28 février 2008
Verticolor
Rien n’est droit rien n’est penché
il n’y a pas d’horizontal
il n’y a pas de vertical
c’est une diagonale qui s’empale dans la chair bleue
une corde vocale pointant son dard dans la couche d’ozone
pluie d’épines dans le plexus solaire
pente glissante à remonter
tapis roulant à rattraper le fil
épi planté buvant le sang
hématome bleu ciel
des jours noirs
c’est une érection tendant vers l’infini
vaisseau via la mer
en multicolore
une embouchure renversée
un entonnoir fermé
une tangente sans soleil
au choix les rails couchés
hampes hissées
sans drapeau
métal brossé d’espoir
le désespoir au bout gravé
un peu plus bas, un peu plus haut
une combinaison à deux trames
en biais le mur
au centre la clef
c’est un labyrinthe en deux triangles à la recherche de l’angle droit
le phallus érigé
personne ne voit jamais la même chose
lutin – 27-02-2008
peinture acrylique 38 x 46 faite le 27-02-2008
27 février 2008
Le Crachat
Je cherchais ce matin "Le Crachat" de Léo Ferré que je vous livre ci-dessous
Le crachat
by Léo Ferré
Glaireux à souhait avec des fils dans l'amidon Se demandant s'il tombera du mur ou non Le crachat au soleil s'étire Son œil vitreux de borgne où la haine croupit Brillant d'un jaune vert pâlot et mal nourri Sous la canicule chavire D'où viens-tu pèlerin gélatineux et froid De quelle gorge obscure as-tu quitté l'emploi Pour te marier à cette pierre D'un gosier mal vissé ou d'un nez pituiteux D'un palais distingué d'un poumon besogneux Ou d'une langue de vipère Avant que de finir au plat sur ce granit Etais-tu préposé au catarrhe au prurit Ou bien à résoudre une quinte Es-tu le doute du rêveur l'orgueil du fat La solution d'un douloureux échec et mat Ou l'exutoire du farniente Agacé par l'insecte au ventre crevant d'œufs Décoloré, suintant, le crachat comateux Sur le trottoir enfin débonde Tandis qu'agonisant sous des pieds indistincts A l'aise enfin chez lui il me dit l'air hautain " Je suis la conscience du monde "
24 février 2008
Recto verso
Bouche décousue
coupée en deux
mots plus bas
plus haut la voix
cisailles ouvertes
voilà
attends un peu
ne ferme pas les yeux
en eau forme la haine
à coups de rasoir
et crache
papier buvard
saturé
c’est le sang dans la voix
injecté dans la salive
langue pointue du serpent pris au piège
c’est du mercure au chrome sur la plaie de l’autre
le venin antidote sous-cutané
cargo de mots puants
projetés dans la tête lacérée
tissu de chair vivante
émietté dans l’assiette
entre deux couteaux
tempête pulvérisée dans un verre d’eau
mensonges
en médicament de rémission
embryon de mort
glissant dans la salive avalée
un clou au fond de la gorge
dans l’œsophage un marécage
s’enfonçant dans l’estomac
un cri au bout de la langue
l’écho dans le ventre
sans oxygène
cherchant la porte de sortie
vers le bas
la haine sur le visage
le crachat est authentique
on l’apprend dans la rue
on l’offre à la pute bottée de noir
ramassis de fiente humaine
crachats sur la mèche de cheveux
bouche laquée du fiel de l’homme
le nerf sectionné
elle ne sourit plus
lèvres en suspension
une balle
trois balles
plombée d’écume rouge
plus bas la voix
arrêtez la musique
capsule blanche pour quoi faire
sous la langue sèche
et si c’était la fin
embrasse Marie pour moi
lutin – 24-02-2008
20 février 2008
Sacs de femmes
Les pieds défilent dans un chassé-croisé sur les trottoirs du bord de Seine, toutes sortes de chaussures ou de bottes à bout pointu ou rond, à talons hauts ou bas se faufilent au rythme de la femme d’affaires pressée. Il est 13 H, l’heure de manger sur le pouce un sandwich. Mes bottes lacées sont sous la table, jambes croisées j’ai posé mes pieds au chaud, je bois un chocolat viennois en vitrine, en mémoire l'homme qui m'a fait découvrir le café de l'Editeur. La mode est sur le macadam, les collants noirs opaques mettent en valeur les jambes qui à grands coups de ciseaux taillent la route. Le long manteau noir ouvert balance ses pans comme des drapeaux en bord de mer. L’écharpe nouée donne la direction du vent. Le blouson de cuir montre la mini jupe qui l’accompagne. Saint Michel est une immense couverture de Vogue dont on a animé les personnages. Je tourne les pages de gauche à droite, mon regard change de trottoir, j’attends que les corps disparaissent remplacés par d’autres. Mimétisme de la gestuelle la rue est un film qui tourne en boucle, il me semble les reconnaître alors que leurs rendez-vous les faisaient marcher tout droit à cinq kilomètres heure.
Elles se ressemblent toutes ces femmes bariolées dans leur différence. Elles ont une chose en commun, le sac à main, tenu en bandoulière il tape la hanche, coincé sous le bras il cache ses secrets dans le manteau, l’anse à la main élégant il se balance, lanières croisées dans le dos, siamois de sa propriétaire il adhère aux mouvements. Il y a le gros, le petit, le rond, le carré, le difforme mais chaque sac est une pochette surprise si on l’éventre. Je suis là depuis une heure maintenant jouant au jeu, chercher l’intrus, j’attends la femme les bras ballants qui ne viendra pas. Dans cette peau de cuir ciré elles ont englouti leur histoire dont elles ne se séparent que la nuit, peut-être parce qu’elles la retrouvent en rêve. J’imagine une immense pièce de théâtre improvisée, les sacs évidés sur la place publique, chaque objet divulguant la raison de son enfermement, revendiquant sa liberté ou jalousant la poche la plus secrète du sac, celle où se cache l’amour le plus fort.
Il est 18 heures, la porte du café cachée par un lourd rideau de velours rouge s’ouvre souvent, les couples se retrouvent. J’observe cet homme non loin de ma table qui tient la main de sa compagne, sait-t-il s’il fait partie du capharnaüm qui règne dans le sac gonflé posé près de sa propriétaire ? Une femme regarde sa montre, elle ouvre son sac et se met du rouge à lèvres un regard critique dans le miroir. Dans le brouhaha de la salle mon portable se manifeste à mes pieds. Pressée je saisis sous la table mon sac à main, il est petit et lourd, il est en cuir noir, l’anse se met sur l’épaule et je peux ainsi coincer sous le bras mes petits secrets. Trop rempli sa fermeture éclair n’est pas fermée, je dois faire vite pour attraper le téléphone qui a la mauvaise manie de se cacher au fond. Nerveuse je le retourne maladroitement sur la table étalant aux yeux de mon voisinage ma personnalité de gribouilleuse de pensées, les petits papiers jaunis font un monticule disgracieux, les numéros de téléphone sans nom, les papiers officiels s’étalent entre l’aspirine, les carrés de sucre collectés, les stylos, le gloss de chez Guerlain, le centre Pompidou, le musée d’Orsay, Paris en couleurs, la bibliothèque et le dernier film vu au cinéma. Dans ce lieu clos où tous les yeux sont vissés sur moi on sait maintenant que je porte des lunettes pour lire, que mon groupe sanguin est B positif. Ma vie est un roman photos offert aux consommateurs du lieu. La serveuse gentille comprenant mon désarroi se baisse et ramasse quelques photos qui risquaient d’être piétinées. Je l’imagine avec un grand sac en bandoulière frappant la hanche.
Lutin – 20-02-2008
19 février 2008
Clair de lune
08 février 2008
Tandem
Douce sensation de l’œil qui s’ouvre
frileuse des mois passés la fente des paupières baille
un goutte à goutte d’eau salée glisse
sur la joue
le monde s’agite dans un soleil blanc naissant
l’herbe grasse habitée d’empreintes fait place à la terre gelée
ils ne sont plus seuls roulés dans l’abandon de l’hiver
des cris tendres en cohorte défilent
une cheftaine appelle la meute
en rond armés de brindilles les enfants s’accroupissent
à même la terre
où le froid se dissout à la chaleur de la peau
et il s’étire assis à califourchon sur la selle sèche de son vélo
d’un regard d’aigle acéré le prêtre veille.
Je roule sous un ciel bleu de montagne les yeux mi-clos
à cette heure un halo éblouissant de biais s’infiltre sous les verres teintés de brun
comme l’aveugle le noir et le blanc accompagne ma route
le cri strident des mouettes rappelle la mer
elles se sont repliées là, royales sous leur plumage blanc
orphelines couronnées le temps d’une saison
l’aérodrome est loin alors qu’un vrombissement d’hélicoptère se fait entendre
j’assiste au décollage
en habit d’apparat les cygnes forment un escadron sur le plan d’eau
sous les yeux médusés des randonneurs
en appui sur leur bâton, hommes emmitouflés, leur maison sur le dos
ils jouent à être bonhommes de neige, épouvantails
dans leurs tricots de laine gris ils jouent à être laids
dans leur jogging fluo les sportifs en herbe cranent
derrière eux ils laissent leur jeunesse
et s’enfoncent dans la mélancolie de l’âge mur.
Rêveuse en ce lieu magique je promène mon vélo, mains gantées de rouge
croisant des visages sans nom, je veux toucher la terre
et entendre le silence de la roue imprimer son passage
laissant double empreinte
les yeux emportés au-delà
étrange cette sensation d’être accompagnée ainsi
spectatrice un bien-être m’envahit
toi contre moi je veux danser mon plaisir.
lutin – 08-02-2008
05 février 2008
A la Basquiat
C'est un bateau
une coque métallique
coupée en deux
dans le fracas du plexus solaire
juste en dessous
se vide l'eau sale
des égouts à la mer
c'est une corde prise dans le vent
une lettre à deux boucles
l'anneau du cou
l'étau de la taille
la flèche les mixant aux éléments
sans voilure
la pointe acérée
tirant vers le bas
la chape de plomb
c'est un métal rouillé
griffé à la chair
chargée d'amour
à revendre
à donner à la mer
le chagrin en pâture
les larmes en prime
le sel des yeux aux poissons
c'est le gris des cargos
la sirène hurlant la mort
à la fenêtre de la vie sur la terre
c'est ce petit bonhomme
détaché du blanc
se tenant à la barre
du vide
un toit sur la tête
les yeux nulle part
de part en part percés
regardant le tableau
de la mer
à la mer
pris entre deux soleils
loin du parapet
écoutant la corne de l'épave
la muse dans sa tête
une tache rouge
sur le sein gauche
entaillé de la flèche
en dessin de nuages
il pleut du sang
sur la toile
derrière les barreaux
à la Basquiat
inspiration sur une peinture de Div
lutin - 05-02-2008
04 février 2008
Chevauchée de l'espoir
Je vois au bord de l’écriture comme à l’aplomb de la falaise ce mouvement pour aller au fond de moi. Le vent se nourrit de mes mots pour gonfler la vague, il lit en moi comme un livre ouvert, d’ailleurs curieux de mes pensées il en tourne les pages en un geste ample. Dans le sifflement de sa trajectoire il emporte mes flèches de rêves les mixant aux éléments en dessin de nuages. Sous la brûlure du soleil ils me reviennent en cortège de cendre.
Je vois dans la peinture les images de mon écriture comme au bord d’un cratère en fusion dans lequel je trempe le pinceau. Je laisse courir sur la trame ma vie mise à plat sur la table. Par secousses les poils imbibés de couleurs chatoyantes cheminent et se déforme la mort par brûlure de la peau. Un appel au secours des tubes de peinture alignés sur le journal fait mélanger les couleurs pour obtenir la purification jusqu’à la naissance vermillon à la pointe de la toile. En chemin est née une éolienne qui brasse le vent, dans la friction des particules le cheval à peine dessiné sous le flou ardent se cabre. Les flancs sont encore prisonniers, mais il saura se libérer totalement, son odorat a perçu le printemps au bout de la route.
lutin - 04-02-2008







