au fond. Nerveuse je le retourne maladroitement sur la table étalant aux yeux de mon voisinage ma personnalité de gribouilleuse de pensées, les petits papiers jaunis font un monticule disgracieux, les numéros de téléphone sans nom, les papiers officiels s’étalent entre l’aspirine, les carrés de sucre collectés, les stylos, le gloss de chez Guerlain, le centre Pompidou, le musée d’Orsay, Paris en couleurs, la bibliothèque et le dernier film vu au cinéma. Dans ce lieu clos où tous les yeux sont vissés sur moi on sait maintenant que je porte des lunettes pour lire, que mon groupe sanguin est B positif. Ma vie est un roman photos offert aux consommateurs du lieu. La serveuse gentille comprenant mon désarroi se baisse et ramasse quelques photos qui risquaient d’être piétinées. Je l’imagine avec un grand sac en bandoulière frappant la hanche.
Lutin – 20-02-2008
08 février 2008
Tandem
Douce sensation de l’œil qui s’ouvre
frileuse des mois passés la fente des paupières baille
un goutte à goutte d’eau salée glisse
sur la joue
le monde s’agite dans un soleil blanc naissant
l’herbe grasse habitée d’empreintes fait place à la terre gelée
ils ne sont plus seuls roulés dans l’abandon de l’hiver
des cris tendres en cohorte défilent
une cheftaine appelle la meute
en rond armés de brindilles les enfants s’accroupissent
à même la terre
où le froid se dissout à la chaleur de la peau
et il s’étire assis à califourchon sur la selle sèche de son vélo
d’un regard d’aigle acéré le prêtre veille.
Je roule sous un ciel bleu de montagne les yeux mi-clos
à cette heure un halo éblouissant de biais s’infiltre sous les verres teintés de brun
comme l’aveugle le noir et le blanc accompagne ma route
le cri strident des mouettes rappelle la mer
elles se sont repliées là, royales sous leur plumage blanc
orphelines couronnées le temps d’une saison
l’aérodrome est loin alors qu’un vrombissement d’hélicoptère se fait entendre
j’assiste au décollage
en habit d’apparat les cygnes forment un escadron sur le plan d’eau
sous les yeux médusés des randonneurs
en appui sur leur bâton, hommes emmitouflés, leur maison sur le dos
ils jouent à être bonhommes de neige, épouvantails
dans leurs tricots de laine gris ils jouent à être laids
dans leur jogging fluo les sportifs en herbe cranent
derrière eux ils laissent leur jeunesse
et s’enfoncent dans la mélancolie de l’âge mur.
Rêveuse en ce lieu magique je promène mon vélo, mains gantées de rouge
croisant des visages sans nom, je veux toucher la terre
et entendre le silence de la roue imprimer son passage
laissant double empreinte
les yeux emportés au-delà
étrange cette sensation d’être accompagnée ainsi
spectatrice un bien-être m’envahit
toi contre moi je veux danser mon plaisir.
lutin – 08-02-2008
23 janvier 2008
3 D
.
Regarde avec l’œil de ton cœur
Elle a décousu les histoires derrière les murs et s’est voilée pour mieux aimer
Elle nage pour courir et court pour nager à contre courant
Lit pour peindre ses sentiments
Ecoute la musique en boucle pour écrire
Dans les remous elle a perdu la tête
Dépersonnalisée ne peut être avec, ne peut être sans
Femme jusqu’au bout des ongles
Dans un cercle elle a coupé les angles
Au fond d’un tiroir sombre elle empile les souvenirs
Têtes mutilées par l’objectif
Pas un cri ne déchire l’obscurité
Un ballet d’ombres s’agite au-dessus de la couche
La défaisant un peu plus chaque nuit
Regarde avec tes sens comme l’aveugle
La main inaudible ne ment pas
En braille dans les labyrinthes du tissu elle court vers l’essentiel
En dehors de la photo elle est sincérité
A même la peau sa moiteur est la preuve
Elle palpe les yeux au bout des doigts
Laissant sa dédicace à jamais
Lutin – 21-01-2008
17 janvier 2008
Paranormal
Corps
désolidarisé
sans
repos
la main
erre
les doigts
dans
l’espace
L’ongle
s’enfonce
dans
le vide
Non
dit
l’ombre
il est
trop
tôt
pour
la fusion
le mal
t'habite
Refait
le chemin
à l’envers
à la recherche
de ta peau
voilà
la clef
offre là
une femme
la pleure
lutin – 17-01-2007
11 janvier 2008
Spirale
.
Il y a les mains terribles qui enserrent
les doigts métalliques sciant un peu plus chaque jour
il y a l’ongle affûté creusant la matière
.
Il y a les nuits ravageuses
déstructurant l’équilibre
les mots touchant la cible
.
Bercez sa tête avec vos bras
une tornade l’a mutilée
vrillant ses cordes vocales
.
Il y a ses yeux désespérés qui ont perdu la vue
sous les décombres par les pores de la peau elle respire
Il y a le mutisme au bord des lèvres
.
Il y a en creux l’acide des mots
la percussion des sons rongeant l'essentiel
à devenir contour d’elle
.
privée d’aile
.
lutin – 11-01-2008
03 janvier 2008
Cadeau
C’est aussi simple que la pluie, aimer
Offre-moi un sourire dans du papier de soie
Le nœud défait, qu’il m’éclabousse le visage.
Offre-moi un écrin pour l’enfermer
Laisse-moi le ruban j’en ferai un bracelet
Loin de toi je penserai à nous
C’est aussi simple que de peindre, l’amour
Le geste dessine un baiser
Virtuose le poignet se délie
Paupières fermées la nuit reprend forme
Le pinceau se barbouille de rouge
Née une rose dans une main d’homme
C’est aussi simple que l’écriture enfantine, l’amour
Offre-moi une déclaration d’amour
Dans un écrin comme un diamant j’y déposerai tes mots
.
Offre-moi un petit rien de palpable
Pour gommer nos absences
C'est aussi simple que cela combler le manque
.
.
lutin - 03-01-2008










